Les installations du Mois Multi chez Méduse.

19e Mois multi: paysages-machines pour affiner les sens

Ondes, reflets, marées, mouvements sismiques… Les installations présentées lors du 19e Mois multi posent un regard, tendre, intrigué ou critique sur le rapport de l’homme à la nature, sur la manière dont il s’en inspire pour créer. La commissaire Ariane Plante a rassemblée des œuvres toutes en finesse, qui fascinent et invitent à être attentifs.

Le hall d’entrée de Méduse accueille Samares et La houle, de Camille Bernard-Gravel. L’artiste, dont on a pu voir le travail au Symposium d’art contemporain de Baie-Saint-Paul, continue de créer des machines mouvantes et sonores qui s’inspirent des phénomènes naturels. Ici, plus spécifiquement, les ondulations. 

Elle a aligné au mur des dizaines de samares taillées dans une pellicule de mylar argentée et les agite grâce à une brise artificielle, ce qui produit à la fois un bruissement et des reflets ondoyants. Pour La houle, des plaquettes de métal reliées entre elles se mettent à cliqueter lorsqu’un visiteur actionne une manivelle.

L’artiste présente aussi La poussée, dans la salle multi. Plantées sur des tiges métalliques, des formes florales oscillent grâce à un courant électrique et à un champ magnétique. 

Trois structures linéaires, de différentes hauteurs, ainsi qu’une structure plus échevelée, qui ressemble à des montagnes russes, accueillent les fleurs-machines. Une autre pièce se balance en grinçant doucement, reproduisant le mouvement d’un bateau sur les vagues, et créant des dessins avec de la limaille d’acier.

Les installations du Mois multi posent un regard tendre, intrigué ou critique sur le rapport de l’homme à la nature.

Tremblements terrestres

Dans la même salle, Vibrant Matter, de l’artiste belge Els Viaene, s’intéresse aux tremblements titanesques et pourtant, souvent imperceptibles, qui agitent la croûte terrestre. S’inspirant des paysages contrastés de l’Islande, elle a crée un paysage de papier qui se froisse doucement, grâce à un mécanisme caché sous la surface.

En entrant par une autre porte, on accède à une autre partie de la salle multi où nous attend l’œuvre Man at Work de Julien Maire, établi à Bruxelles, qui avait déjà présenté une de ses machines cinématographiques à la Bande vidéo lors d’une précédente édition du Mois multi. Cette fois, il a créé une animation 3D, en a extrait 85 figurines transparentes et les a disposées sur une bande, qui rappelle un peu un chemin de fer, et qui, en roulant devant un projecteur, crée un petit film. 

Un homme y creuse inlassablement un trou, dans un perpétuel recommencement. C’est la matérialité de l’image, sa corporalité, amenée par mille petites imperfections, qui intéresse l’artiste, qui n’hésite pas toutefois à faire des liens plus larges avec le travail dans les mines et la succession des révolutions industrielles. 

Dès qu’on entre dans le studio d’essai, on sent que l’air a une étrange épaisseur, comme si on entrait dans une piscine d’air. La petite salle accueille ÆTER, du Danois Christian Skjødt. S’inspirant du thérémine, cet instrument qui réagit au mouvement et qui produit des sons aigus et cosmiques dignes de films de science-fiction, il a imaginé des antennes rondes, qui captent les infimes inflexions des ondes électromagnétiques invisibles, et qui produisent un son plus grave, ondulatoire.

Christian Skjødt présente aussi Inclinations, au studio d’Avatar, composée de 16 haut-parleurs, tournés vers le plafond, où rebondissent des balles de ping pong. Propulsées par les sons imperceptibles qui font rebondir les hauts-parleurs, les balles créent par leur bonds un concert étonnant, qui rappelle la pluie qui coule à grosses gouttes sur un toit de bois. L’artiste réussit à nous donner l’impression de voir un son et d’entendre le mouvement.

Ces installations sont présentées jusqu’au 25 février, de 12h à 17h. Il y aura des visites commentées les dimanches 18 et 24 février à 13h30. Un parcours découverte a été conçu pour agrémenter la visite et un atelier jeune public (à partir de 8 ans) sera animé par Camille Bernard-Gravel le dimanche 18 février de 10h30 à 12h. 

Réservations au 418 524-7553, poste 2. Info : moismulti.org

Trois rendez-vous périphériques

Outre les installations présentées dans le complexe Méduse, le Mois multi propose aussi des installations à la Galerie des arts visuels, à la Chambre blanche et à Regart. Là encore, nature et art multidisciplinaire et électronique sont interreliés, invitant le visiteur à questionner sa condition humaine au sein de son environnement.

A Suitable Den de Graeme Patterson a élu domicile à la Galerie des arts visuels, dans l’édifice de La Fabrique. L’installation, créée dans un espace à bureau de la tour de BMO à Toronto, est une salle d’attente que le visiteur partage avec un intrus poilu au comportement imprévisible. Il s’agit d’un raton-laveur, créature sauvage incongrue dans cet environnement très «humain». 

EN VIDÉO

A Suitable Den de Graeme Patterson a élu domicile à la Galerie des arts visuels.

Lorsqu’il est seul, il dort ou gratte les murs, mais lorsqu’un visiteur s’approche, il est possible — mais pas immanquable — qu’il se mette à interagir avec celui-ci. «L’idée était que chaque visite soit unique», spécifie Graeme Patterson. Avec une marionnette (mise sous verre comme s’il s’agissait d’un animal taxidermisé) et une technologie semblable à celle utilisée pour créer des jeux vidéos, l’artiste du Nouveau-Brunswick questionne le rapport entre ordre et chaos, le vrai et le factice. «C’est à la fois attendrissant et un peu triste», note-t-il.

Du mercredi au dimanche de 12h à 17h, jusqu’au 22 mars.

Les îles et la mer

Pavitra Wickramasinghe, Montréalaise originaire du Sri Lanka, crée des œuvres aériennes, légères, ou suspendues qui évoquent la mer et les îles de son pays natal. 

On pourra suivre l’évolution de Coral Bones, La mer de Pavitra Wickramasinghe, qui poursuit une résidence de six semaines à la Chambre blanche.

Elle y ajoute des jeux d’ombres et de lumières qui donnent l’impression que ses installations s’animent.

Jusqu’au 4 mars, du mercredi au dimanche de 13h à 17h.

Accaparer les ondes

À la sortie du traversier, à Regart, le Français Julien Clauss présente Salle de brouillage, une installation composée d’une trentaine d’émetteurs radio fixés au mur de la pièce. Ceux-ci brouillent les ondes de la bande FM et les accaparent pour diffuser «la bande FM de rêve» de l’artiste. 

Salle de brouillage, une installation composée d’une trentaine d’émetteurs radio.

«On trouve de la musique ambiante et expérimentale et du contenu scientifique», note-t-il. Cinq postes de radio permettent aux visiteurs de se promener dans ce paysage sonore. 

Jusqu’au 18 mars, du mercredi au dimanche de 12h à 17h.