Un numéro d’Alain Choquette qui mystifie, celui des photos déchirées. Bluffant à souhait...

Alain Choquette: le temps d’une mystification

CRITIQUE / Le «plus grand rêve» d’Alain Choquette était de devenir magicien. Depuis un premier numéro, maîtrisé dans sa tendre enfance, jusqu’à aujourd’hui, il s’en est passé des années. À l’occasion de son dernier grand tour de piste, mardi soir, au Capitole, un spectacle baptisé justement «La mémoire du temps», le prestidigitateur a pigé dans son sac à astuces pour méduser le public et le mettre dans sa petite poche d’en arrière.

D’entrée de jeu, sur une musique hollywoodienne préenregistrée, Choquette observe le gamin qu’il était, reproduit en ombre chinoise, en train d’effectuer ses premiers tours de magie. Dans un coin de la scène, sorti d’une malle, son premier coffre de magie. Le ton est donné pour un voyage au pays de la nostalgie et des souvenirs. Si quelques numéros tardent parfois à atteindre leur vitesse de croisière, ce n’est rien pour gâcher le plaisir de se demander à chaque fois comment il s’y prend, nom d’une Bobinette, pour nous emberlificoter.

L’artiste est très à l’aise avec les spectateurs, un atout dont il se sert à plein pour faire participer à plein les spectateurs et en faire monter plusieurs sur scène. La plupart ne se font pas prier, alors que d’autres, comme le réservé Gaétan, auraient voulu se voir ailleurs...

Monté sur scène avec son épouse Jocelyne, à titre de couple de la salle marié depuis le plus longtemps, le septuagénaire de peu de mots a été forcé de confesser quelques petits secrets matrimoniaux devant un public hilare. Tout cela avant que Choquette ne fasse apparaître une lettre dissimulée dans un cylindre, lui-même retiré d’un coffre suspendu dans les airs, lettre renfermant toutes les douces révélations que Gaétan et Jocelyne venaient tout juste d’étaler au grand jour.

On le sait, il y a un truc, c’est sûr, mais on le cherche encore...

À travers ce spectacle qu’il présente comme son dernier, Choquette a exhibé la vaste palette d’un talent qu’il peaufine depuis plus de 35 ans. À l’image du sable qui coule dans un sablier, l’homme est capable d’en faire couler de sa main pendant un long, très long moment. Impressionnant.

Choquette aime aussi jouer de la mémoire musicale des volontaires. Au son d’une chanson d’Aznavour, de Queen ou des Colocs, chacun est invité à y coller un souvenir précis. On vous le donne en mille : ces souvenirs apparaîtront écrits à la craie, sur un tableau qui était recouvert d’un drap depuis le début du numéro, en fond de scène.

Pendant près de deux heures, Choquette manipule avec doigté un public trop content de se faire manipuler. Il devine où se trouve le six de carreau et le six de cœur dans un jeu de cartes mélangé, crée l’émerveillement quand il tombe pile-poil sur le type de liquide qu’un spectateur boit dans son dos, suscite l’incrédulité, en fin de parcours, lorsque suivi par une caméra jusque dans le hall du Capitole, il réapparaît derrière un rideau, sur la scène, sous des applaudissements nourris.

Dans l’art de mystifier son prochain, Alain Choquette relève le pari haut la main.