Cuba Merci Gracias

Alexa-Jeanne Dubé dans un huis clos chez les Cubains

Le film «Cuba Merci Gracias» a été pensé et tourné à trois têtes. Alexa-Jeanne Dubé et Emmanuelle Boileau y incarnent deux amies en vacances à La Havane, suivies par la caméra du réalisateur Alex B. Martin.

Dans l’intimité un peu collante et confrontante du voyage, les deux jeunes Québécoises vont à la plage, discutent, se taisent, fument, dansent et flânent dans les rues de la ville, uniques touristes chez l’habitant.

Le long-métrage indépendant, qui fait tout juste 65 minutes, prend l’affiche au cinéma le 16 août, où il sera précédé du court métrage Toraja, aussi réalisé par Alex B. Martin.

Nous avons discuté avec Alexa-Jeanne Dubé, qui multiplie les projets au cinéma, tant devant que derrière la caméra, et que l’on pourra voir au petit écran dans la troisième saison de Fait divers cet automne et dans la nouvelle série La faille, de l’équipe de Grande Ourse, l’hiver prochain.

Que vouliez-vous raconter avec Cuba Merci Gracias?

«C’est un film qui parle d’amitié en voyage, où les traits de personnalité sont exacerbés par la proximité. Ça parle aussi du rapport à la séduction.»

Ce thème est présent dans les dialogues, mais surtout dans les prises de vues. Était-ce une volonté du réalisateur?

«Ça ne me surprend pas qu’on sente une certaine sensualité à travers l’œil d’Alex B. Martin, le réalisateur, qui s’intéresse beaucoup à la féminité et à la parole des femmes, même si c’est un homme. Il a été élevé par sa mère et a assisté à beaucoup de soirées, à Rimouski, où les amies de sa mère se réunissaient chez lui. Il avait un accès privilégié à leur intimité, leur sexualité, leurs émotions, les questions très intimes, qui sont sensuelles, mais aussi existentielles.»

Comment était-ce de tourner avec une caméra si près de vous?

«C’était confrontant, mais puisque c’est un film très intimiste, nous n’avions pas le choix d’avoir un œil, une caméra, qui venait s’immiscer entre les personnages. Pour chaque tournage il faut s’habituer à briser notre bulle et à laisser entrer quelqu’un. Comme là, en plus, ça faisait partie des thèmes, on dirait qu’on a embrassé cette manière de tourner.»

Pendant le tournage dans les rues de La Havane, sentiez-vous que les interactions des Cubains avec vous étaient influencées par la présence d’une caméra ?

«Je crois qu’ils remarquaient plus les deux filles qui marchaient que le gars qui suivait avec la caméra. Ça a fait en sorte que les Cubains intervenaient dans les scènes. On leur faisait ensuite signer une release en espagnol, mais ça ne semblait pas les gêner du tout. Ils ne changeaient pas leur manière d’être parce qu’on tournait.»

Cuba Merci Gracias

Comment se sont construits les dialogues, qui sont très naturels, presque documentaires?

«On avait des canevas sur lesquels on improvisait. C’est ce qui fait aussi que nous avons conservé nos vrais noms pour désigner nos personnages. On savait quel était le conflit et où nous devions nous rendre, mais les dialogues étaient entre nos mains. Il fallait accepter l’imprévu. Si un petit moment magique se présentait, on pouvait sauter sur l’occasion, parce qu’on avait toujours des micros sur nous.»

Avez-vous rencontré des difficultés liées au fait de tourner à Cuba?

«Le fait d’être loin et de ne pas pouvoir retourner chez soi après une journée de travail de 12 heures était difficile, mais ça a vraiment nourri la création. C’était un huis clos de création sur un huis clos en voyage. Par rapport aux permissions de tourner, c’était vraiment facile. Il n’y avait pas de complications, de permis à demander, c’était moins bureaucratique qu’ici. On se promenait avec nos équipements qui valent chers dans des quartiers non touristiques, on était les seuls touristes, mais j’avais on ne s’est senti en danger.»

On vous voit jouer au soccer avec des enfants lors d’une scène du film. Comment vous êtes-vous intégrés à la population locale ?

«On est rapidement devenu connus des locaux. Tous les enfants connaissaient nos noms, les gens nous demandaient comment allait notre film. C’est presque devenu un projet de communauté. On habitait dans une casa particular, à l’étage, alors qu’au rez-de-chaussée il y avait environ 70 personnes, dont une trentaine d’enfants. C’est vraiment une autre réalité que la nôtre. On jouait souvent au ballon avec eux le soir, alors on l’a intégré dans le film.»

Habitiez-vous tous les trois dans la chambre où vous tourniez?

«Oui, exactement. Pendant la semaine intensive de tournage, on ne pouvait jamais vraiment quitter le film. Ça nous permettait de nous pousser à bout, d’embarquer dans une énergie très performative. On s’est mis en position de vulnérabilité.»

Le film commence alors que les deux amies sont sur la plage et se termine dans l’eau. Avez-vous réfléchi au rapport à la mer lorsque vous avez construit le film?

«Je crois qu’inconsciemment, on y a pensé. À un moment, le personnage de Manu parle de son rapport à mer, un lieu qui l’apaise, alors que mon personnage est moins réceptive à ce type de réflexion. Pour moi, Cuba, c’est déjà lié à la mer. Ça devient un troisième personnage qui est témoin de notre amitié, mais qui devient aussi un terrain où on se confronte et où on se retrouve.»

Quelle est la part autobiographique chez vos personnages?

«Nous sommes amies dans la vie, mais rien de ce qu’on voit dans le film ne nous est arrivé. Jamais on ne pourrait aller jusqu’où vont nos personnages. On a exacerbé certains traits de nos personnalités, on a aussi inventé des traits.»

Cuba Merci Gracias

Tu es toi-même réalisatrice. Quels sujets aborderas-tu dans ton prochain court-métrage, Fantômes, qui est en pré-production ?

«Ça parle de la mort, de la peur de mourir en fin de vie, du legs, de l’héritage et de l’absurdité de l’existence humaine. On y suit un couple de personnes âgées qui vivent à Matagami, près de la Baie-James, mais qui ont passé la majeure partie de leurs vies à Joutel, une ville minière qui a fermé en 1998. Le lieu où ils ont tous leurs souvenirs a disparu et ils n’ont pas eu d’enfants.»

Que peux-tu nous dire à propos de La faille, la nouvelle série de Patrice Sauvé?

Je joue Bédard, une police. Il y a huit épisodes. Ça se déroule à Fermont, dans le mur, et c’est réalisé par la même équipe que Grande Ourse, donc ça donne des images très cinématographiques, avec des paysages irréels.