Charles Aznavour

200 personnalités lancent un appel pour la planète

PARIS — Pedro Almodovar, Alain Delon, Patti Smith, Catherine Deneuve, Charles Aznavour, Anish Kapoor... Deux cents personnalités du monde des arts, du spectacle et de la science ont lancé lundi un cri d’urgence pour sauver la planète, «plus grand défi de l’histoire de l’humanité».

«Nous vivons un cataclysme planétaire», rappellent les signataires de cette tribune publiée par le journal Le Monde, qui évoquent notamment le changement climatique et la réduction de la biodiversité sur la planète. «Il est trop tard pour que rien ne se soit passé : l’effondrement est en cours», soulignent ces artistes, journalistes, écrivains, photographes.

«Mais il n’est pas trop tard pour éviter le pire.»

«Devant le plus grand défi de l’histoire de l’humanité, le pouvoir politique doit agir fermement et immédiatement. [Il] est temps d’être sérieux», exigent-ils.

Cette tribune, qui répond à un appel de l’actrice française Juliette Binoche et de l’astrophysicien français Aurélien Barrau, a été lancée quelques jours après la démission surprise du populaire ministre français de la Transition écologique Nicolas Hulot, qui a jeté l’éponge faute d’avoir obtenu des avancées suffisantes en matière d’environnement.

«Nous considérons qu’un gouvernement qui ne ferait pas du sauvetage de ce qui peut encore l’être, son objectif premier et revendiqué ne saurait être pris au sérieux», avertissent les signataires, alors qu’est attendu le nom du successeur de Nicolas Hulot d’ici mardi.

Plusieurs personnalités du monde entier ont signé cet appel. Des actrices et acteurs — Jude Law, Isabelle Adjani, Emmanuelle Béart, Isabelle Hupert, Romain Duris —, mais aussi des réalisateurs et des metteurs en scène, comme Wim Wenders, David Cronenberg, Olivier Assayas, Ivo Van Hove, Claire Denis... La chanteuse britannique Marianne Faithfull est aussi signataire, tout comme l’artiste française Sophie Calle ou encore le mathématicien Mikhaïl Gromov.  

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JULIETTE BINOCHE ET DIANE DUFRESNE VEULENT QUE LE MOUVEMENT GRANDISSE

La parution, lundi, d’une déclaration de deux cents personnalités qui demandent une action ferme et immédiate pour sauver la biodiversité et contrer les bouleversements climatiques, a beaucoup fait réagir en France. Le manifeste a aussi eu des échos jusque dans la campagne électorale québécoise. La Presse canadienne s’est entretenue avec l’actrice française Juliette Binoche, qui a eu l’initiative du manifeste, et avec la chanteuse Diane Dufresne, l’une des signataires.

Rejoint à Shanghaï, où elle est en tournée, Juliette Binoche a confié à La Presse canadienne qu’elle souhaite que le manifeste qu’elle a initié avec l’astrophysicien Aurélien Barrau, se transforme en mouvement planétaire : «J’adorerais que dans chaque pays, une voix réunisse des artistes, des scientifiques et toutes sortes de personnes et que ces gens aillent se manifester dehors! On ne peut pas rester passif, il faut être des acteurs, sinon, nos petits enfants nous demanderont «mais qu’est-ce que vous avez fait?»»

En France, plus de 200 personnalités ont répondu à l’appel de l’actrice en signant une déclaration dans laquelle il est notamment écrit : «Nous considérons donc que toute action politique qui ne ferait pas de la lutte contre ce cataclysme sa priorité concrète, annoncée et assumée, ne serait plus crédible.

Alors qu’il faisait campagne aux Îles-de-la-Madeleine, lundi, le chef libéral Philippe Couillard a brièvement commenté ce manifeste et en a profité pour reprocher à la Coalition avenir Québec son silence sur la question environnementale:

«Heureusement, la population du Québec demeure mobilisée, elle veut entendre parler du sujet, qui est en passant un sujet dont la CAQ ne parle jamais», a-t-il fait remarquer.

Au bout du fil, Juliette Binoche ne s’est pas avancée à commenter la campagne électorale au Québec, mais elle avait un message à lancer à tous les politiciens:

«Les politiciens ne peuvent plus agir comme avant, ils doivent proposer des solutions concrètes. Il faut se réveiller, si les politiciens ne voient pas l’urgence, c’est à nous d’agir, c’est à nous de le dire haut et fort, ils seront obligés à ce moment-là de s’en rendre compte.»

Parmi les signataires de la déclaration, il y a aussi les Québécois Rufus Wainwright, Wajdi Mouawad et Diane Dufresne.

La diva a expliqué à La Presse canadienne pour quelle raison elle n’a pas hésité à signer ce manifeste:

«Si on ne fait rien, nous allons disparaître, ce n’est pas rien. Il faut devenir sérieux, il faut que les politiciens deviennent sérieux. On parle de chômage, de santé, c’est important, je le sais, mais la chose primordiale c’est l’écologie. Le changement climatique, il est là.»

La chanteuse déplore la quasi-absence de l’environnement dans la campagne électorale au Québec:

«Les politiciens n’en parlent pas. Il n’y a que Québec solidaire et le Parti vert qui parlent d’environnement. Les politiciens sont des gens intelligents, je ne pense pas qu’ils nous veuillent du mal, ils veulent simplement des votes. Mais c’est comme s’ils manquaient de conscience».

Diane Dufresne a confié qu’elle avait peu d’intérêt pour la campagne électorale provinciale, mais que si les politiciens parlaient du changement climatique, elle serait prête à s’impliquer personnellement:

«Si les politiciens parlaient d’environnement, j’en ferais de la politique, je serais à côté de ces gens-là».