Théâtre

Contes à ne pas voir passer le temps

CRITIQUE / Tradition du temps des Fêtes solidement implantée dans la capitale depuis huit ans, «Les Contes à passer le temps» représentent une sorte d’anachronisme à notre époque de dictature des écrans et d’un monde des loisirs devenu accro à la technologie tous azimuts. Une troupe de comédiens capables de faire rire et d’émouvoir pendant près de trois heures, uniquement par les gestes et la parole, avec quelques déguisements, dans un décor minimaliste, voilà le tour de force relevé haut la main par ce spectacle qui célèbre la puissance de l’imagination comme arme de divertissement massive.

Après le best of des six premières éditions, présenté l’an dernier, la compagnie théâtrale La Vierge folle rapplique avec du nouveau matériel, soit six histoires hautes en couleur, racontées à travers autant de personnages atypiques des quartiers centraux de Québec. Quiconque connaît un tant soit peu la ville se sent automatiquement interpellé par le souci du détail et la façon dont le metteur en scène Maxime Robin et sa bande ont conçu ce show rassembleur qui, pour la première fois, intègre de la musique au concept.

Le premier numéro, Un cœur pour Québec, qui trouvera sa conclusion à la toute fin, dans une façon fort originale de boucler la boucle, met la table avec un Jacques Leblanc dans la peau de Cornelius Van Horne, le constructeur du Château Frontenac. Tel le Scrooge de Dickens, l’acariâtre personnage sera pourchassé par ses fantômes de Noël, dont ceux de Marie-de-l’Incarnation et de Samuel de Champlain.

Sous la plume imaginative de Maxime Robin et de Sophie Thibeault, le récit revisite de façon rigolote quelques séquences marquantes du film culte The Shining. Comment ne pas rire aussi lorsque Van Horne découvre le triste sort réservé à un père de 19 enfants, emprisonné pour avoir enseveli illégalement des artéfacts à sa demande. «À Québec, on ne rigole pas avec ça, les artéfacts...»

Hilarante Valérie Laroche

Dans Limoilou, place à un compatissant courtier d’assurances (Israël Gamache) qui vient en aide à une vieille dame atteinte d’un trouble d’accumulation compulsive, un mal qui la pousse à emmagasiner 60 ans de souvenirs dans son cinq et demi. L’émotion atteint son comble avec la découverte, sous les montagnes de revues et de films, d’un piano qui servira à une reprise de Ce soir, l’amour est dans tes yeux, de Martine St-Clair. Une touchante invitation à la générosité à l’égard d’autrui signée Sophie Grenier-Héroux.

Le quartier Saint-Roch est l’affaire de Sarah Villeneuve-Desjardins et de l’auteur Marc-Antoine Marceau, avec le récit d’une employée de la pharmacie Brunet de la rue Saint-Joseph qui, à chaque Noël, fait croire à son entourage qu’elle part à l’étranger. Son subterfuge repose sur l’envoi de cartes postales avec, à la clé, une amitié qui empruntera une tournure inusitée. Encore là, le rire dispute le haut du pavé à l’émotion.

Le segment le plus drôle est certainement Le chien aboie, d’Isabelle Hubert, où Valérie Laroche raconte son épopée pour trouver un restaurant ouvert, le soir du 25, sur la rue Saint-Jean extra-muros. Tout pour ne pas aller souper chez sa sœur, à Beauport, qui met de l’huile de truffes dans sa salade de patates. La femme au franc-parler de se retrouver dans des restaurants magrébins, «avec des tapis volants et des lampes d’Aladdin sur les murs», prétexte à un message sur le vivre-ensemble qui se concluera sur un entraînant Felix Navidad collectif.

Chauffeur de souffleuse

Même douce folie dans Le divin est partout, avec une Linda Laplante qui, avec les mots de Joëlle Bond, raconte les détails d’un spectacle de Noël, au sous-sol de l’église Saint-Martyrs-Canadiens, où Jésus fait son entrée sur Born to be Wild. Le personnage à la bonne humeur contagieuse fait tout dans le show, ce qui lui a valu le titre de «la Xavier Dolan de Montcalm»…

Finalement, dans L’amour au temps des souffleuses, de Jean-Michel Girouard, le public fait la connaissance d’un coloré col bleu du quartier Saint-Sauveur (Marc-André Marceau) et de ses collègues de travail. Le bonhomme, qui n’a pas frenché depuis 500 jours, a un œil sur une barmaid de la taverne Jos Dion. D’où l’idée de demander au père Noël d’exaucer son vœu afin de lui permettre de rencontrer l’élue de son cœur.

Ambiance intime

L’aménagement des lieux tient beaucoup à la magie qui émane des Contes à passer le temps. En raison de l’exiguïté des voûtes de la Maison Chevalier, dans le Petit-Champlain, le spectateur a l’impression de faire partie prenante de l’aventure. La centaine de personnes, répartie sur deux rangées, de part et d’autre de la pièce aux murs de pierres, ont les comédiens à une ou deux distances de bras. L’intimité prend ici tout son sens.

Au centre, le seul accessoire est un petit banc, utilisé de façon parcimonieuse. Au plafond, des guirlandes de lumières de Noël ajoutent à l’ambiance. Près du sapin de Noël, le musicien Frédéric Brunet. Juste à côté, le bar à desserts et à café, servis par les comédiens eux-mêmes, avant la représentation et à l’entracte, en toute simplicité.

Mais au-delà de tout, c’est la force des textes, savant alliage d’humour et de gravité, et le charisme des comédiens qui font de ces contes magiques «made in Québec» le succès que l’on sait.

Il reste encore des billets pour quelques représentations, jusqu’au 30 décembre, mais hâtez-vous, ils s’envolent rapidement (www.premieracte.ca).

Arts

L'ambiance des Fêtes sur scène à Québec

Festif, recueilli, théâtral ou dansé, voici un survol des concerts et spectacles à voir dans la région de Québec pour le temps des Fêtes.
  • Concert de Noël sous les chandelles (Ensemble Ambitus), 1er décembre à la Basilique-Cathédrale Notre-Dame de Québec
  • Mario Pelchat et les prêtres, 2 décembre au Centre Vidéotron
  • Marc Hervieux, 2 décembre au Centre d’art La Chapelle
  • Noël, une tradition en chanson (Emilie-Claire Barlow, Johanne Blouin, Yves Lambert, Michel Louvain, Renée Martel, Michaël, David Thibault, Annie Villeneuve), 2 décembre à la salle Albert-Rousseau
  • Scarlett James, 6 décembre à l’Impérial
  • The Lost Fingers avec l’Harmonie des cascades, 8 décembre au Palais Montcalm
  • Reines de Noël9 décembre à l’Impérial

Expositions

Voir son sosie… en pierre et en photo au Musée de la civilisation [VIDÉO]

Ça nous est tous déjà arrivé: «J’ai vu ton sosie, hier.» Jean Potvin, un peu plus souvent: «Ça m’arrive régulièrement.» Mais de là à penser qu’il est le portrait tout craché du grand orateur grec Démosthène… Et pourtant la ressemblance est plus que troublante. Le créateur en arts visuels de Québec est l’un de 25 modèles retenus — sur 108000 candidatures — pour la fascinante exposition «Mon sosie a 2000 ans», qui ouvre ses portes au Musée de la civilisation.

Un appel à tous, il y a deux ans, sur une plateforme Web, a donné des résultats inespérés… et inattendus: le site a cessé de fonctionner, croyant être victime d’une cyberattaque! Un système de reconnaissance faciale s’est chargé d’un premier écrémage en comparant les photos avec la cinquantaine de sculptures antiques provenant de deux musées suisses.

N’empêche. Le défi était herculéen. Coline Niess, la chargée de projet, s’est patiemment mise à la tâche de trouver des alter ego pour faire le lien entre l’Antiquité et la modernité. Ils sont venus de partout dans le monde pour se faire tirer le portrait par François Brunelle, déjà spécialiste des sosies contemporains. Et de tout près aussi: alors que Coline Niess se demandait à qui le relief funéraire d’un jeune Syrien, décédé entre 101 et 200, pouvait bien ressembler, l’évidence était sous ses yeux, son propre fils, Milo Desbiens, né en 2007.

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Expositions

L'exposition Marcel Barbeau: chorégraphies de contrastes

Les œuvres de Marcel Barbeau donnent souvent l’impression de danser, de vibrer, de se fractionner, d’éclater. Attiré par toutes les polarités formelles, éternel explorateur des formes, des motifs, des lignes et des couleurs, l’artiste a un corpus tout indiqué pour être le premier Québécois à qui le Musée national des beaux-arts du Québec (MNBAQ) consacre une exposition solo dans le pavillon Pierre Lassonde.

On peut notamment se laisser avaler par d’immenses formats issus de performances picturales, des œuvres peu présentées et difficiles à entreposer à cause de leurs dimensions colossales. La scénographie donne au visiteur l’impression de nager, de glisser, de se laisser couler d’une pièce à l’autre. La scénographe Marie-Renée Bourget-Harvey a joué avec les murs noirs et les murs blancs, avec les angles droits et les courbes inattendues, en établissant une belle synergie avec le travail de Barbeau, qui naviguait lui aussi entre les contrastes avec un redoutable sens de l’équilibre.

«On l’a beaucoup critiqué pour avoir fait des sauts extrêmes d’un style à l’autre, mais aujourd’hui, on voit bien que c’est ce qui fait sa force», expose la commissaire Ève-Lyne Beaudry, conservatrice de l’art contemporain au MNBAQ.

Arts

Le nec plus ultra de la rentrée

L’équipe des arts a épluché l’abondante offre culturelle automnale pour en retenir le nec plus ultra. Voici ce qui nous met en appétit. Les choix de Geneviève Bouchard, Josianne Desloges, Éric Moreault et Normand Provencher.

• Festival de cinéma de la ville de Québec (13 au 22 septembre)

Théâtre

Christian Lapointe en quête d'une constitution québécoise

Christian Lapointe en convient, parler de constitution est loin d’être le sujet le plus sexy qui soit. C’est pourtant l’ambitieux projet de doter le Québec de la sienne, écrite par et pour les citoyens, que l’homme de théâtre portera à bout de bras au cours des prochains mois. Avec, à la clé, dans le courant de 2019, une pièce de théâtre documentaire baptisée Constituons! visant à éveiller les consciences à cette «vaste entreprise de définition collective».

«La constitution, c’est la base de tout. C’est l’exercice démocratique citoyen ultime qui sert à définir qui on est, qu’est-ce qu’on veut faire comme société et comment on va le faire. D’une constitution découle toutes les lois et les règles du vivre ensemble», lance avec un enthousiasme non feint Christian Lapointe, attablé avec Le Soleil à une terrasse d’un café de la rue Saint-Joseph.

Expositions

Le Musée de la civilisation à l’heure de Londres

Le Musée de la civilisation se met à l’heure de Big Ben et de la capitale anglaise à l’occasion de l’exposition Ici Londres, qui tiendra l’affiche jusqu’en mars 2019. Une occasion de découvrir l’effervescence de cette ville cosmopolite, de l’après guerre à nos jours, où sont nés des courants musicaux qui ont balayé toute la planète.

Le directeur général de l’établissement du Vieux-Port, Stéphan La Roche, n’a pas manqué de souligner les caractéristiques uniques de la «déjantée» capitale britannique, mercredi, lors de l’inauguration de l’événement, rendu possible grâce à la collaboration de huit institutions londoniennes (dont la Tate Gallery et le Museum of London) et la supervision de la chargée de projet Caroline Lantagne.

Au sol, une carte de Londres guide les pas des visiteurs. Au centre de la salle, une maquette de la «City of London», cœur économique de la ville, fait office de carrefour pour partir à la découverte des différents quartiers, chacun ayant sa renommée : Chelsea, le berceau du mouvement punk; Abbey Road, lieu de pèlerinage des fans des Beatles; Soho, lieu de naissance des «Swinging Sixties»; Camden Town, reconnu pour ses marchés aux puces et sa culture alternative. 

Ère numérique oblige, le visiteur pourra compter sur une nouvelle application (Mon MCQ), à télécharger sur son téléphone intelligent, pour obtenir des informations supplémentaires en «réalité augmentée». Ainsi suffira-t-il de cadrer le gilet des Sex Pistols pour entendre leur musique, ou de poser le même geste devant la photo du mannequin Twiggy pour la voir s’animer en pictogrammes, sur un air de Tom Jones.

Expositions

400 objets sortent de leur réserve au Musée de la civilisation

La cage de La Corriveau, les jumelles Dionne en poupées, le piano de Claude Léveillée, un bison des prairies empaillé, une réplique miniature du vaisseau Faucon Millenium, un vélocipède. Tous ces objets et 423 autres, aussi étranges que célèbres, connaissent une seconde vie à la faveur d’une nouvelle exposition présentée au Musée de la civilisation.

«Il s’agit d’une mise en lumière tout à fait inédite» des collections de l’institution du Vieux-Port, a expliqué mardi le directeur général Stéphan La Roche en levant le voile sur l’exposition Sortir de sa réserve : 400 objets d’émotion. «Ce sont des objets qui suscitent tous des émotions, parfois agréables, parfois moins, mais qui ne laissent personne indifférent.»