Parmi les beaux moments de délire du spectacle, ce clin d’œil à la nouvelle mouture de «Passe-Partout», dans laquelle Cannelle est accro à Instagram et où le «bi» de grand-papa prend un nouveau sens.

2018, une année fertile pour le «Beu-Bye»

CRITIQUE / Des élections provinciales aux campeurs du IKEA, des voyages de Justin Trudeau au «pot» désormais légal (mais qu’on ne peut fumer nulle part), de Martine Ouellet à André Arthur en passant par le troisième lien, le pipeline de TransCanada et même le pôle Nord, où résident notamment le «lutin» Sol Zanetti et la «fée Cathou» Dorion… L’année 2018 aura été fertile pour l’équipe du «Beu-Bye», qui présente à La Bordée sa revue la plus aboutie à ce jour.

Des auteurs généralement inspirés, des comédiens complètement investis et un spectacle aussi rythmé que festif. Pas de doute, le metteur en scène Lucien Ratio et sa bande commencent à s’y connaître dans l’art de passer une année à la moulinette.  

Pour souligner son cinquième anniversaire, l’équipe du Beu-Bye s’est offert un trio de musiciens. Comptant sur des comédiens qui sont aussi pour la plupart bons chanteurs (Joëlle Bourdon, Monika Pilon et Nicola-Frank Vachon se démarquent), elle en fait très bon usage. Ancrée plus que jamais dans la tradition du cabaret, cette nouvelle revue humoristique renferme plusieurs numéros chantés et dansés très solides. 

On doit sans doute remettre la palme à cette mini comédie musicale brodée autour de la Coalition avenir Québec sur l’air des plus grands succès de Queen. De nous ramener une certaine intruse de la soirée électorale est tout simplement tordant… 

En fin de première partie, l’hommage en chansons aux grands disparus de 2018 (d’Aretha Franklin à Charles Aznavour en passant par Carmen Campagne, Dolores O’Riordan et Avicii) s’avère aussi des plus réussis.

Lors de la première de vendredi, on a toutefois parfois perdu des paroles à cause de micros récalcitrants ou de légers manques de synchronisation: plusieurs passages du numéro d’ouverture revisitant le succès Toutes les femmes savent danser de Loud étaient carrément inintelligibles. Rien à dire sur la chorégraphie signée Ariel Charest, toutefois, ni sur l’exécution de la troupe, complétée par Jean-Philippe Côté, Philippe Durocher et Nicolas Létourneau.

Bons flashs

Cette cinquième revue de l’année met en exergue plusieurs bons flashs des auteurs. On pense à cette version de Ça va venir, découragez-vous pas de La Bolduc mise dans la bouche d’employeurs désespérés devant la pénurie de main-d’œuvre: en songeant se tourner vers les immigrants, un pauvre patron ne peut qu’observer que «François veut les couper, on est ben mieux de turluter». Ou à cette déclinaison sur «l’angoisse» vécue par les consommateurs devant les moyens de pression des syndiqués de la SAQ. L’idée de mêler le Pacte pour la transition écologique à l’univers d’Assassin’s Creed fait aussi mouche. 

Parmi les beaux moments de délire, notons ce clin d’œil à la nouvelle mouture de Passe-Partout dans laquelle Cannelle se montre accro à Instagram, où le «bi» de grand-papa prend un nouveau sens et où Passe-Montagne veille au grain pour éviter une éventuelle controverse sur l’appropriation culturelle, un thème passé deux fois dans le tordeur du Beu-Bye 2018

À l’inverse, pas certaine qu’il était nécessaire de consacrer tout un numéro à la téléréalité XOXO. Ça intéressait peu de gens au petit écran, ça ne fascine pas davantage sur scène... 

Le Beu-Bye 2018 est présenté à La Bordée jusqu’au 29 décembre.