«Kitchen Chicken» de l’Orchestre d’hommes-orchestres

20e mois multi: créer des rituels collectifs

Le 20e Mois multi sera «rituel, festif et sonore», indiquent les commissaires des trois prochaines moutures du festival des arts multidisciplinaires et électroniques. Dès le 24 janvier, petits et grands pourront découvrir des propositions souvent interactives qui conjuguent les formes artistiques et qui invitent à réfléchir, ensemble, à notre rapport au collectif.

Laurence P. Lafaille (volet jeunesse), Emile Beauchemin (performances) et Jeanne Couture (installations) ont tricoté, à six mains, une programmation organique, chapeautée par le thème Résistance et ravissement. «On voulait qu’il y ait un angle politique tout en abordant les rituels. L’idée du collectif, de susciter des expériences qui nous rassemblent, a sous-tendu tous nos gestes de commissaires», indique Laurence P. Lafaille.

Pour illustrer cette tangente, Emile Beauchemin mentionne deux spectacles qui nous feront voyager dans des eaux très différentes. «Mythe de Mykalle Bielinski nous invite à entrer dans une cathédrale lumineuse très méditative. C’est une ode au chant humain, profond, rituel, alors qu’Eternity Be Kind de Myriam Bleau est une critique de notre façon de se réunir virtuellement, autour d’une icône virtuelle», explique-t-il.

Plusieurs communions musicales sont aussi au menu. Avec Kitchen Chicken, l’Orchestre d’hommes orchestre nous invite à sa table pour cuisiner un poulet au son des chansons des Crackle Sisters, des vedettes de yodel dans les années 30. Mac(death), de Jocelyn Pelletier, aborde la pièce de Shakespeare en utilisant les codes d’un concert de death metal — percussions déchaînées, dissonances, maquillage dégoulinant. «Ce sera corrosif et vraiment unique», note Emile Beauchemin.

Parmi les spectacles de ce 20e Mois multi, Ersatz du Français Julien Mellano a été choisi d’un même souffle par les trois commissaires. «C’est un spectacle pour tous, à partir de 12 ans, qui jette un regard très juste sur notre rapport aux technologies, qui peut être malsain, voire ridicule», indique Laurence P. Lafaille. Julien Mellano y incarne un spécimen mi-homme, mi-machine, qui observe des objets technologiques comme s’il s’agissait d’artefacts. 

Le théâtre Rude ingénierie présentera Alice bricolé, où l’action passera progressivement d’un écran, où seront assemblées des images de films s’inspirant du livre de Lewis Caroll, à la scène, où sera crée de la musique à partir d’instruments inventés. Fred Lebrasseur, quant à lui, dirigera quinze musiciens aux instruments rafistolés dans une improvisation baptisée L’ensemble inachevé.

«MAC(DEATH)» de Jocelyn Pelletier

Une arcade artistique

Intéressante nouveauté pour cette édition anniversaire: un espace jeux vidéo, installé dans le hall d’entrée et la mezzanine de Méduse. Jeanne Couture «a voulu mettre en valeur les jeux vidéo d’art, une forme très nouvelle», note Laurence P. Lafaille. Des prototypes de jeux, développés par les créateurs, permettent de découvrir des univers virtuels, abstraits ou absurdes. «Il n’y a pas nécessairement de visée narrative, mais plutôt une visée de faire jouer les gens ensemble, indique Emile Beauchemin. Dans Cosmogonique, les joueurs s’assoient sur des sièges et découvrent les règles ensemble, en bougeant leur corps. Ça invite à la coopération et à la collaboration.»

En assignant une commissaire au volet jeune public, le Mois multi a développé une offre plus variée pour celui-ci. «Les œuvres présentées au mois multi sont naturellement en accord avec la manière d’être des enfants comme spectateurs. C’est immersif, sensoriel, interactif, cinétique», souligne Laurence P. Lafaille.

Elle se réjouit particulièrement de la présentation du spectacle Les Grands-mères mortes, venu aux Gros Becs il y a plusieurs années. «Je tenais à amener Karine Sauvé au Mois multi, parce que pour moi, c’est une des rares représentantes de la pratique multidisciplinaire en jeune public. C’est une figure incontournable.» L’artiste y aborde la question des rites funéraires, de ces rituels que l’on crée pour se guérir du deuil. «C’est très lumineux et une communauté se crée, parmi les spectateurs, pendant le spectacle», note la commissaire.

Les spectacles et performances sont regroupés au début du festival, alors que les installations seront accessibles du 16 février au 3 mars à la Salle multi et dans divers centres d’artistes. On pourra notamment découvrir Sonic Jungle, de Florian Dussopt, une jungle de lianes sonores et féeriques, ainsi que Fluid Structure 360, de Vincent Houzé, qui permet de jouer à Dieu, en manipulant l’eau d’une immense chute virtuelle.  

Le mois multi se déroulera du 24 janvier au 3 mars, principalement à la coopérative Méduse. Info et programmation : moismulti.org

«Sonic Jungle»