Isabelle Brodeur (Anne Dorval) retourne dans le Vietnam de sa fille adoptée pour y faire son deuil.

14 jours 12 nuits : Sauvée par la révélation ***

CRITIQUE / 14 jours 12 nuits s’ouvre avec une caméra qui s’avance lentement vers l’accouchement d’une très jeune Vietnamienne. Il se poursuit avec l’arrivée d’une Québécoise, au même endroit, 18 ans plus tard. Entre les deux, l’enfant aura vécu une vie trop courte. Ce drame porteur de Jean-Philippe Duval avec Anne Dorval effleure malheureusement la question du deuil maternel et de la résilience, trop occupé à filmer les splendeurs du pays asiatique.

Dorval incarne avec son talent habituel Isabelle Brodeur, cette océanographe qui retourne dans le Vietnam de sa fille adoptée, son personnage erre dans les rues d’Hanoï. L’air accablé, elle semble submergée par le dépaysement, les odeurs, la foule compacte et le bruit cacophonique ambiant.

Ce choc culturel, Jean-Philippe Duval a voulu que le spectateur le ressente de plein fouet. D’autant que cette femme en détresse retrouve, par hasard, Thuy Nguyen (Leanna Chea), la mère biologique de leur fille, qui travaille comme guide touristique. Isabelle embauche celle-ci pour un périple à travers le Vietnam.

Ce road movie exotique s’appuie sur les oppositions. Entre Isabelle et Thuy, bien sûr, de culture et de tempérament différents, mais aussi sur le climat des deux pays, voire les milieux aquatiques (le fleuve déchaîné du Bic et l’eau calme de la baie d’Ha Long).

Mais, peu à peu, le duo va s’apprivoiser. Jusqu’à ce que Thuy guide Isabelle vers la maison héritée de son grand-oncle, qui lui sert aussi d’atelier. Les toiles révèlent l’ampleur de sa douleur qu’on lui a arraché son bébé...

Sauf que plus Thuy se confie, plus Isabelle retarde le moment de lui dire la vérité. Duval mise sur les regards et les gestes significatifs, vu que les dialogues sont minimalistes. Ces belles atmosphères sont souvent gâchées par une musique envahissante et des passages mélos trop appuyés — une source d’agacement. Exception : l’utilisation appropriée de la touchante La marée haute de Lhasa de Sela.

14 jours 12 nuits repose tout de même sur un arc dramatique prévisible — on sait très bien qu’Isabelle va devoir avouer sa réelle identité maternelle à Thuy. La seule chose qui importe, ce sera les conséquences.

Reste qu’à ce moment attendu, Duval (Dédé à travers les brumes), son directeur photo Yves Bélanger et les deux actrices ont réussi un véritable tour de force. En un plan-séquence d’une vibrante émotion, la vérité va éclater. La honte d’Isabelle et la rancœur de Thuy envahissent tout l’écran et happent le spectateur jusqu’au plus profond de leur douleur.

Ce morceau d’anthologie vient effacer les moments creux qui le précédent d’un seul coup. Il met logiquement la table pour une forme de résolution et de partage entre les deux mères. Une finale qui aurait toutefois pu être resserrée.

Le principal défaut de 14 jours 12 nuits part d’une bonne intention. Le scénario Marie Vien évoque, en trame de fond, les profondes cicatrices laissées par les guerres du Vietnam (1955-1975) et d’Indochine (1947-1954). Or, dans un cas comme dans l’autre, les Canadiens ne furent pas impliqués. Le concept de culpabilité occidentale est un peu trop étiré pour être crédible ici. L’impact aurait été tout autre si Isabelle avait été Américaine.

Notre cinéma sort très peu de nos frontières, pour des questions de coûts. Une bonne raison pour profiter de 14 jours 12 nuits sur grand écran et de ses deux actrices.

Au générique

Cote : ***

Titre : 14 jours 12 nuits

Genre : Drame

Réalisateur : Jean-Philippe Duval

Acteurs : Anne Dorval, Leanna Chea

Classement : Général

Durée : 1h39

On aime : la dynamique entre les deux femmes. Le récit intime. La beauté des images.

On n’aime pas : la musique envahissante. Des moments creux.