Les directrices Marianne Marceau et Marcelle Dubois entre les autrices Carolanne Foucher et Laura Amar, dont les pièces seront lues en intégralité au Jamais Lu le jeudi 28 novembre.

9e festival du Jamais Lu Québec: documenter la survivance

«Nous sommes des programmateurs d’impulsions», illustre Marcelle Dubois, directrice générale du Jamais Lu. La 9e mouture «Québec» du festival, qui se déploie aussi à Montréal et à Paris, honore cette maxime. Le théâtre documentaire y sera mis à l’honneur sous la thématique «Pour ne pas disparaître», à travers les textes d’une quinzaine d’auteurs, du 28 au 30 novembre.

Cette urgence de préserver et d’éviter la disparition des êtres aimés, des communautés et de la nature qui nous entoure était un dénominateur commun dans les textes soumis à Marianne Marceau, la directrice artistique du Jamais Lu Québec, et à son équipe de lecteurs aguerris. À cette époque de «Do It Yourself» (faire soi-même), de recrudescence du survivalisme et d’écoanxiété, on sent que nos contemporains cherchent de nouveaux modèles, des sorties de secours. «C’est aussi le cas lorsqu’on veut s’informer, note Marianne Marceau. On se tourne vers le documentaire pour approfondir des sujets qu’on peine à attraper dans le flot de nouvelles continues des médias de masse.»

Le Jamais Lu se veut un laboratoire, une rampe de lancement pour des textes théâtraux amorcés, terminés ou créés spécialement pour répondre à une question qui traverse notre époque.

Le coup d’envoi, le jeudi soir, prend la forme d’une discussion entre la directrice artistique et deux invités : Célestine Uhde, une jeune militante féministe et environnementaliste, et Alexandre Bacon, conseiller politique pour la nation innue. Ils chercheront à dire comment la disparition hante la conscience collective et hante l’espace imaginaire.

Lectures intégrales

Deux lectures intégrales seront présentées ensuite. Laura Amar signe L’Usine, le récit de deux survivants dans la carcasse d’un autobus, qui sera mis en lecture par Frédérique Bradet. «Sa plume nous a frappés. Les personnages oscillent entre le désir d’agir et le désir de s’effacer», souligne Marianne Marceau. Puis, Manipuler avec soin, de Carolanne Foucher, propose «avec humour et intelligence» le récit d’une femme qui s’est fait poser une alarme corporelle qui sonne lorsqu’elle se retrouve dans une situation intime inconfortable, et qui déraille.

Le vendredi matin, La cour des grands de Michel Bertrand se penche sur le destin de six ados du début à la fin d’une année scolaire. «Une fresque drôle et touchante sur l’affirmation de soi», note Mme Marceau. Ce soir-là, l’incontournable Accélérateur de particules est une bonne porte d’entrée pour ceux qui veulent découvrir les multiples formes d’écritures théâtrales. «Ça nous montre un panorama de tout ce qui se crée en ce moment à Québec. On essaie d’avoir quelque chose de très varié, avec des tons un peu plus poétiques, des choses plus réalistes, plus sombres, plus gaies», résume la directrice artistique. Odile Gagné-Roy, Isabelle Hubert, Lauren Hartley, Vincent Massé-Gagné et Simon Lepage nous entraîneront dans des univers variés : enquête sur Nelligan, les superhéros vus par un scientifique, récit d’une magouille de bas étage et disparition d’enfant en banlieue composeront cette baie vitrée sur la création.

Samedi, les intéressés pourront s’infiltrer dans la dernière rencontre de la classe de maître du dramaturge Étienne Lepage. Ce sera ensuite soir de gala à l’occasion du FTDFJLQ, faux raccourci pour «Festival du théâtre documentaire du Festival du Jamais Lu Québec». Sous l’égide de Véronique Côté et de Marianne Marceau, cinq auteurs ont répondu à la question «Que souhaiteriez-vous voir (ou ne pas voir) disparaître?» en livrant un texte de théâtre documentaire. Une occasion unique de voir comment se sont débrouillés Jean-Philippe Baril-Guérard, Maxime Beauregard-Martin, Catherine Éthier, Nadia Girard Eddahia et Olivier Normand avec cette commande singulière.

Outre la classe de maître, qui se tient à la Maison de la littérature, toutes les activités du Jamais Lu se tiendront au théâtre Périscope. Info : jamaislu.com