La musique de l'Orchestre symphonique de Québec nous permet de laisser les réflexions se déposer, tout en étant l’un des moteurs de l’imagination d'André Sauvé.

André Sauvé et l'OSQ, un duo gagnant

CRITIQUE / Concert humoristique, spectacle d’humour symphonique… Le concept avec orchestre imaginé par André Sauvé est une expérience inusitée dont on ressort avec trois certitudes: le concept tient la route, la psyché humaine est comme un trombone et les retardataires peuvent vraiment gâcher l’ambiance.

Je n’ai pas pu faire abstraction de la centaine (et je n’exagère pas) de retardataires* du concert de samedi d’après-midi. Trente minutes après le début, des grappes de spectateurs entraient encore, dérangeant tout le monde jusqu’à leur siège — évidemment bien au centre. Entre ceux qui cherchaient leur rangée et ceux qui ressortaient pour aller au petit coin, on avait bien du mal à se concentrer sur le spectacle.

C’est d’autant plus dommage que ce qui se passait sur scène s’adressait autant à notre cerveau (qui a fini par réussir à se concentrer) qu’à nos émotions (qui ont eu du mal à naître, vu le contexte).

André Sauvé part de la prémisse que chaque humain porte en lui des symphonies, des déploiements de musique complexe, vivante et variée. «C’est la première fois qu’on est autant sur scène que dans ma tête!» dira-t-il en présentant l’orchestre.

Un numéro où il présente quelques instruments (en formule «une ligne mélodique, un punch») lui permet de qualifier la trompette, qui clairement «ne niaise pas dans le lit le samedi matin», «au Guillaume Lemay-Thivierge des instruments». Il dépeint la harpe (végétarienne) et la contrebasse (pas vite vite) avec des postures et des mimiques qui en disent autant que ses mots. 

L’intégration est encore plus réussie lorsqu’il compare les émotions (illustrée par des extraits musicaux) à des tiroirs et l’humain à une commode. L’entendre dépeindre l’ennui — un dimanche pluvieux de novembre à Saskatoon dans un motel cheap où le wi-fi ne fonctionne pas et que l’intégrale de Sweet People en flûte de pan passe à la télé — la colère ou l’émerveillement avec une trame sonore fonctionne très bien.

Autrement, les monologues et les pièces musicales sont présentés en alternance. Pendant que l’orchestre joue, l’humoriste se place en retrait, assis par terre comme un enfant, ou sur une chaise, sa tête bouclée battant la mesure. Il écoute avec un réel plaisir.

André Sauvé a un humour qu’on écoute sourire en coin, en dessinant mentalement la courbe de son raisonnement. La musique nous permet de laisser les réflexions se déposer, tout en étant l’un des moteurs de l’imagination de l’humoriste. C’est gagnant-gagnant. 

Le spectacle était présenté au Grand théâtre de Québec samedi à 14h30 et à 20h.

* Les nombreux retards étaient dus au défilé de la Saint-Patrick, une activité pourtant annoncée.