Agnes Obel revient au Palais Montcalm avec les expérimentations de son troisième album, Citizen of Glass.

Agnes Obel et son double

Le charme d'Agnes Obel n'a pas été long à opérer au Québec. Dès sa première tournée, la Danoise, établie en Allemagne, s'arrêtait chez nous. Cette chanteuse à la voix éthérée et à la musique raffinée n'a manqué aucun rendez-vous avec ses fans d'ici depuis. C'est ainsi qu'elle revient au Palais Montcalm, cette fois avec les expérimentations de son troisième album, Citizen of Glass, où elle n'hésite pas à dialoguer avec elle-même.
Q Vous tournez avec un groupe constitué uniquement de femmes (les Belges Charlotte Danhier et Catherine De Biasio, ainsi que la Mont-réalaise Kristina Koropecki). Pourquoi est-ce important d'avoir un groupe entièrement féminin?
R Il y a d'abord une raison très terre à terre : il y a beaucoup de voix sur cet album, je suis une femme, alors j'ai besoin de voix féminines pour les chanter - c'est rare de trouver un homme dans ce registre... Mais j'ai aussi longtemps joué dans des groupes où j'étais la seule fille, quand j'étais plus jeune, et je crois que, d'une certaine façon, sans trop le savoir, je rêvais de jouer avec d'autres filles, de ne plus être la seule femme. [...] C'est un milieu où il y a tellement d'hommes. J'ai plein d'amis hommes, mais je voulais aussi avoir des amitiés musicales avec les femmes...
Q Comme son titre l'indique, Citizen of Glass s'organise autour du concept de citoyen de verre, qui réfère à un individu qui n'a plus de vie privée, dont le corps et la vie sont connus de tous... Vous aviez besoin d'une idée centrale pour encadrer le projet ou stimuler la création?
R Oui, absolument. Je le savais avant même de commencer quoi que ce soit, je le savais même quand je tournais avec l'album Aventine. [...] Dans la musique classique ou la musique moderne, très souvent, l'oeuvre provient d'un concept; le compositeur a besoin d'un titre et d'un thème pour tout structurer. J'étais fascinée par ça et je voulais voir si je pouvais le faire avec mon petit univers, question de pousser la musique dans une nouvelle direction. Ça m'a fait toucher à d'autres instruments, ça m'a fait essayer des choses que je n'avais pas encore essayées à la voix, de même que dans l'écriture des paroles. Je crois que je le ferais de nouveau, si je trouvais le bon thème.
On pourrait croire que vous chantez avec un homme dans la pièce Familiar. Votre voix est traitée et il s'instaure un intéressant dialogue entre vos deux voix. Parlez-moi davantage de cette chanson...
R Quand j'ai fait cette pièce, je jouais avec l'idée d'une relation amoureuse, mais secrète, dont personne n'est au courant. Et je voulais que ce secret devienne un fantôme. Parfois, quand vous avez un grand secret dans votre vie, ça peut devenir un fantôme, qui vous enveloppe, qui affecte tout ce que vous vivez. Je voulais que ce fantôme chante le refrain. Évidemment, ce ne devait pas être ma voix normale. J'ai expérimenté avec différents trucs et je me suis rendu compte que si j'abaissais la tonalité de ma voix, ça sonnait encore comme moi, mais comme un homme, une sorte de voix épeurante, irréelle. Ç'a ralenti le débit, comme si c'était un mauvais rêve et je trouvais que c'était parfait pour ce secret, ce fantôme. Et puis, c'est amusant d'entendre votre propre voix sonner comme celle d'un homme!
Citizen of Glass est un album passablement orchestré; comment comptez-vous le transposer sur scène?
R Quand j'ai fait l'album, je ne me suis pas attardée à comment je le rendrais en spectacle. Il y a beaucoup de sonorités de claviers et il y a certains claviers que je ne peux amener avec moi, mais en expérimentant, on s'est rendu compte que l'on pouvait remplacer le trautonium [un instrument électronique rare des années 30] par la clarinette, et avec quelques effets, ça sonne presque pareil! J'ai remplacé certains claviers par un mellotron, alors j'ai l'impression que l'on est capable de bien rendre l'album, mais en y ajoutant une nouvelle touche. Il y a bien des éléments que je remplace avec des instruments, plutôt que des claviers, ce qui rend ça, à mes oreilles, plus intéressant, plus naturel.
Q Vous êtes Danoise, vous êtes établie en Allemagne et vous chantez en anglais. De vivre à travers ces différentes langues, ça vous incite à les aborder en musique?
R Je crois que je chante en anglais parce que j'ai appris l'anglais à travers le chant. Je suis allée à une école internationale où l'anglais faisait partie des moyens de communication. [...] Ils croyaient que l'on devait apprendre les langues par le chant, alors on chantait en anglais avant même de comprendre la signification de ce qu'on chantait. Donc, j'ai cette relation avec la musique qui est fortement orientée vers le son, en anglais. Quand je tente d'écrire en danois, c'est moins naturel, car je n'ai pas tellement chanté en danois... Je pourrais peut-être chanter en suédois, car c'est voisin du danois, sans être la même chose, ce serait une approche plus tonique. Quant à l'allemand, je ne m'aventure pas là, même si je sais que ce peut être très beau!
Vous voulez y aller?
Qui: Agnes Obel
Quand: 1er mars, à 20h
Où: Palais Montcalm
Billets: 50 $