Si l'ensemble des pièces proposées a reçu la bénédiction de la foule, c'est tout de même lorsqu'il sortait les gros canons que Al Di Meola (en 2013 sur cette photo) faisait le plus tourner les têtes, d'autant qu'il en profitait pour multiplier les envolées à haute vitesse au risque de faire fumer son manche de guitare.

Al Di Meola: complicité, virtuosité et un brin de nostalgie

CRITIQUE / Al Di Meola nous le disait en entrevue : il a toujours entretenu un lien fort avec le Québec. Après quatre décennies de carrière, cette complicité ne semble pas près de s'étioler : c'est dans un Palais Montcalm entièrement rempli, à quelques billets près, que l'artiste de 62 ans s'est produit, accueilli par une longue ovation.
«Il y a seulement au Canada qu'on a un accueil aussi chaleureux alors qu'il fait aussi froid», a-t-il rigolé. 
Bien que sa nouvelle tournée prenne pour prétexte les 40 ans de l'album Elegant Gypsy, Di Meola est loin d'avoir abusé de la fibre nostalgique. Entouré de cinq musiciens de haut niveau, dont les complices de longue date Gumbi Ortiz (percussions) et Philippe Saisse (claviers), Di Meola a inséré plusieurs titres de son récent Elysium, qui cadraient bien avec le reste, tout en démontrant qu'il poursuit son évolution stylistique. Du nombre, soulignons l'excellente Adour, qui a marché autant que ses classiques et la non moins pertinente Babylon, où Ortiz tournait autour de ses percussions tel un sorcier en pleine incantation.
L'un des traits distinctifs de Di Meola est bien sûr sa virtuosité et la densité de son matériel. Pour lui donner la réplique, il avait la personne idéale en Evan Garr. Le jeune violoniste, aussi costaud qu'un joueur de football, mais d'une redoutable précision, a dialogué, fait écho ou joué à l'unisson avec le maître sans le moindre mal, ce qui a donné lieu à des passages à couper le souffle. On comprend pourquoi cette recrue, qui avait voyagé de Detroit à Toronto, simplement pour espérer une audition avec Di Meola, a été embauchée sur le champ...
Segment acoustique
À mi-parcours, le leader a donné congé à ses complices pour s'armer de sa guitare classique, augmentée d'occasionnels effets. Se disant à l'aise avec la foule qu'il avait devant lui, il a sorti une composition toute neuve, inachevée, inspirée par son statut de nouveau père. Il a également puisé dans le répertoire des Beatles, son inspiration de jeunesse. Or comme s'il avait mis un certain temps à se mettre dans l'ambiance du mode classique, ce segment aura peut-être marché moins bien que le reste. Toutefois, quand ses musiciens sont venus le rejoindre, notamment pour s'aventurer dans l'univers d'Astor Piazzolla, la magie est revenue d'un seul coup.
Si l'ensemble des pièces proposées a reçu la bénédiction de la foule, c'est tout de même lorsqu'il sortait les gros canons que Di Meola faisait le plus tourner les têtes, d'autant qu'il en profitait pour multiplier les envolées à haute vitesse au risque de faire fumer son manche de guitare. Ainsi, les Flight Over Rio, Medieval Overture ou encore une superbe version de Midnight Tango ont assuré des moments mémorables. Quant à Race with Devil on Spanish Highway, elle a fini la soirée sur des chapeaux de roue. 
Visiblement, le temps passe, mais l'histoire d'amour qui unit Di Meola à son public québécois perdure - l'Américain ne s'est pas gêné pour témoigner son affection, d'ailleurs.