Dragonfire : une version « cartes » de Donjons et dragons

À qui le tour?

CHRONIQUE / D’abord l’apanage des geeks, les jeux de stratégie sont désormais très populaires. Boutiques, ludothèques, bars à jeux salons et festivals se multiplient, témoignant de cet engouement. Le Droit entame la publication d’une chronique mensuelle traitant de jeux de société. On y fera surtout des recensions critiques, mais on y proposera aussi des reportages sur des sujets liés à l’univers ludique. On s’intéressera aux parutions les plus récentes, tous types et thèmes confondus : jeux de plateau, de logique, de cartes, de dés, de figurines, de rôle ou jeux considérés « familiaux ».

Mis en marché par la société américaine Catalyst Game Labs, un récent joueur dans le milieu des éditeurs de jeux, Dragonfire plonge une équipe de 2 à 6 joueurs dans l’univers de Donjons et Dragons (D&D, pour les intimes), en remplaçant la dimension « jeu de rôle », un peu trop « virtuelle » pour le commun des mortels, par un ensemble de cartes représentant les actions, offensives ou défensives, des joueurs. 

Le jeux de société Dragonfire

Ce système s’appelle « deckbuilding » : une main de cartes qu’on conservera durant tout la joute, tout en cherchant à l’améliorer. Chaque carte est défaussée après utilisation, et les joueurs ne récupèrent leur paquet qu’une fois qu’elles ont toutes été jouées. C’est le mécanisme qu’avait mis en place il y a une dizaine d’années le jeu Dominion ; depuis, plusieurs jeux l’ont repris, notamment Star Realms et Shadowrun : Crossfire. Ce dernier était d’ailleurs édité par Catalyst, qui appliquait la formule du deckbuilding à un univers déjà élaboré pour d’autres plates-formes (en l’occurrence, le jeu de rôle Shadowrun). Et il s’agissait d’un jeu coopératif.

Car, sans surprise, Dragonfire mise sur la coopération. On pouvait difficilement attendre autre chose qu’une valorisation de l’esprit d’équipe, de la part d’un jeu qui arbore le logo de Donjons et Dragons et envoie les joueurs arpenter les Royaumes oubliés (plus précisément ici, la dangereuse Côte des épées). 

Comme dans toute bonne aventure de D&D, on choisit d’abord son personnage, lequel orientera notre façon de jouer en fonction de la « classe » à laquelle il appartient. Le jeu de base limite ce choix aux quatre classes « classiques » : guerrier (des personnages qui fessent fort et encaissent bien les coups), clerc (les médecins), voleur et magicien (plus fragile, mais dévastateurs avec le temps). 

Un code de couleur permet d’identifier les quatre types de cartes « actions » que les joueurs peuvent « acheter » pour renforcer leur main : martial, dévotion, arcane et déception. La plupart des cartes demeurent accessibles à tous les personnages, quelle que soit leur classe. 

Il faut également déterminer la « race » de son personnage. On débute avec un choix restreint d’humains, d’elfes et d’orques.

À l’aventure !

Les joueurs seront confrontés à l’apparition de trois vagues de monstres. Une « aventure » (la partie) est constituée de trois actes, au début de chacun desquels déboulent un certain nombre de cartes ennemies qu’il faudra battre le plus rapidement possible. L’élément « coopératif » réside essentiellement là. 

À chaque fois qu’il reste des cartes monstres à la fin d’un tour, le « niveau de Dragonfire » augmente... ce qui signifie que le degré de difficulté du jeu s’accroit. De nombreuses cartes ennemies deviennent en effet plus fortes lorsqu’un certain niveau est atteint. En outre, les effets sournois d’une carte « événement » planent sur chaque tour de jeu. Ces effets deviennent particulièrement nocifs avec un niveau de Dragonfire élevé.

Le plaisir et l’intérêt de Dragonfire se révéleront dans la durée. D’une part, parce que l’investissement en temps est beaucoup trop important pour justifier une partie unique « découverte » (il faut se farcir 32 pages de règles... dans un livret qui n’est pour l’instant disponible qu’en anglais). D’autre part, parce que ce jeu est pensé sur le long terme, sur un mode « campagne ». Comme dans le jeu de rôle D&D, on peut (et l’on veut) conserver son personnage d’une partie à l’autre, pour voir progresser ses forces et ses compétences. Voilà qui plaira aux amateurs du récent système Legacy, qui ajoute un mode « campagne » à des jeux comme Risk ou Pandémie.

Une victoire à Dragonfire permet de récupérer des « points d’expérience » que les joueurs pourront troquer contre des cartes objets magiques et contre de nouvelles compétences (sous la forme d’autocollants à apposer à leur fiche de personnage).

Pour optimiser le plaisir, on suggère de suivre le scénario de la « campagne » qui vient avec la boîte de base. Ce scénario permet de configurer différents paquets dont le contenu fait écho à un « récit ». Il accompagnera les joueurs inexpérimentés jusqu’au niveau 4.

Au sein de notre équipe de testeurs (six joueurs) figuraient d’anciens joueurs de D&D, d’autres que le concept du jeu de rôle rebute, et quelques autres qui, sans n’avoir jamais joué à D&D, avaient déjà créé un personnage « pour voir ». Chacun a trouvé son compte dans cette version plateau de D&D, malgré la lourdeur (inhérente à l’apprentissage d’un nouveau jeu complexe) de cette mise en bouche.

Des extensions permettent de jouer avec d’autres types de personnages ou d’explorer d’autres régions fictives de D&D.

Le jeu a été gracieusement offert par la boutique gatinoise Frères de Bataille (114, boulevard St-Raymond).

LUDO-OUTAOUAIS

En Outaouais, les joueurs du dimanche — et les gameurs de tous les autres jours de la semaine — ont la chance de pouvoir compter sur une structure associative dynamique, Ludo Outaouais, pour les brancher sur les différentes communautés de joueurs.

Leur site Internet propose un calendrier répertoriant les rencontres de différents jeux, des liens vers les boutiques de la région, des ressources vidéo.

Les membres ont notamment accès à une ludothèque de plus de 500 jeux différents et peuvent participer à des tournois amicaux. Il se retrouvent les mercredis à la boutique L’As des jeux (325, Boulevard Gréber).

L’association organise une convention annuelle — qui se tient généralement à la fin novembre, à l’École secondaire de l’Île — à laquelle participent plus de 200 personnes : une façon idéale découvrir et se faire expliquer de nouveaux jeux, et de trouver des partenaires.

Ludo-Outaouais organise même à l’occasion des concours des créateurs de jeux.

BLOC TECHNIQUE

Dragonfire

3 à 6 joueurs

  • Chance : 2/6
  • Stratégie : 4/6
  • Plaisir : 3/6
  • Difficulté : 4/6
  • Esthétique : 5/6