Agrandi, repensé, le MoMA de New York fait sa révolution

NEW YORK — Après quatre mois de fermeture pour travaux, le Museum of Modern Art de New York rouvre ses portes le 21 octobre sur un espace d’exposition augmenté de près d’un tiers et un agencement réinventé.

Depuis son installation, en 1939, en plein coeur de Manhattan, le MoMA a plusieurs fois repoussé les murs pour faire face à la croissance de sa collection et à l’augmentation de sa fréquentation.

En 1950, 1962, 1980 et 2001, des travaux successifs ont totalement remodelé ce musée qui est l’une des rares institutions majeures du monde à être totalement enserrée dans le maillage urbain.

Fort d’une santé financière insolente et à même de profiter d’un projet immobilier mitoyen, le MoMA a décidé de s’agrandir de nouveau.

Après une première poussée vers l’est, le long de la 53e rue, achevée en 2017, c’est à l’ouest que celui qu’on appelait jadis «The Modern» s’est étiré.

Le MoMA a vendu le terrain qui jouxtait son bâtiment à des promoteurs, l’accord prévoyant que le musée bénéficierait des trois premiers étages de cette nouvelle tour gigantesque de 320 mètres de haut dessinée par l’architecte français Jean Nouvel.

À l’arrivée, le musée a gagné presque 3.600 m2 d’espace d’exposition supplémentaires, soit 30% environ, pour un total de 15.500 m2 de galeries.

Même si ces nouveaux locaux se trouvent techniquement dans un autre immeuble, la continuité entre les espaces est totale pour le visiteur.

Les travaux ont aussi permis d’inviter davantage la lumière naturelle, à coups de baies vitrées et de dégagements.

L’ensemble du projet aura coûté quelque 450 millions de dollars.

Grâce à ce nouvel espace, a expliqué à des journalistes le directeur Glenn Lowry, le Modern va pouvoir exposer au public environ 2.400 oeuvres par an, contre 1.500 en moyenne jusqu’ici.

Mais le principal changement est ailleurs.

Interdisciplinarité 

Pour la première fois, les oeuvres ne sont plus seulement présentées par périodes, mais aussi par thématiques, avec un panneau explicatif à l’entrée, volontairement rédigé dans un langage accessible.

Les galeries offrent aussi souvent un mélange plus volontaire de peinture, sculpture, photographie et vidéo. Pour s’inscrire dans une nouvelle dynamique, le musée a décidé de modifier cet agencement environ tous les six mois.

L’idée est de revenir à l’esprit originel, celui du premier directeur, Alfred Barr, qui avait imaginé le musée comme «un laboratoire», rappelle Glenn Lowry.

Pour son prédécesseur, dit-il, «rien n’était permanent», de l’art à la manière dont il était présenté. «Il avait compris que le musée allait être en perpétuelle mutation, changeant et évoluant au diapason de l’art moderne et contemporain».

Ce retour aux sources ne s’est pas fait en un jour. Dès 2000, le MoMA a cherché à renouer avec le mélange des arts à travers une série d’expositions, pour la première fois depuis des décennies.

Pour arriver jusqu’au grand chamboulement de cet automne, «il aura fallu une nouvelle génération de conservateurs avec des idées nouvelles, pour qui l’interdisciplinarité était naturelle», explique Glenn Lowry.

L’exercice vise à créer les conditions de l’échange et du dialogue entre les arts, sous l’oeil intrigué du visiteur, «faire comprendre au public que les questions sont plus intéressants que les réponses», dit le directeur, le regard pétillant.

Cette réinvention récurrente aura néanmoins ses limites, a prévenu celui qui est à la tête de l’institution depuis près d’un quart de siècle, en partie pour rassurer ceux qui craindraient de ne pas trouver, lors de leur prochaine visite, une des oeuvres majeures du MoMA.

Celles-ci seront visibles «la plupart du temps», assure Glenn Lowry, mentionnant notamment «Les demoiselles d’Avignon» de Picasso ou les «Nymphéas» de Claude Monet. «Mais le contexte dans lequel ces oeuvres seront vues changera tous les six mois».