La fermeture de milliers de commerces et de restaurants cette année à cause du virus, conjuguée à la difficulté qu’ont les propriétaires à louer ces lieux vacants, a permis à l’organisation d’élargir son périmètre d’action.
La fermeture de milliers de commerces et de restaurants cette année à cause du virus, conjuguée à la difficulté qu’ont les propriétaires à louer ces lieux vacants, a permis à l’organisation d’élargir son périmètre d’action.

À New York, des œuvres d’art se glissent dans les vitrines des magasins désertés

Peter Hutchison
Agence France-Presse
À New York, des artistes ont investi les vitrines vides et les locaux de magasins ayant dû fermer à cause de la pandémie, une façon pour eux de gagner en visibilité tout en revitalisant des rues commerçantes abandonnées.

«Parfois on dit que la tragédie fait naître une opportunité», explique le dessinateur Sir Shadow qui crée actuellement ses œuvres au sein d’une ancienne boutique de meubles à Manhattan.

Le septuagénaire est aidé par l’association Chashama qui depuis 25 ans persuade des propriétaires d’offrir temporairement leurs locaux vacants à des artistes en difficulté pour qu’ils s’en servent de studio et de lieu d’exposition.

La fermeture de milliers de commerces et de restaurants cette année à cause du virus, conjuguée à la difficulté qu’ont les propriétaires à louer ces lieux vacants, a permis à l’organisation d’élargir son périmètre d’action.

Chashama, qui dispose déjà de 150 studios, prévoit ainsi d’occuper 100 nouveaux espaces d’ici l’année prochaine.

«Il y a davantage de lieux disponibles et beaucoup plus de lieux que les gens sont prêts à nous donner en ce moment», confirme à l’AFP Anita Durst, fondatrice et directrice artistique de l’association.

Les artistes prennent possession de l’espace gratuitement et bénéficient de la totalité des recettes des ventes, un cadeau du ciel dans une ville comme New York où les loyers des surfaces commerciales sont exorbitants et où les galeries prennent habituellement une commission.

Les propriétaires gagnent aussi au change dans ce dispositif qui voit les artistes quitter les lieux une fois l’espace loué.

«Nous faisons en sorte que l’endroit soit beau. Nous sommes là pour ouvrir les portes aux agents immobiliers. En un sens, nous essayons d’aider à la location de l’espace», souligne Mme Durst.

Remonter le moral 

Une initiative similaire a vu le jour dans le quartier huppé de l’Upper West Side où les façades de l’artère commerciale Columbus Avenue exposent désormais les travaux d’artistes locaux.

Peintures à l’huile, toiles à l’acrylique et photographies ornent les vitrines des magasins aux côtés de panneaux «Espace commercial disponible» dans le cadre de l’exposition Art on the Ave, qui s’achèvera le 31 janvier.

L’idée a germé en juin dans la tête de trois enseignants, dont Barbara Anderson, qui ne supportait plus la triste vue des boutiques fermant les unes après les autres à mesure que la pandémie submergeait New York.

«Je me suis dit qu’on devait pouvoir faire quelque chose de mieux, quelque chose de plus dynamique», raconte à l’AFP Mme Anderson, qui réside dans ce quartier.

«J’espère que ça amènera des clients vers la zone et que ça aidera les détaillants qui ont beaucoup de mal à payer le loyer», ajoute-t-elle.

Lance Johnson est l’un des 40 artistes à figurer dans l’exposition.

Les passants s’arrêtent pour prendre en photo sa toile aux couleurs vives We the People, estimée à 3500 $US, et pressent leur nez contre la vitre pour lire la notice qui l’accompagne.

«Au lieu de papier brun tapissant les vitrines vous voyez de l’art exceptionnel. Ça vous remonte le moral», lance M. Johnson.

Pour le peintre de 45 ans, c’est d’autant plus important qu’il s’agit de lutter contre l’idée que «New York est mort».

«Ce n’est pas vrai. Nous sommes encore là, nous nous battons et c’est important de le faire savoir», ajoute-t-il.

Pour Sir Shadow, qui accrochait illégalement ses toiles aux grilles de jardins publics avant de rejoindre le programme de Chashama, ce type d’initiatives apportera une visibilité durable aux artistes.

«Une fois que les gens prennent l’habitude de voir ces espaces occupés, qu’ils comprennent l’intérêt et voient la beauté de la chose, on ne peut pas revenir en arrière», affirme-t-il.