Musique

King Abid : Au nom du roi

Si son nom d’artiste renvoie à la royauté, ne cherchez aucun lien entre Heythem Tlili et les têtes couronnées occidentales. Inspiré d’un «délire de jeunesse rasta», King Abid signifie plutôt «Roi esclave», un oxymore qui plaît bien au chanteur d’origine tunisienne, tombé amoureux fou de Québec il y a 16 ans.

«Puisque je viens d’Afrique, je suis un peu esclave parce qu’il a fallu que je galère pour traverser la grande muraille jusqu’ici», explique le sympathique musicien de 38 ans, rencontré dans un café de la rue Saint-Joseph, par un petit matin pluvieux. C’est ici, dans le quartier Saint-Roch, qu’il a étudié en design graphique, à la Fabrique de la rue Dorchester, et qu’il demeure pour vivre à temps plein de son art.

Arts et spectacles

Rufus Wainright: une célébration du passé

Même si sa tournée anniversaire «All the Poses» roule depuis novembre, en Amérique du Nord, en Europe, au Japon et en Australie, Rufus Wainwright ne donne pas l’impression de tirer la langue. Surtout pas lorsqu’il se retrouve dans sa ville de prédilection, Los Angeles, «là où personne n’est jamais fatigué», lance-t-il dans un éclat de rire, à l’autre bout du fil depuis la Californie.

À 45 ans, le flamboyant chanteur à la voix reconnaissable entre mille — une critique anglaise l’a récemment qualifiée d’«irrépressible sardonique vibrato» — a décidé de remonter le temps pour célébrer les 20 ans de ses deux premiers albums, Rufus Wainwright (1998) et Poses (2001), à l’occasion de son spectacle qu’il présentera au public de Québec, le 21 mai, au Grand Théâtre.

Expositions

André-Philippe Côté: abstractions à plumes

Après avoir peint des mises en scène flottantes, éthérées, surréalistes, André-Philippe Côté a composé des tableaux presque abstraits grâce à des courtepointes d’oiseaux marins et des assemblées de poissons patibulaires. Le caricaturiste du Soleil présente l’exposition «Envolées» à la Galerie AMF.

«J’ai retrouvé un vieux dictionnaire Larousse, rempli de gravures. Quand je le regarde, j’ai envie de faire des images», confie le peintre devant l’œuvre Vingt mille lieues sous les mers, où les créatures des profondeurs, dessinées au crayon acrylique, semblent flotter dans une lumière ocre.

Musique

Une rumeur sur les Beatles persiste dans une ville frontalière du Québec

STANSTEAD — Chevauchant Stanstead, au Québec, et Derby Line, dans le Vermont, la bibliothèque et salle d’opéra Haskell est depuis longtemps un lieu de rencontre international où les citoyens canadiens et américains peuvent se mêler librement de part et d’autre de la frontière tracée au sol, à condition de retourner dans le bon pays par la suite.

Mais la rencontre qui a suscité le plus de discussions dans le bâtiment de style victorien en est une qui n’a jamais eu lieu.

Lorsque l’écrivain Ross Murray s’est installé à Stanstead en 1992, il est devenu fasciné par une légende locale extravagante: celle voulant que les Beatles se soient presque rencontrés à la salle d’opéra au début des années 1970 pour discuter d’une tournée de retrouvailles.

La rumeur, qui perdure malgré l’absence de preuves, fait l’objet d’une pièce de Ross Murray, All Together Now, qui mêle histoire et fiction pour créer un hommage comique à la bibliothèque et aux réalités uniques de sa localisation frontalière - où, à certains endroits, une rangée de pots de fleurs est tout ce qui sépare le Canada des États-Unis.

«C’est vraiment un endroit magique, cette bibliothèque, car elle dessert deux communautés dans deux pays», a déclaré Ross Murray avant de se corriger.

«Non, elle sert une communauté dans deux pays.»

Expositions

Casa Cartel: une galerie nouveau genre

Un signe discret sur la porte indique «Casa Cartel», au 11, rue Saint-Vallier, tout près de Langelier et de l’atelier-boutique de Cœur de loup. Quatre jeunes téméraires ont décidé de libérer la pièce qui donne sur la rue et d’en faire une galerie nouveau genre, qui place la découverte très haut au-dessus des considérations financières.

Il n’y aura pas de transactions à proprement parler chez Casa Cartel. «On met en relation l’acheteur potentiel et l’artiste. La contribution qu’il nous verse ensuite sur ses ventes sera à sa discrétion», explique Sophie Poirier, directrice informelle de l’endroit.

Musique

Les Pays-Bas remportent l'Eurovision

TEL-AVIV — Les Pays-Bas et Duncan Laurence ont remporté dimanche avec la ballade «Arcade» le concours de l'Eurovision, dont la finale rutilante et tapageuse n'aura pas échappé à la politique et au conflit israélo-palestinien, y compris lors de la prestation de l'invitée Madonna.

Le candidat des Pays-Bas, âgé de 25 ans et favori des pronostics, a devancé ses concurrents italien et russe pour apporter à son pays sa première victoire depuis 44 ans avec une ballade inspirée de la disparition d'un être cher.

Duncan de Moor de son vrai nom, était relativement peu connu aux Pays-Bas avant d'être choisi pour représenter le pays à l'Eurovision, remportée pour la dernière fois par les Néerlandais en 1975.

«Mon rêve s'est réalisé, il s'est vraiment réalisé», a dit aux journalistes celui dont le premier ministre néerlandais Mark Rutte a salué la «performance sublime et puissante».

Le chanteur, qui a révélé sa bisexualité en 2016, profite de sa nouvelle notoriété pour appeler à la tolérance, affirmant que son amour de la musique lui a servi de refuge pour surmonter des moments difficiles lors de son enfance passée dans une petite ville et durant laquelle il était estampillé par certains comme le «mini-sosie d'Harry Potter».

«Je pense que le plus important est bien sûr de rester fidèle à soi-même [...], même si vous avez une sexualité différente [...], acceptez-vous les uns les autres au lieu de juger, c'est le plus important», a-t-il dit.

Le titre de Duncan Laurence, arrivé troisième du vote du jury de professionnels, a fait la différence grâce aux suffrages des téléspectateurs.

La finale de l'Eurovision, résolument apolitique mais précédée par les appels au boycott de la part des défenseurs des Palestiniens, n'a pas échappé entièrement à la controverse.

Selon les médias israéliens, deux des danseurs de Madonna, annoncée comme la grande invitée vedette de la soirée, arboraient dans le dos des drapeaux israélien et palestinien dans ce qui ressemblait à un message de fraternité.

Au moment de l'annonce des résultats, les membres du groupe islandais Hatari, connu pour leur opposition déclarée à l'occupation israélienne des Territoires palestiniens, ont déployé des banderoles aux couleurs palestiniennes, suscitant des sifflets dans le public.

L'Union européenne de Radio-télévision (UER), organisatrice, a souligné dans un communiqué que la référence politique faite par les danseurs de Madonna ne figurait pas dans les répétitions telles que l'UER les avait approuvées. L'Eurovision «est un évènement apolitique et Madonna en avait été informée», a-t-elle dit.

Quant à Hatari, leurs agissements «contreviennent directement» aux règles du concours, et «les conséquences [en] seront discutées» par la direction de la compétition, a-t-elle dit.

Madonna était venue interpréter, en première mondiale sur scène selon les organisateurs de l'Eurovision, le titre Future extrait de son prochain album studio Madame X, dont la sortie est prévue le 14 juin.

Elle avait résisté aux appels au boycott lancés à son adresse de la part de militants pro-palestiniens, qui dénonçaient une entreprise culturelle visant selon eux à occulter les réalités du conflit israélo-palestinien.

Interrogée avant de se produire par les présentateurs sur le message qu'elle souhaitait adresser lors de l'Eurovision, Madonna a répondu : «Nous ne devons jamais sous-estimer le pouvoir qu'a la musique pour rassembler les gens».

On ignore si elle était au courant du fait que certains de ses danseurs arboreraient peu après les drapeaux israélien et palestinien.

Son interprétation de Future et du célèbre Like A Prayer à l'occasion du 30e anniversaire de ce tube a été critiquée sur les réseaux sociaux.

Une grande partie de la facture de sa brève apparition est réglée par le milliardaire israélo-canadien Sylvan Adams, selon la presse locale.

Auparavant, la vainqueure israélienne du concours 2018, Netta Barzilaï, avait lancé dans un déferlement de décibels et d'effets de lumière la montée sur scène des 26 candidats qui ont brigué pendant trois heures et demie les suffrages d'un jury de professionnels et des téléspectateurs.

Duncan Laurence avait les faveurs des bookmakers avec sa voix puissante et sa mise en scène épurée, détonnant dans une compétition dont l'insouciance, la diversité et le tape-à-l'oeil — n'en déplaisent à ses détracteurs — ont drainé des foules d'inconditionnels dans une ambiance de fête et retenu des dizaines de millions de téléspectateurs devant leur écran.

«Profanation»

Réputé pour sa vie nocturne animée, Tel-Aviv fournissait une destination appropriée pour accueillir ce sommet d'extravagance musicale et télévisuelle, peut-être le plus grand évènement culturel profane jamais organisé dans le pays.

Après la victoire de Netta Barzilaï en 2018, le choix de Tel-Aviv ne s'était pas imposé comme une évidence. Des personnalités politiques comme la ministre de droite de la Culture Miri Regev préféraient Jérusalem, pour des raisons politiques.

D'éminents rabbins ultra-orthodoxes israéliens avaient appelé à prier pour dénoncer la «profanation» que constituait, selon eux, la tenue du concours de l'Eurovision durant shabbat, le jour sacré de repos hebdomadaire juif.

Israël espère tirer tout le profit possible de l'Eurovision et projeter une image d'hospitalité et de diversité.

Tel-Aviv, la vibrante capitale économique et culturelle d'Israël, s'enorgueillit d'être une ville moderne, cosmopolite, accueillante, et un havre pour les homosexuels, avec notamment l'organisation de la plus grande Parade de la fierté gaie de la région.

Fabrique culturelle

Il était une fois... l’esclavage au Canada

Aly Ndiaye, alias Webster, consacre temps et passion à l’histoire des Noirs en Nouvelle-France et au Canada. Peu d’écrits à leur sujet ont traversé le temps… mais les annonces dans les journaux de l’époque en disent long à qui sait les lire. Esclaves enfuis, recherchés, avec description détaillée à l’avenant: ainsi, on connaît leurs noms et âge, et plus encore. De là, Webster a imaginé cette exposition maintenant accessible aux visiteurs du Musée national des beaux-arts du Québec (MNBAQ): Fugitifs! La Fabrique culturelle l’a rencontré sur place, au musée.

Parallèlement à ce projet conçu avec le MNBAQ, Webster s’est allié à l’illustratrice ValMo pour publier Le grain de sable: Olivier Le Jeune, premier esclave au Canada aux éditions Septentrion. 

On peut voir la capsule ici

Carrefour de théâtre

«Où tu vas quand tu dors en marchant...?» à la conquête des berges

Après deux ans à investir la colline Parlementaire, où travaillent de nombreux citoyens de la capitale, le parcours théâtral «Où tu vas quand tu dors en marchant…?» va à la rencontre du public dans un lieu de loisir : destination prisée des coureurs, cyclistes, skieurs ou patineurs, les berges de la rivière Saint-Charles accueilleront dès le 23 mai cinq tableaux tout neufs et leurs interprètes. En prévision de cette activité phare du Carrefour international de théâtre, rencontre avec le coordonnateur artistique Alexandre Fecteau et les concepteurs derrière les cinq propositions.

Pour de nombreux citadins de Québec, les berges de la rivière Saint-Charles font un peu office de cour arrière. Mais elles demeurent méconnues du grand public, selon Alexandre Fecteau, qui les a choisies pour accueillir la nouvelle mouture du populaire du parcours théâtral Où tu vas quand tu dors en marchant…?

«C’est un lieu où on ne vient pas si on n’est pas un sportif. Il reste que l’autoroute et la rivière sont des barrières. On a beaucoup dit qu’on était à la frontière de quatre quartiers. Ce sont des frontières physiques réelles. Avant qu’il y ait la passerelle des Trois-Sœurs, on ne passait pas de Saint-Sauveur à Limoilou très aisément. Fallait se rendre à Marie-de-l’Incarnation… Ce n’est pas à côté!» observe Alexandre Fecteau, qui trouve belle l’occasion de bâtir des ponts entre des coins de la ville qu’on croirait d’emblée éloignés.

«On perçoit mal où on est et comment on est rattaché au reste de la ville. C’est un secteur qu’on ne comprend pas très bien. La rivière est sinueuse… L’autoroute, quand tu n’es pas dessus, ça crée des détours tout autour. Je voyais un grand potentiel de retisser le tissu urbain dans la tête du monde», avance celui qui chapeaute son deuxième parcours, activité renouvelée aux deux ans au Carrefour international de théâtre.

Musique

Tutti, de Lascaux au disco: savoureux touski

CRITIQUE / L’entreprise est délirante : résumer 35 000 ans de musique en 90 minutes. Nicolas Jobin et ses trois comparses relèvent toutefois le défi avec brio et humour, en nous faisant voyager de l’invention du feu à celle du rock’n roll dans le spectacle bien nommé Tutti, de Lascaux au disco.

Le récit part sur les chapeaux de roue par un conte halluciné, digne de Méliès sur l’acide, où Jobin, grand narrateur, chanteur et poète de cette épopée musicale et humaine, raconte comment tout a commencé. Il faut s’accrocher — on perd même quelques bouts de phrases —, mais le conteur finit par trouver le bon rythme.

Heureusement, puisque le mélange de références fouillées et de digressions qui plongent sans complexe dans la niaiserie et les métaphores osées aiguise autant notre esprit qu’il titille notre rate.

Il entremêle son récit de références à la Chapelle du Musée de l’Amérique francophone où se déroule le spectacle, à l’actualité (en laissant simplement tomber «Alabama») et au tissu urbain qui nous entoure, en évoquant les travaux du Diamant, pas très loin.

Alors qu’il raconte l’invention des premiers instruments, il bricole sous nos yeux avec un arc, une roche, une branche et une calebasse un violon préhistorique au son surprenant. Armé d’un didgeridoo en guise de gourdin, coiffé d’une fourrure pharaonique, d’une toge transformable, de soutanes empilables (pour illustrer la construction d’une harmonie), de perruques de mousse extravagantes (dont une faite de cubes, pour illustrer la musique contemporaine), il performe tel un homme-orchestre, s’illustrant particulièrement dans les différents registres vocaux — du premier chant de l’Antiquité au blues en passant par tous les types d’opéras. 

Au piano, Hélène Desjardins excelle notamment lorsque vient le temps d’expliquer l’évolution de la musique en faisant passer le thème de Passe-Partout à la moulinette de Bach (où une chaîne déposée dans le ventre du piano en fait un «clavecin Réno-Dépôt»), Mozart, Beethoven, Liszt et Schönberg. 

Olivier Bussières aux percussions et Johannes Groene aux instruments à vent passent d’un style à l’autre avec aisance et subissent sourires aux lèvres les commentaires caustiques de leur leader volontairement mégalomaniaque, mais ô combien efficace quand vient le temps de mettre le doigt sur les faiblesses de certains courants de l’histoire musicale.

Plus on avance, et plus la musique l’emporte sur les mots, transformant la soirée en célébration de tout ce qui nous fait vibrer, émotivement et intellectuellement, dans la musique. Un tour de force instructif et réjouissant.

Le spectacle Tutti, de Lascaux au disco marquait le début du Printemps de la musique, qui se poursuit samedi et dimanche avec des parcours déambulatoires musicaux gratuits dans différents lieux patrimoniaux du Vieux-Québec. Info : www.printempsdelamusique.ca

Arts

La liste: Quand les Patriotes inspirent les artistes...

 Alaclair Ensemble

Autoproclamée «troupe de post-rigodon bas-canadienne» et comptant un membre qui rappe sous le nom de Robert Nelson, qui a déclaré l’indépendance du Bas-Canada en 1838, Alaclair Ensemble ponctue ses chansons d’un champ lexical emprunté à un fantasme historique selon lequel les Patriotes auraient effectivement réussi leur révolution. Geneviève Bouchard