Avec son exposition Sortir de sa réserve : 400 objets d’émotion, le Musée de la civilisation veut mettre en valeur le travail méticuleux de ses conservateurs.

400 objets sortent de leur réserve au Musée de la civilisation

La cage de La Corriveau, les jumelles Dionne en poupées, le piano de Claude Léveillée, un bison des prairies empaillé, une réplique miniature du vaisseau Faucon Millenium, un vélocipède. Tous ces objets et 423 autres, aussi étranges que célèbres, connaissent une seconde vie à la faveur d’une nouvelle exposition présentée au Musée de la civilisation.

«Il s’agit d’une mise en lumière tout à fait inédite» des collections de l’institution du Vieux-Port, a expliqué mardi le directeur général Stéphan La Roche en levant le voile sur l’exposition Sortir de sa réserve : 400 objets d’émotion. «Ce sont des objets qui suscitent tous des émotions, parfois agréables, parfois moins, mais qui ne laissent personne indifférent.»

Guidés par la chargée de projet Anouk Gingras et la conservatrice Valérie Laforge, les journalistes ont pu découvrir les grandes lignes de l’événement qui met en valeur une panoplie d’artéfacts hétéroclites sélectionnés parmi les quelque 225 000 conservés dans les réserves et les voûtes de l’établissement.

«À l’heure du numérique et de la dématérialisation, une visite dans un musée permet d’être confronté à des objets réels, tangibles et concrets, mentionne M. La Roche. En ce sens, un musée est un lieu de référence et de crédibilité. Il permet de ressentir la valeur de l’objet, de vivre son pouvoir évocateur. Rien ne peut remplacer l’accès direct à un objet. Chacun a son histoire, son anecdote.»

Parmi les autres articles susceptibles de retenir l’attention, mentionnons une chaise de style Windsor qui aurait servi au jeune Louis Fréchette, devenu avocat et poète. La pièce a été donnée au musée en 1934 par «Madame» Honoré Mercier, la fille de Louis Fréchette.

La cage de La Corriveau

Un peu plus loin, les amateurs de faits divers peuvent contempler une bouteille de cognac offerte à Jacques Mesrine et à sa compagne de cavale, Jeanne Schneider, par leurs avocats, après leur acquittement pour meurtre, à leur sortie du palais de justice de Montmagny, en 1971. C’est un journaliste du Soleil, dont le nom n’est pas indiqué, qui avait conservé la bouteille avant de l’offrir au musée en 2009.

Pour leur part, les amateurs de musique peuvent jeter un coup d’œil à l’orgue Hammond ayant appartenu à Gerry Boulet entre 1955 et 1969. Les nostalgiques de La boîte à surprises ne voudront pas rater les costumes des inséparables clowns Sol et Gobelet.

Coups de cœur des conservateurs 

Les organisateurs ont fait en sorte de rendre la visite la plus interactive possible. À chaque arrêt devant un objet, l’information se déploie sous forme de textes et de vidéos. «Plus on reste longtemps, plus il se passe des choses», précise M. La Roche. En outre, chaque vitrine est munie de senseurs qui permettront à la direction de documenter la popularité de chaque objet.

L’exposition est séparée en neuf zones représentant une aspiration humaine, comme apprendre, jouer ou s’exprimer. La zone centrale met en valeur un coffret breton possédant le plus ancien numéro d’acquisition (1927). Au même endroit, des vidéos donnent la parole à quatre conservateurs du musée et à leur coup de cœur.

Pour la direction de l’institution, l’exposition est d’ailleurs une façon de faire découvrir le travail des conservateurs, ces travailleurs de l’ombre qui veillent à l’intégration des objets aux collections selon des critères précis.

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LE FOULARD DE RÉGIS OU LE CHANDAIL DES BOYS?

Les visiteurs de l’exposition Sortir de sa réserve : 400 objets d’émotion sont invités à choisir parmi un éventail de 16 objets contemporains celui qui représente le mieux notre époque. L’objet retenu à la suite du vote ira rejoindre les collections du Musée de la civilisation. On retrouve un peu de tout, que ce soit le jeu vidéo Assassin’s Creed, une bouteille de bière Maudite d’Unibroue, un iPhone de première génération, une carte de guichet Desjardins, la vidéo Web Le Willi Waller des Têtes à claques, une bouteille d’eau jetable Naya, le chandail du film Les Boys porté par Marc Massier et même un foulard Burberry du maire Labeaume.

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UN 30E ANNIVERSAIRE CHARGÉ

Après le succès monstre remporté par l’exposition Hergé à Québec (plus de 420 000 visiteurs en sept semaines), le Musée de la civilisation n’entend pas se reposer sur ses lauriers en cette année de 30anniversaire. L’exposition Sortir de sa réserve : 400 objets d’émotion devrait durer «au moins un an, peut-être davantage» s’il n’en tient qu’à Stéphan La Roche, convaincu qu’elle fera courir les foules. Le 16 mai, le Musée du Vieux-Port accueillera l’exposition Ici Londres, présentée en collaboration avec plusieurs institutions muséales prestigieuses de la capitale anglaise. Suivra à l’automne l’événement Mon sosie a 2000 ans, qui mettra en évidence la ressemblance qu’on annonce frappante entre des quidams et des bustes gréco-romains. «Nous avons reçu 110 000 réponses de gens d’un peu partout dans le monde. Grâce à un logiciel de reconnaissance faciale, on a trouvé des sosies parfaits», s’enthousiasme M. La Roche. Finalement, dès le 4 avril, le M-Lab, «un laboratoire d’innovation entièrement dédié à l’expérience numérique» devrait aussi susciter la curiosité. «Nous allons faire travailler des start-up du numérique, des chercheurs universitaires, des élèves et des artistes sur différents projets, comme des lunettes de réalité virtuelle qui permettront par exemple aux participants de visiter nos réserves muséales à Duberger, qui ne sont pas accessibles au public.»