John R. Porter a choisi 30 photos parmi 300 prises dans la dernière année.

À travers la lentille de John R. Porter [VIDÉO]

Il n’hésite pas à le dire, John R. Porter ne connaît pas la retraite. À 70 ans bien sonnés, l’ancien directeur général du Musée national des Beaux-Arts du Québec dit toujours carburer aux projets, son plus récent étant une exposition de ses photographies intitulée «L’empreinte des jours» au Centre d’exposition Louise-Carrier de Lévis. Trente clichés pris en France, en Espagne et au Québec de juillet 2017 à juillet 2018, «des portions de réel dont on extrait le magnifique qu’on ne voit plus aujourd’hui» pour celui qui redevient artiste après une longue carrière à «servir d’autres artistes» comme il le dit si bien.

«Ce n’est pas un hasard si je reviens ici. Je suis natif de Lévis et le Centre, ex-presbytère de l’église anglicane, était autrefois habité par un couple d’artistes, André Garant et Louise Carrier. André Garant a été mon professeur d’arts plastiques à une époque où je ne savais pas encore dans quel domaine j’allais me diriger. C’était une maison d’artistes et j’adorais venir ici pour jaser avec le couple en 1967, 1968 et 1969. Je reviens ici, 50 ans plus tard, pour en quelque sorte «retrouver» ces deux personnes qui ont été très importantes dans ma carrière», raconte M. Porter aux médias à l’occasion d’une visite de son exposition, sa quatrième et sa plus importante depuis 2011.

Sans retouche ni manipulation

Beaucoup d’oeuvres exploitant les reflets dans l’eau, le reflet déformé d’un paysage sur la carrosserie d’une rutilante voiture noire ou une photo prise à travers un verre décoré acheté à Milan. Même si plusieurs de ses oeuvres sont abstraites, M. Porter se targue de présenter des images qui n’ont pas été manipulées ni retouchées et dont le cadrage n’a pas été modifié. «C’est le regard que moi, je porte sur le monde depuis que j’ai un peu plus de temps qu’avant. C’est «l’fun» de partager des moments privilégiés dont j’ai pris l’empreinte», poursuit-il. 

Ainsi, des ondes aquatiques dans le port de Toulouse deviennent presque une oeuvre de pop-art, le coeur d’une orchidée devient une colombe nourrissant son petit. «C’est banal, c’est là sous nos yeux, ce sont des banalités parlantes, des moments de grâce, une série d’empreintes des jours qui passent», illustre John R. Porter, ajoutant qu’un thème présent à travers toutes les photographies, celui du temps. «Le temps est fugace, on l’attrape, on le fixe le mieux possible et il nous accompagne», reprend John R. Porter.

Toujours occupé

Au départ, l’artiste souhaitait puiser dans 1 500 photos prises au cours des quatre dernières années, mais il a finalement sélectionné 300 images prises au cours de la dernière année pour en garder trente, un travail qu’il a réalisé avec son ami, l’historien de l’art Pierre Lahoud. Présentée jusqu’au 9 juin, l’exposition survivra dans un catalogue publié à compte d’auteur par John R. Porter, qui pense déjà à ses autres projets.

«J’ai toujours plusieurs ouvrages en chantier. Mon prochain livre traitera du volet photographique de la production du peintre montréalais Jacques Payette et je travaille aussi depuis 14 ou 15 ans à un livre sur le paysage au Québec de 1830 jusqu’au début des années 1950», poursuit celui qui est également président de la Fondation Félix-Leclerc et vice-président de Maison-mère, un organisme de Baie-Saint-Paul qui gère le complexe qui appartenait autrefois à la congrégation des Petites Franciscaines de Marie.

D’autre part, même s’il n’a pas touché à ses pinceaux depuis presque un demi-siècle et qu’il n’a pas l’intention de s’y remettre, John R. Porter avoue également qu’il ne détesterait pas un jour exposer un segment des pastels et aquarelles qu’il a réalisés à la fin des années 1960 et au début des années 1970.