Andrée Champagne recevant l’Ordre du Canada en 2018, des mains de Julie Payette
Andrée Champagne recevant l’Ordre du Canada en 2018, des mains de Julie Payette

Andrée Champagne, l’interprète de Donalda, s’éteint à 80 ans

La Presse Canadienne
La comédienne et politicienne Andrée Champagne s’est éteinte à 80 ans, laissant dans le deuil ses proches, ainsi que des milliers de téléspectateurs québécois pour qui elle est toujours restée Donalda, la tragique héroïne des Belles histoires des pays d’en haut qu’elle a incarnée pendant 15 ans au petit écran.

Cette blonde aux yeux bleus avait à peine 17 ans quand elle a obtenu le premier rôle féminin dans la grande série de Radio-Canada inspirée du roman Un homme et son péché. Pendant plus d’une décennie, elle a formé avec Jean-Pierre Masson un couple aussi dysfonctionnel que célèbre, une entité mythique dont même les jeunes d’aujourd’hui ont entendu parler.

Ses malheurs distillés au quotidien ont en effet alimenté les conversations pendant plus de 15 ans dans les foyers québécois. À une certaine époque, des téléspectateurs révoltés par le comportement de son époux fictif, un pingre qui la privait de tout, lui envoyaient des couvertures et de la nourriture!

En plus de ses talents de comédienne, Andrée Champagne était aussi chanteuse et animatrice. Elle a participé à diverses émissions de radio, animé les cérémonies d’ouverture de l’Expo 67 ainsi que celles des Jeux olympiques de 1976, à Montréal.

Mais elle n’était pas qu’une vedette populaire. Fédéraliste convaincue, elle a ainsi mis sa voix au service de la campagne du Non lors du référendum de 1980. Comme elle le résumait elle-même dans son autobiographie «Champagne pour tout le monde!», «la voix féminine du slogan «Le Canada j’y suis, j’y reste» c’était moi et je n’ai pas changé d’avis».

C’était aussi une femme d’affaires aguerrie et engagée, qui créa sa propre entreprise de distribution, Duo Casting, et s’impliqua dans l’Union des artistes dont elle fut successivement vice-présidente puis secrétaire générale, entre 1981 et 1984.

C’est à cette époque qu’elle a fondé Le Chez-nous des artistes, une maison de retraite unique en son genre, destinée aux créateurs et artisans de la télévision, entre autres. L’établissement qui a pignon sur rue à Montréal compte près de 80 appartements.

En avril 1984, elle a visité l’URSS à titre de déléguée à la conférence de la Fédération internationale des acteurs sur l’application des recommandations de l’UNESCO portant sur le statut de l’artiste.

Son travail à l’UDA lui a donné le goût de la politique et elle s’est facilement laissée convaincre de faire le saut aux côtés de Brian Mulroney, en 1984. Son rêve: faire avancer la cause des artistes.

Elle s’est fait élire sous la bannière conservatrice dans sa circonscription natale de Saint-Hyacinthe-Bagot, qu’elle a représentée à la Chambre des communes jusqu’à la fin du règne des «Bleus», en 1993.

Andrée Champagne dans le rôle de Donalda, la tragique héroïne des <em>Belles histoires des pays d’en haut</em> qu’elle a incarnée pendant 15 ans au petit écran.

Pendant son premier séjour à Ottawa, elle a entre autres été ministre d’État à la Jeunesse et vice-présidente de la Chambre des communes.

Après sa défaite électorale, Andrée Champagne est retournée à ses premières amours: le petit et le grand écran. Elle a notamment tenu des rôles dans Scoop, Omertà et Juliette Pomerleau. Pendant une dizaine d’années, elle a aussi fait du doublage pour des films et des jeux informatiques, dans les deux langues officielles.

Elle a tenté un retour à la Chambre des communes avec les conservateurs de Stephen Harper en 2004, mais n’a pas réussi à se faire élire. Nommée au Sénat sur recommandation de Paul Martin en 2005, elle a choisi de siéger comme conservatrice.

En 2007, elle a contracté une méningite lors d’un voyage diplomatique. Des complications liées à la maladie ont fait en sorte que son état s’est aggravé à son retour au pays. Les médecins l’ont plongée dans le coma pendant 42 jours.

À son réveil, elle a dû entreprendre une longue réadaptation et faire travailler sa mémoire. Elle raconte en détail son combat dans une nouvelle autobiographie intitulée «Je reviens de loin».

Durant son coma, les médecins qui avaient perdu espoir étaient prêts à mettre fin aux traitements. Cet épisode a fait en sorte que la sénatrice a affiché de grandes réserves face à la loi québécoise concernant les soins de fin de vie.

Au cours de son mandat de sénatrice, Andrée Champagne s’est beaucoup impliquée dans les dossiers concernant les groupes en minorité linguistique au Canada. Elle s’est aussi impliquée à l’international, étant notamment nommée présidente de l’Assemblée des parlementaires de la francophonie en 2013.

Elle a dû quitter le sénat en 2014, au moment de célébrer ses 75 ans. Trois ans plus tard, elle a été nommée membre de l’Ordre du Canada.

Le chef du Parti conservateur du Canada Andrew Scheer a réagi à la mort de l’ex-politicienne samedi soir:

«Jill et moi sommes attristés du décès de l’honorable Andrée Champagne. Pour tous les Québécois, elle sera toujours Donalda. Mes sympathies à la famille et aux proches de cette femme passionnée qui s’est dévouée pour le service public et notre formation politique» a écrit Andrew Scheer sur Twitter.

Le député bloquiste Simon-Pierre Savard-Tremblay, qui a été élu dans Saint-Hyacinthe-Bagot, l’ancienne circonscription de madame Champagne, a également offert ses condoléances à la famille:

«Le Québec se rappellera toujours avec affection de Donalda, personnage central de la série mythique de Claude-Henri Grignon, Les Belles Histoires des pays d’en haut. Nous perdons une figure importante de notre imaginaire collectif.»

Andrée Champagne partageait sa vie depuis de nombreuses années avec le pianiste de renommée internationale André Sébastien Savoie.

Auparavant, elle avait été mariée pendant 15 ans à un joueur de hockey des Royals de Montréal, Walter (Wally) Clune, avec qui elle a eu deux enfants, Liliane et Patrick, qui ont tous deux fait carrière dans le milieu de la télévision et du cinéma.

Patrick a d’autre part essayé de marcher dans les traces de sa mère en se présentant aux élections fédérales de 2004, 2005, 2008 et 2019. Il n’a cependant pas réussi à se faire élire.