Le violon d'Alexandre da Costa prend le rôle du chanteur dans les pièces et le musicien parvient à lui donner toutes les inflexions de la voix humaine.

Alexandre da Costa: offrir la musique dans un écrin

CRITIQUE / Avec son spectacle Stradivarius à l'opéra, Alexandre da Costa prouve qu'on peut réfléchir un concert classique en termes de lumières, d'ambiances et d'images sans pour autant sacrifier la qualité de l'interprétation musicale.
Les plus belles pièces de musique classique ont-elles besoin d'habillage? Les mélomanes sont si habitués de les entendre dans un contexte où seule la qualité du son et du jeu des musiciens importe que l'on néglige de créer des ambiances scénographiques particulières, comme pour n'importe quel autre style musical. 
Sans réinventer le monde, l'équipe de concepteurs dont s'est entouré Alexandre da Costa a su habiller les pièces présentées de vêtements plus somptueux. Des images sobres et simples projetées sur un grand écran vertical, des miroirs de chaque côté de celui-ci pour refléter la lumière et l'image des musiciens, une machine à fumée, de l'éclairage, et voilà. L'ombre du soliste et chef impose un certain suspense dès son entrée en scène, les paillettes de son veston luisent sous les projecteurs, le son de son Stradivarius s'élève, plus clair que jamais et on peut apprécier toute la virtuosité et la vibrante émotivité de son jeu sans que l'écrin nuise. L'oeil a simplement davantage d'éléments à regarder et l'inhabituelle pénombre qui enveloppe les mélomanes semble aider à diriger l'attention de tous vers la scène.
Un voile rouge qui flotte et s'enroule pour Habanera de l'opéra Carmen, un traveling sur une forêt boréale pour Preislied des Maîtres chanteurs de Nuremberg, un majestueux chandelier puis des meubles qui s'envolent pour la Valse du chevalier à la rose de Strauss, et une série de lignes, de motifs, de dégradés et d'effets de lumière défilaient sur l'écran pour accompagner la musique.
Le violon de da Costa prend le rôle du chanteur dans toutes les pièces et le musicien parvient à lui donner toutes les inflexions de la voix humaine - déchirée, tourmentée, fiévreuse ou mélancolique. Très mobile au milieu de son petit ensemble à cordes, il semblait entraîner ses collègues dans un grand tourbillon qui donnait à la musique un souffle vertical et une magnifique vivacité.
Quelques interventions
La violoniste a ponctué le concert d'interventions sympathiques, mais où la volonté de rendre la musique accessible était souvent un peu trop appuyée - la comparaison, par exemple, du concours de chant d'un opéra de Wagner à l'émission La voix, et de son double rôle sur scène à une céréale Mini-Wheats. D'autres clins d'oeil étaient plus réussis, mais rien ne rivalisait avec l'éloquence de son violon.
Le concert a eu lieu au Palais Montcalm vendredi soir et sera présenté en ouverture du festival Montréal en lumière, le 23 février à la Place des Arts.