Musique

The Barr Brothers à la croisée des chemins

Ça bouge chez les Barr Brothers. Au terme de près d’une décennie de collaboration musicale, la harpiste Sarah Pagé a décidé à la fin 2017 de quitter le navire piloté par les Montréalais d’adoption Brad et Andrew Barr. Mais pour les frangins et leurs complices, la vie — et la musique — continue. L’album Queens of the Breakers encore tout chaud, ils reviennent d’une tournée européenne et ont repris la route au Québec. Alors que sa formation est attendue à l’Impérial vendredi prochain, le chanteur et guitariste Brad Barr a répondu aux questions du Soleil sur cette période de transition.

Q Comment avez-vous vécu le départ de Sarah Pagé?

R Elle était une si grande partie de notre identité musicale et de la manière avec laquelle nous avons construit notre son. Ça nous a certainement rendus nerveux de savoir ce qui sortirait de nous après ça, surtout qu’elle est partie au milieu de la tournée. Nous savions qu’elle commençait à sentir le besoin d’avoir plus de temps pour sa propre musique et son propre espace. La route, la tournée, être dans un groupe, ce n’est pas ce que tout le monde veut faire toute sa vie. Nous la comprenons et nous la soutenons totalement. Mais oui, nous étions plutôt nerveux en décembre quand nous avons appris que nous repartirions sur la route sans elle. 

Q Comment ces premiers concerts se sont-ils passés?

R Finalement, nous avons fait des spectacles pendant notre dernière tournée au Royaume-Uni qu’on peut citer parmi nos préférés depuis toujours. Je ne dirai pas que nous ne nous sommes pas ennuyés d’elle, parce qu’elle nous a certainement manqué. Mais ça nous a rassurés sur le fait que le groupe peut continuer sans elle. Lisa Moore, la femme de notre bassiste, est venue avec nous. Elle sera aussi là à Québec. Elle joue d’une variété d’instruments et c’est une excellente chanteuse. Elle couvre pas mal de terrain et fait un super travail pour représenter beaucoup de ce que Sarah a donné au groupe. 

Q Il y a donc toujours une touche féminine chez les Barr Brothers... 

R C’est une question qui a été soulevée. J’ai toujours apprécié l’aspect féminin de ce groupe, mais on peut se demander jusqu’à quel point c’est important. Si nous trouvons quelqu’un qui va vraiment bien avec le groupe, mais que c’est un homme, est-ce que ça nous dérangerait? Il y a plusieurs questions encore en suspens. Quand nous avons démarré ce groupe, Andrew et moi savions que c’est ce que nous voulions faire pour le reste de notre vie. Très naturellement, d’autres musiciens vont et viennent et nous sommes préparés à ça. En fait, nous pouvons être surpris que Sarah soit restée avec nous aussi longtemps. Elle a été tenace. Ce n’était pas toujours facile pour elle. Juste d’amener son instrument au volume auquel nous jouons et de trouver des manières de jouer de la musique qui n’est pas classique, ce n’était pas évident.

Q Songez-vous travailler avec un autre harpiste?

R La question a été posée, bien sûr. Mais pour moi, la présence de la harpe dans les Barr Brothers tenait plus de la présence de Sarah, de la musicienne qu’elle est, que de la harpe comme instrument. Je n’avais jamais planifié de jouer dans un groupe avec une harpe. C’est simplement arrivé parce qu’entre Sarah et moi, ç’a cliqué au niveau musical et qu’elle a été intéressée à explorer tout ça. Je suis certain qu’il y a d’autres harpistes qui pourraient connecter avec nous de cette manière, mais en ce moment, nous ne sommes pas certains. Nous prendrons une petite pause en mars. Nous méditerons sur ce que nous ferons ensuite. Il y a tant de possibilités qui s’offrent à nous. Nous avons parlé d’épurer les choses et de faire de la musique en duo… Je pense que ce qui risque d’arriver, c’est que le groupe va envisager les choses de projet en projet et va changer et s’adapter selon la musique que nous écrirons.

Q Vous avez dû vous adapter rapidement, lors du dernier Festival d’été de Québec, quand vos collaborateurs Bassekou Kouyaté et Amy Sacko ont été refoulés à la frontière. Comment avez-vous vécu ce spectacle?

R Ç’a sans aucun doute été l’un des points forts de l’année 2017. Ç’a été un autre exemple où soudainement, il faut rebrasser les affaires. Nous avions deux ou trois spectacles de prévus avec ces grands musiciens du Mali. À la dernière minute, leur visa leur a été refusé. Nous avons appelé à la rescousse notre ami Mamadou Koita, qui vient du Burkina Faso et qui a joué avec nous à plusieurs reprises. Il était venu en studio pour le dernier album, il nous a aidés pour la chanson Kompromat. C’est vraiment un gars super et un grand musicien. Il a à son tour invité son ami Sadio Sissoko. Ç’a été un de ces moments où nous avons dû nous fier à notre instinct. Nous n’avons pas pu répéter beaucoup, mais ç’a été vraiment le fun. Je pense que plusieurs s’attendaient à ce que ce soit un désastre. On a eu un jour pour préparer ce spectacle. Je ne sais pas si c’est parce que nous nous attendions à faire beaucoup d’erreurs, mais nous avons été vraiment heureux du résultat. Juste d’entendre ces gars jouer sur des chansons que nous connaissions si bien, de les sentir leur insuffler une vie, ç’a été un sentiment magnifique!

VOUS VOULEZ Y ALLER?

Qui : The Barr Brothers (Helena Deland en première partie)

Quand : 23 février à 20h

Où : Impérial

Billets : 33 $

Info : imperialbell.com

Exposition

La divine comédie de Cooke-Sasseville

À l’entrée de la Galerie 3, on découvre La tranchée, vision plutôt cauchemardesque des acrobates sur sabots de La rencontre. Sur le palier principal, trois œuvres où se multiplient les références et les sens invitent à la réflexion et tout au fond, dans la pièce cachée, une image incite au recueillement. Une exposition normale, c’est un peu l’enfer, le purgatoire et le paradis, façon Cooke-Sasseville.

C’est un retour aux sources pour les deux artistes de Québec, après l’inauguration de plusieurs œuvres d’art public de grande envergure, et une manière de marquer leur entrée à la Galerie 3, qui les représente depuis près d’un an. Jean-François Cooke et Pierre Sasseville appliquent à des œuvres de format domestique des techniques et matériaux utilisés en art public, ce qui leur donne un fini lustré et une aura de pérennité.

Expositions

Grandiose Giacometti au MNBAQ

Grandiose. Voilà qui décrit à la fois les fabuleuses sculptures filiformes de Giacometti et la formidable scénographie de Jean Hazel qui magnifie les œuvres du célèbre artiste suisse rassemblées au sein d’une rétrospective majeure au Musée national des beaux-arts de Québec (MNBAQ).

Après Londres, mais avant New York et Bilbao, l’incontournable exposition, qui se déroule du 8 février au 13 mai, regroupe plus d’une centaine de statues, de plâtres et une cinquantaine de tableaux. Et ce qui frappe avec cette version nord-américaine, c’est le superbe agencement de 23 modules sur lequel reposent les œuvres regroupées de façon chronologique dans les quatre vastes salles du pavillon Lassonde.

Jean Hazel, le designer principal du MNBAQ, a utilisé le bois clair, qu’il a agencé en forme de vagues et de ressac qui illustrent le caractère mélancolique de la production d’Alberto Giacometti (1901-1966), surtout après la mort de son peintre de père, en 1933. «L’idée de cette mélancolie et de la méditation, je l’ai ressentie souvent à la mer. Je me suis inspiré de ce calme. Les podiums permettaient de faire des juxtapositions au lieu d’avoir des socles séparés. On met en scène les sculptures ensemble.»

La production de cet artiste moderne marquant se distingue par sa diversité stylistique, qui couvre cinq décennies. Le visiteur peut ainsi découvrir ses premières œuvres jusqu’à ses trois dernières. 

Sortir

Trois idées de sortie pour 2018!

En ce début d’année, je déborde de ma mission habituelle pour aborder ce que nous réserve 2018 en activités culturelles. De manière tout à fait subjective, j’ai choisi trois événements qui feront assurément jaser à Québec. À vos agendas!

Manque pas ça en 2018!

Celui-ci est un incontournable. À lui seul, il regroupe plusieurs des spectacles les plus attendus à Québec cette année. Je parle bien sûr du Festival d’été de Québec, qui présentera sa 51e édition du 5 au 15 juillet prochain. Et même si la programmation n’a pas encore été dévoilée — elle devrait l’être au mois de mars —, nul doute qu’elle saura plaire, comme l’an dernier, aux goûts musicaux variés des festivaliers. En attendant le dévoilement, conjecturons! La présence d’Eminem à quatre festivals américains (Coachella, Bonnaroo, Boston Calling et The Governors Ball Music Festival) est déjà confirmée. Complétera-t-il sa tournée par un passage à Québec? Il s’agirait d’une première présence pour Eminem au FEQ. Les Foo Fighters, qui ont été contraints d’interrompre leur spectacle sur les Plaines en 2015 à cause d’une météo non collaborative, pourraient quant à eux être de retour en 2018. La rumeur vient du fait qu’ils seront en spectacle à Philadelphie le 7 juillet et à Toronto le 12 juillet. En plein durant le FEQ!

Expositions

La mode sous toutes ses coutures

Depuis «toujours», Annie et Pierre Cantin ont rêvé de fonder un musée pour mettre en valeur leur énorme collection de 5000 objets du patrimoine québécois. Avec Bibis, cloches et escarpins, un modeste aperçu de leur dotation au Musée de la civilisation, «il se réalise en partie aujourd’hui», a témoigné la vénérable dame, élégamment vêtue pour l’occasion.

Annie Cantin était très émue mardi matin. Et pour cause. Cette exposition est une forme de consécration pour leur patient labeur, mais aussi une reconnaissance posthume pour son mari architecte, décédé en 2007. «Pendant plus de 40 ans, […] nous avons conjointement partagé une vision du monde et mis en commun des projets emballants à deux pas d’ici à la maison Chevalier où nous avons travaillé à la préparation de la restauration de place Royale.»

Leur collection, amorcée en 1960, trouvera logement au manoir Charleville à Boischatel, leur résidence patrimoniale où plusieurs morceaux font partie de leur quotidien. En 2007, le couple demande au Musée d’examiner l’ensemble de sa collection qui s’étend de la Nouvelle-France jusqu’aux années 60. Quelque 1800 objets sont retenus «en raison de leur rareté, de leur attrait esthétique et de leur état de conservation remarquable», explique le directeur général Stéphan La Roche. 

Arts

L'ambiance des Fêtes sur scène

  • Party des Fêtes des Porn Flakes: du 24 novembre au 16 décembre, 21h, à l’Impérial
  • Noël, une tradition en chanson (Brigitte Boisjoli, Marie-Michèle Desrosiers, Laurence Jalbert et Paul Daraîche): 26 novembre (15h et 20h), à la salle Albert-Rousseau
  • Mario Pelchat et Les prêtres: 1er décembre, 19h30, au Centre Vidéotron
  • Jubilé Gospel: 1er décembre, 19h30, au Palais Montcalm
  • Casse-Noisette: 7 au 10 décembre (14h et 19h30), au Grand Théâtre
  • Maxime Landry et l’Harmonie des Cascades: 9 décembre, 20h, au Palais Montcalm
  • Les Violons du Roy (Cantates de Bach pour Noël): 13 et 14 décembre, 20h, au Palais Montcalm
  • Le Noël des idoles (Patrick Zabé, Michèle Richard, Claude Valade, Gilles Girard, Tony Massarelli et Jacques Salvail): 13 décembre, 20h, au Grand Théâtre
  • Claire Pelletier (Noël Nau): 15 décembre, 20h, à L’Anglicane
  • Les Rhapsodes: 16 décembre, 14h, au Palais Montcalm
  • Vladimir Sidorov: 17 décembre, 15h, au Palais Montcalm
  • Chœur du Vallon (Ah! Quel grand mystère): 17 décembre, 15h, au Palais Montcalm
  • Tocadéo: 21 et 22 décembre, 20h, au Grand Théâtre
  • Nicolas Noël (Les livres des enfants du monde): 23 décembre, 15h, au Grand Théâtre
  • Le chemin de Noël: 23 décembre, 18h, au Palais Montcalm
  • La Caravane des Fêtes IV (Caravane, Harfang et Mort Rose): 27 décembre, 21h, à La Nef
  • Les petites tounes: 28 décembre, 14h30, à l’Impérial
  • La 12e veillée du temps des Fêtes des Chauffeurs à pieds: 29 décembre, 21h au Cercle

Expositions

Musée de la civilisation: de la trappe à l'espace

Des trappeurs jusqu’à la station spatiale, l’histoire de Québec est façonnée par le commerce de ses résidants depuis plus de 400 ans. De trappeurs à entrepreneurs, au Musée de la civilisation, permet au visiteur de saisir l’ampleur des transformations économiques subies par la capitale, ponctuée par des chapitres qui sont entrés dans la légende populaire : brasserie Boswell, fusils Ross, Dominion Corset…

L’idée est née d’une discussion entre Stéphan La Roche, le directeur général du Musée, et Alain Aubut, qui était alors président du CA de la Chambre de commerce et d’industrie de Québec (CCIQ). 

Les partenaires ont vite saisi le potentiel muséologique d’une exposition en parcourant la réserve de l’institution. Pas moins de 80 % des 250 objets exposés proviennent de ses collections. Des enseignes commerciales, comme le magasin Paquet ou une affiche du Festival d’été de Québec de 1974, jusqu’aux immenses artefacts comme un métier à tisser industriel ou une calèche d’époque.

Évidemment, l’époque de l’exploitation des ressources naturelles est plus difficile à illustrer. Mais Québec est née (en 1608) et a survécu grâce au commerce de la fourrure, d’abord, puis du bois ensuite. Pas moins de 25 millions de peaux transitent par la ville fluviale jusqu’à Paris, puis Londres, après la Conquête.

Expositions

La caricature s’invite à l’Assemblée nationale

La caricature politique s’invite à l’Assemblée nationale, dans la prochaine année, à la faveur d’une exposition consacrée aux plus mémorables coups de crayon de cette forme grinçante d’art qui fait rire, mais le plus souvent damner les politiciens. Une occasion de découvrir plusieurs perles et réaliser que l’humour d’autrefois pouvait être drôlement plus caustique que celui d’aujourd’hui.

«Il y a des choses qui ne passeraient pas aujourd’hui, je pense à certaines caricatures antisémites des années 30. Il serait impensable qu’un journal les diffuse de nos jours», explique Martin Pelletier, responsable de l’exposition Coups de crayons! – La satire politique en dessins, inaugurée jeudi midi, à la bibliothèque de l’Assemblée nationale.

Une équipe de six employés a scruté les archives pour retenir quelque 200 dessins et publications résumant l’actualité politique québécoise des 150 dernières années. «On a essayé de représenter toutes les époques et certains grands enjeux de société, comme le droit de vote des femmes ou la corruption, afin de joindre le plus grand nombre de citoyens possibles», ajoute M. Pelletier.

C’est en 1792 qu’il faut remonter pour trouver la première trace imprimée de satire politique, avec le placard À tous les électeurs, à l’occasion de la première élection au Bas-Canada. Il faudra attendre le milieu du XIXe siècle pour que la presse satirique s’implante, avec la parution à Montréal et à Québec de plus de 70 périodiques, souvent éphémères.