Les oeuvres de Jeff Koons ne manquent jamais de faire jaser. Ici, «Fait d'hiver» au moment de sa mise à l'encan par Christie's en 2007.

À Hong Kong, Jeff Koons parle d’argent, du risque et de l’acceptation

HONG KONG — Aux yeux de ses détracteurs, ses oeuvres sont surfaites, surévaluées et faciles. Pour ses admirateurs, c’est une légende vivante, l’incarnation du mouvement Pop Art. Mais Jeff Koons assure qu’il veut juste se focaliser sur ce qui lui fait plaisir.

Les oeuvres de l’artiste américain de 63 ans sont culottées, voluptueuses et se vendent à des prix astronomiques. Ce qui ne tempère pas l’enthousiasme de l’Asie à son endroit alors qu’il présente son art à Hong Kong Art Basel.

Cette grande foire internationale de l’art contemporain est l’occasion pour les collectionneurs argentés d’acquérir de nouveaux signes extérieurs de leur statut social.

Le pionnier est venu dans l’ancienne colonie britannique retournée en 1997 dans le giron chinois avec les sculptures en acier inoxydable poli à l’extrême qui sont sa marque de fabrique.

Mais il apporte aussi à Art Basel, dans un vaste centre d’exposition sur le front de mer, sa série Gazing Ball, ballons bleus étincelants insérés dans des reproductions de chefs d’oeuvre de maîtres européens, dont Rembrandt et Tintoretto.

En 2013, lors d’une vente aux enchères chez Christie’s à New York, la version orange de son Balloon Dog avait atteint le prix record de 58,4 millions de dollars.

Mais, assure-t-il à l’AFP, la valeur monétaire de son art n’est qu’une «abstraction».

«Honnêteté choquante»

«Je suis flatté que mes oeuvres soient perçues par la société comme ayant une valeur pertinente. Mais la beauté qu’il y a à avoir un impact sur de vrais individus [...] c’est ce qui m’apporte vraiment de la joie», dit-il, impeccable dans un élégant costume bleu foncé.

Son oeuvre est cependant controversée, ses contempteurs l’accusant d’être kitsch, commerciale, surcotée et vulgaire.

En France, un projet de l’artiste américain visant à installer devant le palais de Tokyo à Paris une sculpture de 33 tonnes intitulée Bouquet of Tulips en hommage aux victimes d’attentats suscite la polémique.

De nombreuses personnalités, du réalisateur Olivier Assayas à l’ancien ministre de la Culture Frédéric Mitterrand, ont dénoncé un artiste devenu «l’emblème d’un art industriel, spectaculaire et spéculatif».

L’intéressé se refuse à commenter la polémique. Mais comme on lui demande comment il gère les critiques, il répond qu’il tente de se concentrer sur son travail.

«Je crois que les gens trouvent toujours que l’honnêteté est très choquante. Quand on est honnête et qu’on fait les choses qu’on veut faire, c’est un peu un révélateur de la nature humaine».

Les oeuvres du plasticien né en Pennsylvanie sont colorées, extravagantes et monumentales.

Il semble indifférent à la polémique. Il était devenu célèbre dans les années 1990 en exposant dans un art explicite sa vie sexuelle avec son ex-épouse Ilona Staller, star italienne du porno connue comme la «Cicciolina».

Y croire

Aujourd’hui à Hong Kong, Jeff Koons semble détendu chez David Zwirner, galerie de Central, quartier au coeur de la métropole où trônent également des pièces de la série Gazing balls. Chaque recoin de la galerie est reflété dans les surfaces étincelantes.

«Les surfaces réfléchissantes confortent le spectateur, ici et maintenant», affirme-t-il.

L’art surréaliste est un moyen de s’explorer soi-même et il le pratique depuis l’adolescence.

«Lorsqu’on regarde à l’intérieur de soi et qu’on trouve ce en quoi on s’accepte, automatiquement, on veut se tourner vers l’extérieur et on veut aller vers le monde extérieur. C’est le voyage que l’art peut vous faire accomplir».

Il explique qu’il travaille sur un projet de réalité virtuelle qui verra le jour d’ici un an mais prévient les jeunes artistes de ne pas voir la technologie comme le moyen facile d’être créatif, plutôt comme celui d’exprimer le «métaphysique».

Par dessus tout, les jeunes doivent croire en eux-mêmes, martèle-t-il. A ses débuts, poursuit-il, son art n’avait aucune audience et il avait dû retourner vivre chez ses parents.

«J’ai toujours été un preneur de risques, j’ai toujours cru qu’il fallait y aller. Je crois en l’enthousiasme, en la stimulation, au fait de tenter d’accomplir quelque chose».