Album de finissants propose une rencontre entre des adolescents et des artistes professionnels. Ci-dessus : des élèves de l'école Joseph-François-Perrault et la comédienne Annie Valin.

Album de finissants: belle jeunesse

CRITIQUE / Période faste pour les uns, âge ingrat (voire véritable calvaire...) pour d'autres, l'adolescence sert ces jours-ci au Périscope de moteur à une fascinante rencontre théâtrale. Assise sur un texte lucide et incisif de Mathieu Arsenault, la pièce Album de finissants prend corps par la présence active de ceux qui l'ont justement inspirée. À la fois drôle et percutant, le résultat est probant.
Créée en 2012, la pièce portée par Anne Sophie Rouleau (qui a adapté le texte et signe la mise en scène) et Michelle Parent (qui joue aussi dans le spectacle) mise dans chaque lieu où elle est montée sur l'apport de jeunes d'environ 16 ans recrutés dans des écoles locales.
Cette semaine, des étudiants de l'école Joseph-François-Perrault et du Collège de Champigny incarnent en alternance ce choeur singulier aux côtés de comédiens professionnels. Ces derniers portent le texte, qui tient moins du dialogue que d'une succession d'observations affûtées sur la vie scolaire et les préoccupations, petites ou grandes, de l'adolescence. Une prise de parole vive résonnant d'autant plus fort par la présence active de ce choeur de jeunes, qui lui insuffle une énergie juvénile, certes, mais aussi une certaine urgence et beaucoup d'humour.
Pour l'occasion, le théâtre Périscope prend des airs de salle de classe. Ce lieu généralement statique prend vie de dynamique manière, dans une proposition artistique à mi-chemin entre le théâtre et la danse, mettant ici et là la vidéo et la musique à profit.
On a affaire à une sorte de ballet à la fois poétique et musclé élaboré autour des codes scolaires : les mains qui se lèvent, les corps qui s'affalent sur les bureaux quand la leçon s'étire, l'examen d'histoire, le poème appris par coeur, la cloche qui sonne enfin l'heure du répit... Une chorégraphie qui braque les projecteurs sur des réalités adolescentes bien concrètes, allant de la routine qui pèse aux premiers émois amoureux, d'une impatience à devenir indépendant aux maladresses de l'inexpérience, d'un goût pour la légèreté (voire d'une insolence!) aux angoisses devant l'avenir. On ne tait pas non plus une certaine détresse, parce que ce n'est pas facile tous les jours, être adolescent.
Si le choeur de jeunes agit davantage comme une présence physique dans Album de finissants, il offre l'un des moments forts du spectacle lorsqu'on lui donne enfin la parole. Tour à tour, les étudiants sont invités à se nommer et à exprimer un souhait. Certains en profitent pour blaguer, pour prendre position sur un enjeu de société ou pour interpeller leur famille. D'autres nous scient les jambes en confiant des malaises plus troublants. Comme cette jeune femme qui a profité de la tribune offerte pour lancer : «Je voudrais qu'on m'efface.» Ou cette autre qui fait taire ceux qui taxent les ados de fainéantise en avouant le désir d'avoir plus de temps. 
Sans filtre et sans condescendance, avec une dose de candeur, beaucoup d'humour et un regard bienveillant, Album de finissants a le mérite de donner voix à un âge qu'on n'entend pas si souvent. Et c'est plutôt rafraîchissant.
Album de finissants est présentée au Périscope jusqu'à samedi.