Friand d’humour «baveux», Alexandre Barrette dit avoir mis de côté l’autocensure pour exploiter des sujets qui le font vraiment rire dans «Semi-croquant», son troisième spectacle solo.

Alexandre Barrette : le côté incisif du bon gars

Dans ses deux premiers spectacles solos, Alexandre Barrette a souvent projeté l’image du bon gars : bon fils, bon ami, bon parrain, etc. Alors qu’il s’apprête à prendre la route avec un troisième one-man-show, l’humoriste promet de montrer un côté corrosif qu’on lui connaissait moins. Changement d’image pour l’ex-animateur de quiz qui donne maintenant dans le bien-cuit au petit écran? Non, clame celui qui dit plutôt exploiter davantage le type humour qui le fait rigoler dans la vie.

«J’ai toujours adoré les gens qui sont un peu baveux. Je n’aime pas la polémique, mais j’aime être baveux», décrit le comique qu’on a pu voir sur les ondes de V à la barre des jeux télévisés Atomes crochus et Taxi payant, mais qui joue désormais la carte du bien-cuit dans Roast Battle à Ztélé. Un style humoristique mordant duquel il était friand, nous dit-il, avant que ce projet ne lui soit proposé. Et une carte qu’il a choisi d’intégrer à son nouveau solo au titre suggestico-décalé, Semi-croquant.

«Mais ça n’empêche pas que je suis quand même un bon gars, je ne pense pas que ce soit en contradiction, nuance-t-il. Je suis un gars super sensible, je pleure en écoutant des films… Je suis une chochotte sur bien des aspects. N’importe quelle chose un peu touchante et je tombe dans le panneau, je pleure et tout ça. Mais en même temps, j’ai ce côté corrosif et baveux que j’assume encore plus que jamais.»

S’inspirer ailleurs

Dans ses deux premiers spectacles, Alexandre Barrette s’est révélé comme un champion de l’anecdote, avec les membres de sa famille comme inestimable source d’inspiration. Avec Semi-croquant, il délaisse son clan pour puiser ses gags ailleurs : il cite entre autres les thèmes de la violence dans le sport, de l’homophobie, de l’argent ou de la surconsommation. Et il ne nie pas que les Barrette ont eu leur mot à dire dans ce changement de direction.

«J’ai eu la consigne, indique-t-il. J’avais une contrainte : je ne pouvais pas parler de ma famille.» Ses parents ont beaucoup aimé ses précédents spectacles, assure-t-il. «Mais ils ont une certaine pudeur. Ils m’ont dit : “on a été assez sollicités et victimes parfois de tes farces, est-ce que ça serait possible que pour ce spectacle-là, tu prennes un break? ”» relate Barrette. Il reconnaît en avoir mis beaucoup sur leur compte au nom de la rigolade. «La matante qui a de la misère avec Facebook, la voisine qui fait ci ou ça, ça devient trop long à expliquer, alors tous ces attributs revenaient à mes parents», explique l’humoriste, qui a «obtempéré» sans problème.

Travail, travail, travail

Loin se targuer de «révolutionner le stand-up», Alexandre Barrette clame avoir trimé dur pour en offrir un échantillon de haut niveau. «Je ne suis pas gêné de dire que j’ai mis des heures et des nuits… Moi, c’est juste ça que j’ai dans la vie», lance-t-il avant de nuancer. «Ce n’est pas un cri à l’aide, là! reprend-il. Mais c’est une grosse partie de ma vie, l’humour. Je m’y consacre comme un ostie de malade mental. Je vais encore faire toutes les petites soirées de rodage dans les bars à Montréal...»

Alors qu’une jeune génération d’humoristes fait de plus en plus de vagues — il cite Rosalie Vaillancourt, Julien Lacroix, Jay Du Temple ou Arnaud Soly —, Alexandre Barrette affirme d’ailleurs se sentir plus proche de ces nouveaux visages (des «Jedi de l’humour», selon ses dires) que des noms plus établis. «Ils vont roder partout avec leurs cahiers, leurs écouteurs, tout le monde s’enregistre. Ce n’est plus le party», décrit Barrette, qui dit abattre le même boulot. «Moi, je ne croise jamais Louis-José Houde, Martin Matte ou Patrick Huard, avance-t-il. Par contre, je croise chaque semaine de ma vie Julien Lacroix, Arnaud Soly ou Rosalie Vaillancourt. Je les vois dans les cabarets et les petits bars…»

Alexandre Barrette lance sa tournée Semi-croquant à la salle Albert-Rousseau de Québec le 20 février. Des arrêts sont prévus aux quatre coins de la province d’ici à la fin de l’année.

Toutes les dates au www.alexandrebarrette.com