Entre le bon gars et celui qui se veut plus caustique sans totalement oser, Alexandre Barette, qui était en spectacle mercredi soir à la salle Albert-Rousseau, semble éviter de prendre parti.

Alexandre Barrette: entre deux chaises

CRITIQUE / Après deux spectacles ancrés dans des anecdotes personnelles et familiales, Alexandre Barrette reprend l’avant-scène avec «Semi-croquant», un monologue plutôt inégal ratissant large au chapitre des sujets abordés, mais revenant souvent à un dénominateur commun qui, visiblement, lui tombe sur les nerfs : l’idiotie ambiante.

L’humoriste originaire de Charlesbourg a donné dans sa ville natale le coup d’envoi à sa nouvelle tournée, mercredi soir. Famille et amis étaient de la partie pour l’occasion à la salle Albert-Rousseau, qui affichait complet pour cette première. 

Alexandre Barrette nous avait promis de mettre de l’avant un côté plus baveux, voire plus corrosif, avec ce nouveau solo. S’il se permet un ou deux sacres et quelques incursions en bas de la ceinture, il demeure au final en territoire plutôt gentil avec ce texte autoproclamé «semi-croquant». On a bien affaire à quelques jugements (les gens qui apposent des cils aux phares de leur voiture, les propriétaires de pitbulls ou les «gros jambons» d’homophobes en prennent notamment pour leur rhume), mais sur l’échelle du mordant, on reste dans le registre du chien saucisse, pour reprendre l’une de ses inspirations. 

Alexandre Barrette a le sens de l’image, difficile de le nier. Qu’il nous décrive sa notion de la résolution de conflit au baseball, son combat rêvé entre Georges St-Pierre et l’hypnotiseur Messmer, sa vision de l’invention de l’escrime ou la cinquantenaire chevauchant un BMX dans son quartier de Hochelaga, à Montréal, le comique n’a pas perdu la main. 

Mais celui qui s’était imposé par le passé comme un as de l’anecdote peine un peu à se redéfinir en délaissant son clan, principale muse de ses deux premiers spectacles. S’il avait promis d’exempter ses parents de ses blagues, il ne peut s’empêcher de consacrer ici quelques parenthèses à sa famille. C’est peut-être une béquille, mais c’est aussi ce qui nous ramène à ce qui avait fonctionné pour lui auparavant… Et ça vient aussi mettre en exergue ce qui cloche ailleurs. 

Alexandre Barrette n’a pas toujours fait mouche mercredi soir. Il l’a lui-même constaté à quelques reprises, observant que telle blague tombée à plat «ne vous allume pas autant que ça m’allumait» ou que telle autre, qu’il essayait pour la première fois, «va vite connaître la corbeille de mon ordinateur». 

On n’ira pas jusqu’à dire qu’on s’ennuie à l’écouter disséquer son aversion pour les sports violents ou la mauvaise qualité du français sur les réseaux sociaux, sa volonté de perdre du poids (et les spécimens qu’il croise au gym), ses tocs, sa vision de la surconsommation ou sa propre bêtise, dans un segment final qui veut boucler la boucle d’un texte au fil rouge pas si clair. Mais on a l’impression de se trouver devant un humoriste qui se cherche, dont l’intention n’est pas tellement nette : entre le bon gars et celui qui se veut plus caustique sans totalement oser, il est un peu assis entre deux chaises. Et ça s’est ressenti dans le public. On a souvent entendu les rires fuser de manière beaucoup plus explosive dans la salle de Sainte-Foy...

Alexandre Barrette remonte sur la scène d’Albert-Rousseau ce jeudi. Il y reviendra du 27 au 29 mai et le 18 juin.