Moumen Helmi, l’auteur égyptien de la BD «Antara»

Antara, superhéros arabe, en bande dessinée

SHARJAH — Mi-Superman, mi-Roméo, le poète préislamique du VIe siècle Antara, célébré dans l’art populaire et dans la mémoire collective des Arabes, a enfin droit à sa bande dessinée, expression artistique relativement nouvelle dans le monde arabe.

L’initiative revient à la maison d’édition Kalimat de Sharjah, l’une des sept composantes des Émirats arabes unis, qui se projette comme un centre culturel régional.

Antara est la première bande dessinée produite en arabe par cette maison d’édition spécialisée notamment dans la traduction de mangas japonais.

Ses publications en arabe connaissent de plus en plus de succès dans les pays du golfe, selon les éditeurs.

Antara est «le meilleur choix pour un superhéros arabe», indique Moumen Helmi, l’auteur égyptien de cette BD. L’histoire de ce poète et guerrier, également appelé Antar, mêle chevalerie, amours contrariées, racisme et courage.

Sous la plume d’Ashraf Ghori, célèbre dessinateur indien, Antara illumine cette bande dessinée très colorée qui se veut aussi éclatante que les exploits du héros épique.

Selon une version de sa biographie, Antara, de son vrai nom Antara Ibn Chadded el Absi, est né d’une mère noire, princesse éthiopienne pour les uns, simple servante pour les autres.

Il n’est pas reconnu par son père, chef d’une tribu dans l’ouest de l’Arabie saoudite actuelle, et a un statut d’esclave.

En défendant sa tribu, les Banu Abs, il ressent sa condition d’esclave quand, après une victoire, il se voit proposer, en raison de son statut, seulement la moitié de la récompense revenant à chaque combattant.

«Couleur de peau»

Antara s’exile alors dans le désert avant d’être de nouveau sollicité pour défendre sa tribu. Il gagnera sa liberté, selon la légende, après avoir joué un rôle majeur dans la défaite de l’ennemi.

«Les Arabes aiment l’exagération autour d’une personnalité et on a pensé à le transformer en superhéros comparable à ceux qu’on trouve aux États-Unis, en Europe et au Japon», souligne M. Helmi.

La BD illustre, selon lui, les transformations de la personnalité d’Antara «qui a commencé sa vie en esclave, maltraité par sa tribu en raison de la couleur de sa peau et du statut de sa mère, pour devenir un héros» par la suite.

La bravoure d’Antara n’a d’égale que la force de sa poésie, qu’il consacre notamment à louer ses propres exploits guerriers et à clamer son amour pour sa cousine Abla, dont le coeur lui a été longtemps refusé.

Ces deux sujets sont au cœur de sa «moualaka», l’un des sept poèmes préislamiques les plus célèbres.

Antara est «le meilleur choix pour un superhéros arabe», croit Moumen Helmi. L’histoire de ce poète et guerrier, également appelé Antar, mêle chevalerie, amours contrariées, racisme et courage.

«Demandez mon nom aux sabres et aux lances et ils vous diront que je m’appelle Antara», écrit le poète, selon un extrait de Voyage en Orient (1835) du Français Lamartine, qui inséra dans son œuvre des passages de cette épopée bédouine.

Universel

En dépit de son environnement local, l’histoire d’Antara «a un caractère universel», insiste M. Helmi: elle soulève la problématique du racisme et «on a incorporé des images de son enfance pendant laquelle il a été discriminé et maltraité par ses camarades et par son père».

Le lecteur ne manque pas, selon l’écrivain, de s’«identifier» avec Antara, qui vit des amours impossibles avec sa cousine.

Selon les versions, Antara est décédé de mort naturelle ou a été tué par une flèche empoisonnée tirée par l’un de ses ennemis dont il avait crevé les yeux et qui avait appris à tirer à l’aveuglette.

La bande dessinée n’évoque pas sa fin, ce qui laisse ouvertes toutes les hypothèses.

Antara n’est pas totalement inconnu dans la culture occidentale. La littérature et la musique se sont emparées de lui dès le Xe siècle dans un livre de chevalerie, le Roman d’Antar. Il est aussi présent dans la symphonie no deux de Rimski-Korsakov, ainsi que dans l’opéra Antar de Gabriel Dupont.

En 2017, l’Orchestre national de Lyon, sur un texte de l’écrivain franco-libanais Amine Maalouf, a repris une partition de Maurice Ravel, qui était en fait adaptée de la symphonie de Rimski-Korsakov sur le thème d’Antar.