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Sur scène, le mur de la maison agit aussi à titre de toile sur laquelle est projeté archives, cartes, dessins et surtitres.
Sur scène, le mur de la maison agit aussi à titre de toile sur laquelle est projeté archives, cartes, dessins et surtitres.

Aalaapi : célébrer le Grand Nord, sa culture et son peuple

Léa Harvey
Léa Harvey
Le Soleil
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CRITIQUE / On n’aurait pas cru qu’il était possible, en quelques minutes, de passer du temps chaud et humide de la rue Saint-Joseph Est au vent froid du Nunavik. Et pourtant, c’est ce qu’a réussi à faire Aalaapi. Présenté au théâtre La Bordée, dans le cadre du Carrefour international de théâtre, le projet du collectif Aalaapi nous emmène directement dans le Grand Nord. À la rencontre de cinq voix pétillantes qui se confient sur leur passé, leur présent, mais surtout leur avenir.

Tout comme l’indique son nom, la troupe a, vendredi soir, invité son public à «faire silence pour entendre quelque chose de beau», une œuvre dans laquelle se mélangent brillamment trois langues : le français, l’anglais et l’inuktitut.

Initialement créé pour être un balado documentaire, Aalaapi, qui conjugue ainsi radio et théâtre, aurait très bien pu ne pas s’intégrer adéquatement à la scène. Mais ce n’est pas du tout le cas. Dans ce projet hybride, dont les deux facettes ont respectivement été créées par Marie-Laurence Rancourt et Laurence Dauphinais, les oreilles et les yeux sont conviés tour à tour au spectacle.

Après que les sifflements du vent, le chant de quelques oiseaux ou encore le bruit des vagues aient touché nos tympans, une maison avec une grande fenêtre s’illumine sur scène. C’est par cette large ouverture rectangulaire que le public, quasi voyeur, regardera Ulivia et Daphne-Anne vivre.

Aalaapi met en lumière trois langues: le français, l’anglais et l’inuktitut.

Dans un décor sobre, composé de cadres, d’une lampe, d’une table et d’autres objets du quotidien, on les aperçoit ainsi coudre, jouer aux cartes, cuisiner, craindre la présence d’un ours polaire ou une violente tempête. Tout ça au rythme juste assez lent de la radio, l’élément central de la pièce.

Entre temps, via les ondes, on fait surtout la connaissance de cinq voix radieuses : celles d’Audrey, de Samantha, de Louisa, de Mélodie et d’Akinisie.  Dans ces extraits sonores, issus d’entrevues qu’elles ont réalisées sur une période de huit mois, on apprend à connaître les jeunes Inuites selon leur domaine d’études, la façon dont elles voient le Nunavik ou encore dont elles conçoivent leur culture et la liberté.

Les 80 minutes du spectacle ne sont toutefois pas réservées qu’aux nouvelles voix. La grande sagesse d’autres générations, dont quelques aînés, se fait également entendre.

S’il est loin d’être omniprésent, le passé difficile des communautés est lui aussi souligné dans les histoires que raconte le collectif. Au début de la pièce, l’équipe a d’ailleurs souhaité dédier la représentation aux 215 enfants retrouvés enterrés, la semaine dernière, sur le site d’un ancien pensionnat, à Kamloops, en Colombie-Britannique. Elle a également tenu à rappeler qu’ Aalaapi allait être jouée sur un territoire wendat non cédé.

Bref, oui, vendredi soir, le vent du Grand Nord était bien présent au cœur de Québec. Et il portait avec lui les éclats de rire contagieux, les puissants chants de gorge, les constats et les aspirations d’un peuple fier de sa culture, qui ne demande qu’à la partager. Une brise profondément humaine et ô combien rafraîchissante.

Aalaapi est présentée au théâtre La Bordée jusqu’au 6 juin. Pour plus d’informations, on peut visiter le site web du Carrefour international de théâtre.

Les membres du collectif Aalaapi sont Audrey Alasuak, Daniel Capeille, Mélodie Duplessis, Caroline Jutras Boisclair, Samantha Leclerc, Louisa Naluiyuk et Akinisie Novalinga.