Le créateur de mode québécois Jean-Claude Poitras

À la mode de Jean-Claude Poitras au Musée de la civilisation [VIDÉO + PHOTOS]

Les créations de Jean-Claude Poitras savent aussi bien épouser les lignes des corps que leur donner de l’élan et de l’éclat. Les vêtements et les inspirations du célèbre designer de mode québécois sont agencés dans un parcours à son image, élégante, épurée et très humaine, au Musée de la civilisation (MCQ).

En visitant l’exposition mardi, le jour de son 70e anniversaire, Jean-Claude Poitras a été ému par ce bilan «pas nostalgique du tout» de 30 ans de création. «J’ai toujours dit que j’étais plus un homme de style que de tendance, et je crois que l’histoire me le prouve.»

L’exposition commence par un prélude en ligne du temps, où trônent la chemise et le blouson «pizza» qu’a imaginés Poitras pour habiller les animateurs de Radio-Canada pendant les Jeux olympiques de Montréal. Puis une robe de deuil audacieuse et théâtrale, sertie d’une longue traîne noire — que le designer a créée en 1997 pour l’exposition Mode et collections du MCQ — ouvre de magistrale manière un segment dédié aux premières inspirations du créateur.

«Deux pièces de deuil», 1997, Jean-Claude Poitras, soie et métal

«Mon enfance a été marquée par des femmes exceptionnelles», raconte Jean-Claude Poitras, qui adorait regarder sa mère, sa grand-mère et ses tantes broder, tricoter et crocheter. «Les métiers des petites mains, ça m’a toujours absolument bouleversé.» On sent aussi, dans les vêtements noirs aux coupes droites, à boutons et aux poignets finement travaillés, l’influence des vêtements ecclésiastiques.

 «Mes premiers défilés de mode, je les faisais déjà dans ma tête à la messe du dimanche», dit Jean-Claude Poitras

«Mes premiers défilés de mode, je les faisais déjà dans ma tête à la messe du dimanche. L’hiver, lorsque les dames revenaient de la communion par l’allée centrale, je voyais valser tous les moutons de Perse, les visons et les castors rasés de ce monde. Ce côté cérémonial, sans le savoir, ça m’a vraiment imprégné», indique M. Poitras.

La portion centrale de l’exposition souligne sa passion pour le cinéma. Un «puits» d’inspiration, une bulle blanche où défilent photographies et images vidéos, montre les grandes actrices hollywoodiennes, françaises et italiennes pour qui Poitras s’imaginait créer des robes fantastiques. Déjà, enfant, il rêvait d’habiller Fanfreluche. Quelle ne fut pas sa surprise, et son bonheur, d’avoir pu, adulte, confier un manteau rouge à son interprète.

Le manteau rouge qui a séduit Kim Yaroshevskaya et un tailleur crée en 1995

Devant l’inscription «Si Humphrey Bogart était encore en vie, il porterait un de mes trenchs», Jean-Claude Poitras évoque sa collaboration avec Le Château, qui lui a permis de créer une version démocratisée, pour les jeunes, d’un de ses manteaux. «J’ai longtemps eu un rapport amour-haine avec mon métier. Ça peut être très superficiel, la mode», explique celui qui a trouvé la paix en constatant que le monde a un réel besoin de beauté.

Les manteaux aux lignes épurées de Jean-Claude Poitras

La dernière partie montre que le designer sait toujours se réinventer et surprendre, en montrant des vêtements influencés par ses voyages autour du monde. Couleurs, imprimés et textures particulières (comme de la soie, salie dans les rizières, qui ressemble à s’y méprendre à du cuir) se marient dans des vêtements d’inspiration nippone, italienne ou marocaine.

Des robes de Jean-Claude Poitras influencées par l'Italie

Le défilé se termine, comme c’est la coutume, sur une sublime robe de mariée blanche, plissée sur le devant et sur le dos, avec une pointe de tissu soyeux au-dessus de l’épaule gauche qui donne l’impression que la robe est sur le point de s’envoler. Un beau contraste avec la robe de deuil du début.

Robe de mariée, créé en 1994

L’exposition Jean-Claude Poitras — mode et inspirations, créée avec le musée McCord, est accessible jusqu’au 15 septembre au Musée de la civilisation. Info : mcq.org

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LES PORTRAITS GARDE-ROBE DE LIBBY OLIVER

Si l’on prenait tous vos vêtements pour vous couvrir de la tête aux pieds, toutes ces couches qui au jour le jour contribuent à construire votre identité et à protéger votre corps des éléments, que verrait-on? La photographe Libby Oliver, de Victoria, a suivi cette idée pour Soft Shells, qui a engendré l’exposition Coquilles de soi, présentée au Musée de la civilisation. L’artiste y a été en résidence pour ajouter cinq portraits à son inventaire déjà bien garni, et saisissant. Les plus observateurs reconnaîtront les designers de mode Jean-Claude Poitras (à qui une exposition est dédiée dans la salle d’à côté) et Christiane Garant (de la griffe Myco Anna) ainsi que l’auteure-compositrice-interprète Safia Nolin. Le tout se veut un hommage à la mode créative et libre à l’ère de la fast fashion, ainsi qu’une réflexion sur nos multiples facettes identitaires, qu’on projette ou qu’on protège.

Le portrait de Jean-Claude Poitras (détail) de Libby Oliver
Le portrait de Safia Nolin (détail) de Libby Oliver