Adrian Raso et la Fanfare Ciocarlia avaient promis un voyage dans les Balkans, à Paris et, si on était gentils, à Nashville.

Adrian Raso et la Fanfare Ciocarlia: dépaysement endiablé!

CRITIQUE / Adrian Raso et la Fanfare Ciocarlia ont fait une entrée en douce à place D'Youville, jeudi, pour l'ouverture du 49e Festival d'été de Québec. Les musiciens sont montés sur scène les uns après les autres, jusqu'à ce que les 11 interprètes (!), dont sept cuivres (!), soient réunis pour une soirée endiablée. Le contraste était fort avec Heymoonshaker - un duo, qui a aussi livré une solide prestation plus tôt.
Raso et la fanfare ont combiné leurs forces depuis trois ans - une heureuse alliance. Ça sonne, les amis. Qui aurait pu croire, d'ailleurs, qu'un Ontarien (Raso) pouvait avoir autant de swing... D'emblée, ils ont promis aux festivaliers un voyage dans les Balkans, à Paris et, si on était gentils, à Nashville. Promesse tenue: un beau dépaysement.
L'orchestre mixe airs gitans, swing (à la Django Reinhardt) et influences plus contemporaines avec beaucoup de bonheur et une dose de dérision (pensez au Pouding à l'arsenic façon Colocs). Méchant party. Comme à une grosse noce - c'est vrai, la fanfare a débuté avec des mariages en Roumanie.
La formation n'a pas toujours joué la pédale dans le tapis. Après un moment, ils ont opté pour un registre plus intimiste, avec Under the Stars, une pièce méditerranéenne, en quatuor. La richesse des guitares s'est déployée, y compris sur la tarentelle qui a suivi.
Quand le menu musical est aussi gargantuesque, pas besoin de chanteur. À la fin, j'étais complètement rassasié.
Heymoonshaker
C'est à Heymoonshaker que revenait l'honneur de mettre le feu aux poudres de cette 49e édition du FEQ. Et quelle prestation explosive! Ils sont deux comme les Black Keys, Andy Balcon (chant et guitare) et Dave Crowe (percussions vocales), mais font du bruit pour cinq.
Le duo poursuit une longue tradition anglaise de mettre le blues à sa main, cette fois en utilisant une boîte à rythmes humaine, l'hallucinant Crowe. La performance de celui-ci valait amplement le détour jeudi soir. «Bienvenue à l'intérieur de ma tête!» a-t-il lancé en amorçant un solo de percussion sidérant avec sa seule bouche! 
Cela dit, ça n'avait rien d'anecdotique. Balcon, avec sa voix éraillée à la Tom Waits, ne laissait pas sa place non plus. Résultat: leur blues rock sale et distortionné emplissait tout l'espace (à moitié plein de festivaliers). Difficile de faire mieux comme ouverture: le FEQ n'en était qu'à ses balbutiements qu'on avait déjà un coup de coeur.
Orlando Julius
Après la solide prestation d'Heymoonshaker, la place D'Youville s'est passablement dégarnie. Ce qui n'a pas entaché le plaisir du saxophoniste nigérian Orlando Julius. Le pionnier de l'afrobeat, mélange de musique traditionnelle avec du funk et du R & B, était accompagné de six musiciens et d'une danseuse-chanteuse.
Le légendaire musicien a fait son gros possible, mais le fond de l'air était trop frais pour dégeler les festivaliers. Faut dire que le genre demeure toujours un peu répétitif, voire statique et, au bout du compte, lassant.