Gus Unger-Hamilton, Thom Sonny Green et Joe Newman de la formation alt-J.

alt-J: brouiller les frontières

Dès la première question à Gus Unger-Hamilton de la formation alt-J, l’humour britannique se pointe : «Nous le faisons pour l’argent», a lancé le claviériste et chanteur pour justifier le fait que son groupe sorte de son année sabbatique pour une mini-tournée au Canada. Si la déclaration est suivie d’un éclat de rire franc, il y a sans doute là un fond de vérité… Mais il y a aussi davantage.

«Nous avons aussi pensé que de travailler un peu ensemble pourrait nous inciter à créer de la musique un peu plus tard cette année, a ajouté le musicien. Nous avions besoin d’une pause. Nous avons tous des projets parallèles sur lesquels nous travaillons, que ce soit en musique ou ailleurs. Nous profitons tous de ce temps d’arrêt. Mais nous nous côtoyons quand même beaucoup. Nous habitons tous près les uns des autres à Londres. Ç’a été une belle année pour nous.»

Alors que le trio originaire de Leeds est attendu ce vendredi sur les plaines d’Abraham, discussion autour du mélange des genres, de l’importance d’en donner aux fans pour leur argent et de l’étiquette de geek qui colle à la peau de la formation.

Q Il semble que plus que jamais, les artistes actuels se plaisent à brouiller les frontières entre les genres musicaux. C’est certainement le cas pour vous. Est-ce un choix délibéré?

R C’est venu naturellement. Nous avons toujours été un groupe qui aimait mélanger les choses et ne pas être défini par un genre. C’est sans doute arrivé parce que nous avions tous des expériences musicales très différentes quand nous avons formé le groupe. Thom [Sonny Green, batterie] venait du heavy métal, j’apportais mes influences de musique classique et de folk, Joe [Newman, voix et guitare] a grandi avec une culture de l’americana héritée de son père. Je pense que nous avons tout de suite été d’accord sur la musique que nous voulions faire, soit de la musique que nous trouvions bonne. Ç’a simplement toujours été nous.

Q Votre tout premier album a été désigné en 2012 comme le meilleur de l’année par le jury du prestigieux prix Mercury. Est-ce que cette reconnaissance était présente dans vos têtes au moment de vous attaquer à la suite des choses?

R Non… Mais ça crée inévitablement une pression, je suppose. Nous savions que nous avions gagné ce prix parce que nous sommes ce que nous sommes : un groupe innovateur qui n’a pas peur de chercher de nouvelles choses. Gagner ce prix nous a rendus plus confiants dans ce que nous faisons. C’était un encouragement à continuer dans la même voie.

Q Votre musique est cinématographique, parfois hypnotique. Qu’est-ce qui vous plaît dans ces ambiances?

R Nous aimons faire ce genre de musique, dans laquelle on peut s’immerger dans un voyage en train, par exemple : tu regardes par la fenêtre et tu t’y abandonnes. Il y a quelque chose qui se rapproche d’une expérience onirique, hypnotique ou d’un voyage intérieur. Ce sont certainement des mots que nous apprécions quand vient le temps de qualifier notre musique.

Q Votre série de spectacles au Canada vous amène à autant jouer en salle que sur de grandes scènes extérieures. Adoptez-vous des stratégies différentes pour affronter ces deux extrêmes?

R Nous sentons que notre musique peut autant se traduire à l’intérieur qu’à l’extérieur. Nous avons une variété dans les chansons que nous créons. Nous pouvons nous appuyer sur les pièces plus puissantes quand nous jouons en festivals et sur les plus intimistes quand ça se passe en salle. En général, les gens qui viennent au concert sont là pour prendre du bon temps et apprécier la musique. D’habitude, ça fonctionne.

Q Vous êtes reconnus pour le visuel soigné de vos spectacles. Réussissez-vous à transposer ces environnements en plein air?

R Certainement. Nous sommes très fiers de nos éclairages et de l’aspect visuel de nos concerts. Nous investissons beaucoup d’argent pour nous assurer que ce soit beau. Pour nous, c’est une manière de redonner quelque chose à nos fans qui dépensent pour venir nous voir en spectacle. Nous voulons que les gens sentent qu’ils en ont pour leur argent.

Q Il y a un côté intellectuel, voire un peu geek, qui a été associé à votre musique. Est-ce une image que vous poussez ou encouragez?

R C’est quelque chose qui nous suit depuis toujours. Je pense que nous l’assumons, maintenant. Nous sommes perçus comme les geeks de l’indie-rock et c’est très bien comme ça.

Q Ça n’a pas toujours été le cas?

Ça nous a pris par surprise, en fait. Nous ne sommes pas vraiment des gens geeks. Nous ne tripons pas sur les ordinateurs, les mathématiques ou rien qui ressemble à ça. Même que nous étions plutôt mauvais en math, pour tout dire. Notre musique s’est attiré cette étiquette qui est plutôt difficile à décoller. Mais nous n’allons pas faire une sortie pour dire que nous sommes le nouveau Oasis ou quelque chose du genre. Nous aimons bien être perçus comme un peu nerd. C’est OK pour nous.

La formation alt-J se produira sur les plaines d’Abraham dès 21h30 le 5 juillet. Sir Sly (19h) et CHVRCHES (20h) assureront les premières parties.

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RAPPEURS EN RENFORT

Avant même que ne soit complété l’album Relaxer (paru en 2017), les gars de alt-J ont eu envie de brouiller les cartes et de confier leurs nouvelles chansons à des rappeurs. Ainsi est née l’aventure de Reduxer, une collection de pièces remixées sur laquelle on peut autant entendre l’Américain Pusha-T que le Français Lomepal. 

Selon le claviériste et chanteur Gus Unger-Hamilton, c’est la pièce Deadcrush qui a parti le bal. «Ça sonnait comme une pièce hip-hop et nous nous sommes dit que ça serait bien si quelqu’un rappait sur cette musique, raconte-t-il. Nous avons tendu une perche à notre agent et notre compagnie de disques. Tant qu’à y être, quelqu’un est arrivé avec l’idée de le faire pour toutes les chansons de l’album. Ç’a fait boule de neige et soudainement, le projet s’est concrétisé. C’était vraiment excitant.»

La tâche n’a pas été facile — «Je pense que la production de cet album a failli avoir la peau de quelques personnes!» rigole Gus Unger-Hamilton —, mais l’équipe d’alt-J a pu réunir autour du projet une distribution internationale, comptant autant des vedettes que des talents émergents. 

«Nous voulions qu’il y ait des hommes et des femmes de plusieurs coins du monde : Asie, Irlande, France, Allemagne, Australie, pour ne nommer que quelques exemples, décrit le claviériste, qui n’est pas peu fier du résultat. «Ç’a été du boulot, mais ça en a valu la peine», se réjouit-il.