En conférence de presse, le président-directeur général du FIJM, Jacques-André Dupont, est revenu sur la controverse qui a fait couler beaucoup d'encre et terni la réputation de l'événement.

Annulation de SLAV: le Festival de jazz de Montréal se défend de toute censure

MONTRÉAL — Le Festival international de jazz de Montréal explique avoir retiré le spectacle «SLAV» de sa programmation en raison des ennuis de santé de la chanteuse Betty Bonifassi et par crainte que les protestations ne dégénèrent.

En conférence de presse, samedi, le président-directeur général du FIJM, Jacques-André Dupont, s'est défendu d'avoir pris cette décision dans un esprit de censure.

Il a exposé que Mme Bonifassi — la tête d'affiche de cette «odyssée théâtrale» — se sentait incapable de remonter sur scène «dans les conditions actuelles». L'interprète, qui se remet d'une triple fracture du pied et de la cheville, s'était dite «dépassée» par l'ampleur de la controverse sur sa page Facebook.

M. Dupont a également évoqué le risque que les protestations dérapent, alors que le Théâtre du Nouveau Monde avait exprimé des inquiétudes pour la sécurité de son personnel et de son public.

«On devait tenir compte du fait qu'il y avait une escalade en termes de division, d'agressivité», a-t-il avancé.

Même si, dans d'autres circonstances, le Festival aurait laissé SLAV suivre son cours, ses organisateurs ont lancé un appel à la sensibilité face aux questions raciales.

«On a constaté qu'il y a des blessures du passé qui sont bien vivantes encore aujourd'hui, que ça se passe chez nos concitoyens, que ces blessures sont souvent profondes et je dirais même, justifiées», a tenu à souligner Jacques-André Dupont.

«Si le Festival avait été mieux connecté sur la communauté noire de Montréal, on aurait probablement pu avoir une discussion au préalable, plutôt qu'après.»

«Il faut faire mieux», a-t-il lancé, reprenant le message du groupe de hip-hop Nomadic Massive.

«Un coup porté à la liberté d'expression »

Vendredi, le metteur en scène Robert Lepage avait pour sa part crié à la censure.

Se désolant de l'«affligeant discours d'intolérance» véhiculé «dans la rue comme dans certains médias», M. Lepage laissait entendre que son spectacle avait été muselé en raison du malaise suscité entre autres par sa distribution à forte majorité blanche.

De nombreuses voix se sont élevées contre cette «réappropriation» de chansons issues de la souffrance d'esclaves afro-américains.

L'artiste Moses Sumney s'est notamment retiré du FIJM, mardi, pour protester cette «volonté de ne pas voir la couleur.»

Dans une lettre à l'intention des organisateurs, ce musicien de Californie a fait valoir que «la solution au racisme n'est pas de complètement effacer la race».

«Souvent, lorsque des progressistes blancs veulent "ne pas voir la couleur", la "blanchitude" devient le mode de comportement acceptable par défaut, parce que la culture blanche est la culture dominante en Occident. C'est un cours de théorie raciale 101 et quiconque met sur pied un spectacle sur des expériences noires devrait déjà le savoir», a-t-il écrit.

Le rappeur Aly Ndiaye, qui avait été consulté par l'équipe de Robert Lepage sur des questions historiques, a également dénoncé le fait que l'enjeu de la race ait selon lui été «évacué de la pièce».

«Il est trop facile de clamer la liberté d'expression et artistique, il est trop facile de parler de patrimoine humain. On nous dit qu'il faut aller au-delà d'une interprétation "raciale" de cette oeuvre, mais ces chants sont le fruit du racisme», avait soulevé M. Ndiaye, aussi connu sous le nom de Webster.

Le débat est loin d'être clos, et Jacques-André Dupont dit vouloir poursuivre la discussion avec les communautés culturelles de Montréal.

«Je pense qu'on ne peut pas ignorer l'ampleur de ce qui s'est passé et que ce qu'il faut retenir de tout ça, c'est que SLAV a été le déclencheur de quelque chose de déjà présent», a-t-il conclu.