Le film sud-coréen «Parasite» de Bong Joon-ho remporte l'Oscar du meilleur film. Il s'agit du premier long-métrage dans une langue autre que l'anglais à réaliser cet exploit.

92e Oscars: «Parasite» cause une énorme surprise

«Parasite» a causé une énorme surprise aux 92e Oscars en remportant quatre trophées: meilleurs film, réalisateur, scénario et film international! L’excellent long métrage de Bong Joon-ho, Palme d’or à Cannes, entre ainsi dans l’histoire comme étant la première œuvre à obtenir les récompenses du meilleur film ET du film international. À la grande joie du principal concerné, ébahi.

Alors que tout le monde avait placé ses paris sur Sam Mendes pour le trophée du meilleur réalisateur, c’est Bong Joon-ho qui s’est imposé.

«Quand j’étais jeune et que j’étudiais le cinéma, il y avait une maxime gravée dans mon cœur: “le plus personnel est le plus créatif.” C’était de Martin Scorsese», a déclaré, déférent, le Sud-Coréen. Le réalisateur était aussi en nomination pour The Irishman.

Les concepteurs de la soirée avaient entendu les plaintes venues d’un peu partout. Ils ont placé la soirée sous le signe de la diversité, accordant une belle place aux minorités.

Comme prévu, Renée Zellweger a obtenu l’Oscar de la meilleure actrice pour Judy et Joaquin Phoenix, celui de l’acteur, une première, pour son inoubliable incarnation dans Joker (film qui a aussi obtenu la récompense de la trame sonore). Fait étonnant, Heath Ledger avait aussi gagné la statuette en 2009 comme acteur de soutien pour le même personnage.

Très ému, Phoenix a profité de l’occasion pour faire acte de contrition et, surtout, rappeler que l’humanité excelle quand elle unit ses forces pour combattre les injustices. «Nous avons perdu contact avec la nature», a-t-il souligné.

Brad Pitt a enfin obtenu un Oscar comme acteur, à sa quatrième nomination. Inoubliable dans son rôle de cascadeur dans Il était une fois… à Hollywood de Tarantino, il a rendu un hommage senti au réalisateur et à toute l’équipe avant d’évoquer la longue route qui l’a conduit jusqu’au sommet. Pitt, très ému, a dédié son prix à ses enfants. Et a aussi envoyé un jab au Sénat américain.

Du côté féminin, l’Oscar de la meilleure actrice dans un rôle de soutien est allé à Laura Dern pour Marriage Story, mais, honnêtement, elles le méritaient toutes. «Certains disent que vous ne rencontrez jamais vos héros, mais je dis que si vous êtes vraiment bénis, vous les avez comme parents», a déclaré la fille de Diane Ladd et Bruce Dern en leur dédiant son prix. Vingt-quatre heures avant son anniversaire, elle a obtenu son «meilleur cadeau à vie».

Grosse surprise alors que plusieurs prévoyaient une victoire de Quentin Tarantino, Bong Joon-ho et Jin Won Han ont enlevé le très mérité Oscar du meilleur scénario original. Il fallait voir le réalisateur de Parasite contempler sa statuette avec un immense sourire sur le visage. Son corrosif et original long métrage a manifestement séduit les membres de l’Académie. «Un grand honneur. Yeah.»

Après le Sud-Coréen, qui a salué ses compatriotes dans sa langue, un Néo-Zélandais a obtenu la récompense de l’Oscar du scénario adapté : Taika Waititi pour Jojo Rabbit. «Je dédie ce prix à tous les jeunes autochtones qui veulent créer, danser et écrire des histoires.»

Greta Gerwig, qui n’a pas prévalu dans cette catégorie, aura au moins eu la mince consolation de voir ses Filles du docteur March gagner le trophée des meilleurs costumes.

Parasite a évidemment triomphé dans la «nouvelle» catégorie du film international (plutôt qu’en langue étrangère). Après cette deuxième récompense, Bong Joon-ho s’est dit, en riant, «maintenant prêt à boire». Il s’agissait du premier film sud-coréen à s’illustrer aux Oscars.

Au rayon des surprises, les spectateurs ont aussi eu droit à une solide interprétation (en partie censurée) par Eminem de Loose Yourself, tirée de 8 Mile dans lequel il jouait son propre rôle. Le rappeur de Detroit a obtenu l’Oscar de la chanson originale en 2003. On peut se demander le rapport, mais, bon...

Sur les chapeaux de roue

La soirée avait débuté sur les chapeaux de roues, malgré de petits cafouillis, avec un numéro haut en couleur de la chanteuse Janelle Monae — un coup de chapeau appuyé à la diversité (une femme noire queer, comme elle l’a souligné). 

Steve Martin et Chris Rock se sont ensuite chargés de pointer les vedettes présentes, tout en soulignant avec leur humour caustique les principales lacunes de ce manque de diversité dans les nominations. Ayant tous deux animé la soirée par le passé, Steve Martin a conclu leur numéro d'ouverture en soulignant qu'ils avaient eu beaucoup de plaisir à ne pas animer cette 92e édition. Honnêtement, on en aurait pris plus.

Soulignons tout de même les efforts. Zack Gottsagen, acteur atteint du syndrome de Down, vu dans l’étonnant Peanut Butter Falcon, a présenté l’Oscar du meilleur court-métrage de fiction! Malheureusement, la Québécoise d’adoption Meryam Joobeur est repartie les mains vides dans cette catégorie. L’Académie a préféré The Neighbor’s Window à Brotherhood.

Il aura fallu près de 25 ans et 14 nominations au légendaire Roger Deakins pour obtenir l’Oscar de la direction photo avec Blade Runner 2049. Deux ans plus tard, il en a obtenu un deuxième pour 1917.

Taron Egerton aurait dû être dans la course du meilleur acteur, mais Rocketman fut récompensé pour la meilleure chanson, celle d’Elton John et Bernie Taupin.

Le grand perdant de cette soirée aura été The Irishman. Le (très) long métrage de Martin Scorsese n’a remporté aucun Oscar malgré ses dix nominations.