Alain Lefèvre était l’invité de l’OSQ pour le concerto «Empereur» de Beethoven.

Alain Lefèvre joue l'«Empereur»: fééries impériales au Palais

CRITIQUE / L’occasion d’entendre le plus célèbre concerto de Beethoven, de voir à l’œuvre le pianiste Alain Lefèvre et d’apprécier l’Orchestre symphonique de Québec dans l’enceinte du Palais Montcalm équivaut, en musique classique, à un coup de circuit.

On aurait facilement pu prédire que la proposition ferait déborder la salle Raoul-Jobin du Palais Montcalm. Les 980 places (comparativement à 1875 à la salle Louis-Fréchette du Grand théâtre) ayant trouvé preneurs, l’OSQ a ouvert une supplémentaire en fin de matinée. La représentation fut moyennement courue, vu la plage horaire, et l’accès fut laborieux pour les automobilistes, dont les déboires de stationnement ont entraîné vingt minutes de retard.

Écouter de telles œuvres au beau milieu de la journée donne l’impression d’être sous l’effet du décalage horaire, de s’être évadé de la course effrénée du quotidien pour mieux devoir y replonger ensuite. Sur scène, les musiciens semblent bénéficier d’une énergie décuplée.

Alain Lefèvre était l’invité de l’OSQ pour le concerto «Empereur» de Beethoven.

Le caractère héroïque et la puissance du Concerto pour piano no5 en mi bémol majeur «Empereur» siéent bien à la personnalité flamboyante d’Alain Lefèvre. Le pianiste s’acquitte de sa tâche avec un mélange de panache et de retenue. Légèrement penché sur le clavier, il joue de mémoire une partition profondément inscrite en lui, maîtrisée et aimée. Chaque note tombe pile là où il le faut, avec la douceur éthérée ou la puissance voulue. À plusieurs moments, le musicien bondit sur son banc, ses mains s’emballent dans des acrobaties aériennes qui semblent plus fortes que lui. Alain Lefèvre est réjouissant à regarder aller – la musique le possède jusqu’au bout des orteils – mais il demeure au diapason avec l’orchestre, un partenaire de jeu qu’il ne tente jamais d’éclipser.

Sa prestation a été chaudement applaudie. C’était de toute évidence le morceau le plus attendu du concert.

Alain Lefèvre était l’invité de l’OSQ pour le concerto «Empereur» de Beethoven, dans un concert dirigé par Julien Masmondet.

La seconde partie du programme comprenait Puck… Fleeing from the Dawn du compositeur américano-britannique Geoffrey Gordon. Une première mondiale pour la pièce composée en 2017 et s’inspirant d’un tableau de David Scott s’inspirant lui-même d’une scène du Songe d’une nuit d’été de Shakespeare. Outre deux ou trois mesures évoquant le battement des ailes des fées, l’œuvre donne l’impression de plonger en plein orage, grâce au concours de trois percussionnistes et à plusieurs notes aigües longuement tenues et dignes d’un film d’épouvante. La finale manquait de netteté. Il aura fallu un signe de tête de la première violon solo Catherine Dallaire pour que le public comprenne qu’il était temps d’applaudir.

Compléter le programme avec la suite Songe d’une nuit d’été de Mendelssohn allait de soi, mais faisait aussi en sorte que la proposition manquait un peu d’audace. On pouvait voir à l’œuvre le chef Julien Masmondet, qui n’était plus caché par le piano, qui a mené les musiciens avec des gestes souples, marqués avec plus force pour quelques moments clés. L’idée que l’équipage aurait pu tout aussi bien naviguer sans capitaine dans ses eaux connues nous a toutefois effleuré l’esprit.

Le tout s’est terminé sur une note faste avec la Marche nuptiale (celle-là même qui appuie le départ des mariés dans la plupart des mariages au cinéma). Un débordement supportable, puisque l’orchestre avait pris soin de doser son volume et d’aborder avec une fine douceur plusieurs moments plus féériques de la suite.

Le concert Alain Lefèvre joue l’«Empereur», vu à 10h30 au Palais Montcalm, était représenté à 19h30 au même endroit.