Arts

Amos Daragon: après la Chine, le commerce numérique

Trois-Rivières — Après sa conquête du marché chinois en novembre dernier, voilà que le populaire Amos Daragon, le jeune héros de Bryan Perro, ainsi que le livre Antarctique solo seront offerts en livres audio dès 2018, sur la plateforme de vente d’Audible, une filiale du géant Amazon.

Perro Éditeur a en effet annoncé dimanche son virage vers le commerce numérique, grâce à son association avec le géant Amazon, par le biais de sa filiale Audible, pour la production des quinze titres de la série Amos Daragon, les Créatures fantastiques du Québec ainsi que du livre sur l’expédition de Frédéric Dion, Antarctique solo.

«Nous avons sur notre territoire tous les professionnels nécessaires afin d’assurer notre développement culturel. Même lorsqu’on habite à Shawinigan, il est possible de parler d’égal à égal avec Seattle ou New York», commente fièrement Bryan Perro.

Cette association permettra ainsi à toute la francophonie de pouvoir écouter la narration de Bryan Perro dans une mise en scène musicale de Jeannot Bournival. Une association qui enchante l’auteur d’Amos Daragon et d’Antarctique Solo, Bryan Perro qui se réjouit d’ailleurs pour son ami Frédéric Dion.

«Je suis aussi tellement heureux pour Fred ! Après Antarctique Solo au théâtre, son aventure partira rencontrer la francophonie dans un livre numérique, et il le mérite ! »

Rappelons que l’histoire de l’aventurier Frédéric Dion en Antarctique qui a été racontée dans le livre Antarctique solo a été présentée au théâtre l’été dernier, à Shawinigan, mettant en vedette le comédien Rémi-Pierre Paquin.

Malgré son association avec le géant Amazon, Perro Éditeur précise toutefois par voie de communiqué que la production des œuvres numériques sera assurée par Perro Éditeur et sera entièrement réalisée en Mauricie, et ce, par une équipe de la région.

Soulignons qu’en novembre dernier, l’éditeur de la région avait signé une entente de publication sur le marché chinois, avec Shanghai Fengxuan Comic. Cet éditeur chinois est d’ailleurs l’un des plus importants éditeurs de ce pays de cette mégalopole qui compte plus de 24 millions d’habitants.

Depuis sa sortie il y a maintenant 15 ans, la série de livres Amos Daragon qui a été traduite en 22 langues demeure toujours l’une des plus vendues au Québec. 

Arts

Justin Bieber, le bon samaritain

La vidéo du jeune américain Keaton Jones, qui raconte en larmes à quel point il se fait harceler à l’école, a ému la communauté artistique.

La mère de Keaton a publié à sa demande le document sur Facebook dans lequel il explique qu’il fait rire de lui. «Ils se moquent de mon nez, ils disent que je suis moche, ils disent que je n’ai pas d’amis», explique l’élève de 6dans cette vidéo vue plus de 20 millions de fois. Il ajoute qu’il ne comprend pas pourquoi les gens font ça, qu’il regrette qu’il soit victime de ces gestes et que d’autres personnes le soient aussi. 

Depuis sa publication, la vidéo a été grandement remise en doute. Certaines personnes accusent la mère — au passé douteux — d’avoir profité de la détresse de son fils pour faire de l’argent. Les stars ont néanmoins été touchées par le témoignage du jeune homme. Justin Bieber, 23 ans, s’est montré particulièrement sensible à sa cause. Après avoir suggéré à Keaton de ne pas se soucier de ces «cons», le chanteur a souligné que le fait qu’il avait encore de la compassion pour les autres malgré ce qu’il subissait faisait de lui «une légende», «une bête». Katy Perry et Snoop Dogg ont aussi donné leur appui au jeune garçon. Un bel élan de solidarité. 

+

Cinéma

Titanic toujours en vogue pour ses 20 ans

LOS ANGELES — La superproduction Titanic, deuxième plus grosse recette au box-office de tous les temps, séduit à l’occasion de ses vingt ans - mardi - une toute nouvelle génération grâce à des projections en 3D à travers les États-Unis.

«L’histoire même de Titanic revêt une qualité intemporelle. Elle semble exister en dehors de notre vie quotidienne. Cette leçon de morale sans détour, c’est quelque chose qui nous fascine», a déclaré le réalisateur James Cameron à des admirateurs, lors d’une séance commémorative à Los Angeles.

La riche jeune fille de bonne famille Rose (Kate Winslet) et l’artiste pauvre Jack (Leonardo DiCaprio) n’étaient que des personnages de fiction, destinés à insuffler une dimension supplémentaire à l’histoire bien réelle du naufrage du célèbre paquebot en 1912, après avoir heurté un iceberg pendant son voyage inaugural.

Distribué par Paramount aux États-Unis et par la Fox à l’étranger, le long-métrage a remporté onze Oscars et rapporté 2,2 milliards de dollars en billets vendus. Seul Avatar (2009), également réalisé par James Cameron, a fait mieux avec 2,8 milliards de recettes.

La bande originale du film connaît également un succès inédit : la chanson My heart will go on, interprétée par Céline Dion et récompensée par un Oscar, est l’une des plus vendues au monde et la plus diffusée à ce jour (radio et télévision).

D’une durée de 195 minutes, le film peut donner l’impression d’être aussi long que le voyage avorté du navire - présenté comme insubmersible - mais il avait bénéficié de critiques élogieuses et fait de jeunes acteurs des vedettes internationales.

Il a également entraîné un vif débat qui, vingt ans plus tard, perdure chez les «Titaniaques» : y avait-il assez de place sur la porte où Rose trouve refuge, hors des eaux glaciales de l’Atlantique-Nord, pour que les deux amants puissent tenir dessus? Et donc que Jack s’en sorte également.

Cinq mots 

Le réalisateur de 63 ans se souvient avoir vendu l’idée du film aux pontes des studios Fox avec «probablement la plus courte présentation pour un film important de toute l’histoire de Hollywood».

«J’ai ouvert un livre au centre duquel il y avait une magnifique double-page d’un tableau de Ken Marshall, le meilleur artiste inspiré par le Titanic», a-t-il raconté.

«C’était une magnifique image d’une fusée de secours éclairant le navire avec des canots de sauvetage qui s’en éloignent tandis qu’il s’enfonce (...). J’ai dit : “Romeo et Juliette sur ça”. Cinq mots», a-t-il poursuivi.

Leonardo DiCaprio et Kate Winslet, respectivement âgés de 21 et 22 ans à l’époque, ont filmé leur première scène ensemble en septembre 1996 : Rose est nue pendant que Jack la dessine.

Tout embarras s’est vite dissipé et ils sont rapidement devenus bons amis, se retrouvant sur le grand écran une dizaine d’années plus tard dans Les Noces rebelles de Sam Mendes.

«Ils se sont vraiment bien entendus et ils étaient là l’un pour l’autre tout au long de ce tournage long, difficile, éreintant», s’est souvenu M. Cameron, dont la production à 200 millions de dollars avait des proportions épiques avec un millier de figurants et une équipe de tournage de plus de 800 personnes.

Le réalisateur a même fait construire une maquette grandeur nature du paquebot de luxe sur un bout de littoral mexicain acheté par la Fox, après avoir obtenu les plans de l’original auprès de son constructeur.

Plus gros flop? 

Les pièces ont été méticuleusement recréées à partir de vieilles photographies, à l’instar de l’escalier des salons de première classe du RMS Titanic ou encore leurs boiseries en acajou et leurs luminaires en plaqué or. Le tout a été détruit lors de la scène du naufrage.

Le tournage était tellement hors du commun - la plus coûteuse production à l’époque - que le magazine spécialisé Variety tenait une rubrique quotidienne intitulée Titanic Watch, raillant ce qui était anticipé comme le futur plus gros flop de l’histoire de Hollywood.

Le réalisateur avait scotché une lame de rasoir sur son écran de montage, avec une inscription au stylo : «À utiliser si le film craint».

Le premier week-end d’exploitation a généré 28,5 millions de dollars et, comme tous les blockbusters, les attentes étaient d’une chute de 40 à 50 % pour le deuxième week-end.

Au lieu de ça, il a engrangé 28 millions supplémentaires et même 32 millions le troisième week-end, restant arrimé en tête du box-office pendant quinze semaines consécutives.

Certains experts ont avancé que les chiffres étaient dopés par de jeunes adolescentes allant voir le film plusieurs fois mais, pour le réalisateur, son Titanic a rencontré un succès aussi phénoménal parce que l’histoire d’amour a ému toutes les générations.

«Ce dont je suis le plus fier, c’est d’avoir créé quelque chose qui a sa propre réalité, qui est intemporel», a-t-il confié. «Avec tout le respect dû à Kate et Leo, et ils sont de très bons amis à moi, ils ne sont plus Kate et Leo, ils sont Rose et Jack».

«Et ils seront pour toujours Rose et Jack».

Nicolas Houle

Les Beatles sur les Plaines!

Il m'arrive souvent d'être un des premiers à rentrer au bureau et, parmi ceux qui me devancent, il y a généralement notre photographe-coordinateur, Patrice Laroche. Un matin, lorsque je faisais mon entrée, Pat était occupé à griffonner une feuille et semblait hautement concentré.

Quand il a posé son stylo, il est venu me voir en m'invitant à imaginer à quoi pourrait ressembler un concert des Beatles, si le groupe devait se réunir et que, bien sûr, ses membres étaient encore tous en vie. Sur sa feuille, que je reproduis ci-dessous, sa contribution.

Cinéma

Deuxième meilleur démarrage de l’histoire pour Star Wars au box-office

WASHINGTON — Le huitième épisode de la saga Star Wars a réalisé la deuxième meilleure performance de l’histoire pour son week-end d’ouverture au box-office nord-américain.

Star Wars : Les derniers Jedi a rapporté 220 millions de dollars au cours de trois premiers jours dans les salles en Amérique du Nord et se place directement en tête du box-office, a indiqué dimanche la société spécialisée Exhibitor Relations.

Seul l’épisode précédent de la saga Star Wars, Le Réveil de la Force, avait réalisé une meilleure performance.

Ce nouveau volet met face à face Rey, l’héritière des Jedi, et Kylo Ren, la principale menace venue du Premier Ordre.

Le film réalisé par l’Américain Rian Johnson, offre à voir, pour la dernière fois, l’actrice Carrie Fisher dans le rôle de la princesse Leia : l’actrice est morte en décembre 2016, à 60 ans, quelque temps après avoir terminé le tournage de ses scènes.

Le groupe Disney, producteur du film, a d’ores et déjà annoncé la préparation d’une «toute nouvelle trilogie» Star Wars, en plus de l’épisode IX qui doit sortir en 2019.

En deuxième position, Ferdinand, dessin animé qui suit les aventures d’un taureau au grand cœur à travers l’Espagne, fait son entrée dans le box-office avec 13 millions de dollars récoltés.

Le jeune musicien de Coco, le dernier film d’animation des studios Pixar (Disney), recule à la troisième place avec 10 millions de dollars (150,8 millions de dollars depuis sa sortie).

En quatrième position, la comédie sentimentale Merveilleux avec Julia Roberts, Owen Wilson et Jacob Tremblay, raconte la scolarisation d’un enfant au visage déformé par la maladie. Elle a rapporté 5,4 millions de dollars sur le weekend et 109,2 millions en cinq semaines.

L’alliance des superhéros de La Ligue des Justiciers rétrograde en cinquième position avec 4,2 millions de dollars. Le groupe constitué de Batman (Ben Affleck), Wonder Woman (Gal Gadot), Aquaman (Jason Momoa), Cyborg (Ray Fisher) et Flash (Ezra Miller) a cumulé 219,5 millions depuis sa sortie il y a cinq semaines.

Télé et radio

LNI: célébrer les 40 ans de notre art national

Dans les années 70, le Nouveau théâtre expérimental décide de mélanger théâtre et hockey pour quelques soirs ; un arbitre, des thèmes, des pénalités et deux équipes de comédiens rapides sur leurs patins qui s’affrontent. L’improvisation était née.

La ligue nationale d’improvisation (LNI) a 40 ans et pour célébrer ce jubilé, un match tout à fait spécial sera diffusé sur les ondes d’ICI Radio-Canada télé le lundi 18 décembre.

Pour l’occasion, des vétérans reprennent du service. On verrait par exemple le vénérable Gaston Lepage, qui était du tout premier match de la LNI, passer la rondelle au jeune Pierre-Luc Funk. «Voir Sonia Vachon ou Patrice L’Écuyer, des gens qui n’ont rien à prouver dans la vie, avoir les jetons parce qu’ils n’ont pas foulé la glace depuis longtemps, ça m’a impressionné», indique Stéphane Bellavance, qui agissait comme commentateur lors de cette soirée spéciale, en duo avec Anaïs Favron, qui était analyste.

L’improvisation est entrée dans la vie de l’acteur et animateur au primaire, grâce à une stagiaire qui a expliqué un jeu où l’on raconte une histoire en l’inventant à mesure. «J’avais levé la main tout bonnement, et toute ma vie je vais me souvenir du feeling de cette première impro, raconte-t-il. Je pense que la piqûre de mon métier, je l’ai pogné ce matin-là.» 

Au cégep, il goûte au côté sportif de l’activité, mais aura finalement une courte carrière de joueur, puisqu’il doit renoncer à l’impro en entrant à l’école de théâtre. À l’époque, c’était la norme. On avait peur que la discipline souvent axée sur l’humour ne contamine trop les futurs acteurs. «Alors je suis tombé de l’autre côté, je me suis mis à arbitrer et à coacher, parce ça, on ne nous avait pas dit qu’on ne pouvait pas le faire.»

Si les improvisateurs sont à la fois auteur et acteur, l’arbitre, selon Stéphane Bellavance, est le script-éditeur et le metteur en scène du match. «L’air de rien, l’arbitre a une bonne part de responsabilité dans le succès de la soirée. Lorsqu’il signale un cabotinage ou une confusion, les joueurs se ressaisissent.» Le légendaire Yvan Ponton sera, évidemment, le gardien de l’ordre pour le match anniversaire.

On verra des impros de tout au plus 4 minutes, dont une avec un accessoire vivant (un humain, de surcroît) et plusieurs qui porteront des titres d’improvisations célèbres. Pensons à celle où Robert Lepage incarnait la statue de la Liberté pour une visite guidée de New York. Plusieurs joueurs seront aussi intronisés au temple de la renommée.

«L’impro, c’est à la fois périlleux et fantastique. Ça peut donner des moments télévisuels incroyables. J’espère que ça va sonner une cloche chez les diffuseurs. Je crois que notre télé aurait bien besoin de ce thrill-là», souligne Bellavance.

Le match spécial des 40 ans de la Ligue nationale d’improvisation sera présenté le lundi 18 décembre à 20h à ICI Radio-Canada télé.

Arts visuels

Charles-Frédérick Ouellet: poésie des eaux sauvages

Charles-Frédérick Ouellet embarque sur les bateaux de pêche comme certains font du pouce. «Sur les bateaux, ils doivent toujours garder une place à bord pour les observateurs de Pêches et Océans Canada, qui se pointent sur le quai à la dernière minute», explique le photographe.

Charles-Frédérick Ouellet embarque sur les bateaux de pêche comme certains font du pouce. «Sur les bateaux, ils doivent toujours garder une place à bord pour les observateurs de Pêches et Océans Canada, qui se pointent sur le quai à la dernière minute», explique le photographe.

À force de montrer ses images, puis ses photoreportages (dont un publié dans le magazine français 6 mois, dédié au photojournalisme), il gagne la confiance des marins. Il est à l’aise sur un bateau — ça aide — et se met à documenter la vie à bord et la pêche, une activité qui remonte à loin et qui fait partie de l’identité québécoise.    

«À force de travailler en centre d’artistes, ma vision s’est modulée, j’ai eu envie d’aller vers un travail plus onirique, où la narration visuelle est autre», a constaté Charles-Frédérick Ouellet. «Je me suis dit qu’il fait que je sorte de l’action de la pêche pour voir ce que les pêcheurs voient.»

S’amorce alors une autre démarche, dont on peut voir le résultat dans le livre Le naufrage, publié le mois dernier aux éditions du Renard et qui inclut un poème, Dompter le naufrage, signé Fabien Cloutier.

À bord, la navigation implique de travailler 24 heures sur 24, ce qui engendre des nuits tronquées et une perte de repères. «La ligne d’horizon devient ton paysage. On guette les signes. Dans les yeux des navigateurs, les nuages, la mer, la température, tout devient actif», décrit l’artiste. Il y a vu une belle occasion de faire un clin d’œil aux premières abstractions en photographie, nées d’images de nuages, tout en réfléchissant à la manière dont on habite l’espace maritime, encore aujourd’hui. 

Les figures humaines y sont souvent évanescentes, cagoulées, spectrales. «Je me demandais qui hante qui, entre la nature et les hommes», note Ouellet.  

L’artiste travaille maintenant sur les coureurs des bois, une autre figure forte de l’héritage culturel québécois. 

Livres

Alexandre Jardin : vivre les portes débarrées

Le rire d’Alexandre Jardin est spontané, reconnaissable entre mille. Dans son nouveau livre, il en parle comme de son «fou rire automatique». Il en ponctue ses réflexions, le mitraille entre deux phrases, les sourcils levés, l’air parfois étonné.

Après avoir lu son dernier roman, Ma mère avait raison, on a envie de croire qu’une certaine dose de folie court dans ses veines. Le genre de folie sauvage, parfois terrifiante, d’une vie complètement libre. Celle de sa mère, la bien nommée Stéphane Sauvage, surnommé Fanou, qui est au cœur de son livre-hommage. 

Pour résumer (un peu trop simplement) : Fanou avait quatre hommes dans sa vie. Pascal, le père d’Alexandre. Puis Jacques, Claude et Nicolas. Dans un domaine à la campagne, à Verdelot, elles les rassemblaient tous avec les enfants, dans une harmonie unique. Extrait : «La polyandrie fut longtemps ta manière de t’épanouir selon ta nature. Certains, à ce jeu-là, se diminuent, cessent d’être eux-mêmes et se privent de densité en s’éparpillant alors même qu’ils s’imaginaient s’accroître. Je t’ai toujours vue plus vivante d’être authentique, rayonnante de ne pas tricher». 

On pourrait dire que la famille d’Alexandre Jardin a toujours fait partie de son œuvre, en filigrane ou en plein jour. Il y a déjà 20 ans, c’était son père, l’écrivain et scénariste Pascal Jardin, qui prenait le devant de la scène dans Le Zubial. Ont suivi Le roman des Jardin, Chaque femme est un roman et Des gens très bien, ce dernier explorant le passé sombre de son grand-père. 

Pourquoi avoir attendu tout ce temps pour mettre en scène sa mère? «Parce que c’est celle qui m’a causé le plus de problèmes dans ma vie. Qui m’a posé le plus de questions. Tout dans son comportement, son comportement amoureux, son comportement avec les livres, avec les enfants, tout questionne. Tout m’a fait passer par des moments de jugements, m’a fait revenir sur ces jugements. J’ai mis du temps à avoir un regard stable sur elle. Parce qu’elle va tellement loin qu’il m’a fallu du temps pour pouvoir écrire le titre : Ma mère avait raison

Cette mère fantasque, énigmatique, Jardin s’emploie à en découvrir les clés, à expliquer sa vie inexplicable, hors norme, où rien d’autre ne comptait que d’être «vraie». Où il est normal de tirer au feu le manuscrit de son fils, qui lui dit ne pas s’y reconnaître, même s’il doit le remettre trois semaines plus tard. «Sans ça, il n’y aurait pas eu Le Zèbre!», constate-t-il. Ou encore de l’envoyer en Irlande à 15 ans, alors que son père vient de mourir et qu’il ne parle pas un traître mot d’anglais. Ou de lui faire suivre un stage de marche sur le feu à 13 ans, parce qu’il le faut. 

«Ma mère avait raison, je peux le dire depuis un certain nombre d’années maintenant. […] J’ai eu des moments imbéciles, parce que c’est quelqu’un qui par moments était violent, qui faisait peur. Mais c’est elle qui a fondamentalement raison. La vie est très brève. Ou on ose la vivre en étant réel, et on en est digne, ou on fait comme font la plupart des gens, on mène une vie officielle et une vie officieuse, on est incapable d’assumer qui on est devant les autres. Et finalement on a peur, au lieu de vivre. Or elle n’a pas peur. Ou plutôt elle a des peurs comme tout le monde, mais n’obéit pas à ses peurs. Mais elle est très provocante», admet Alexandre Jardin en souriant. 

Télé et radio

Rupert Murdoch revient à ses racines

WASHINGTON — Rupert Murdoch, 86 ans, a toujours été avant tout un patron de presse et le récent accord entre sa 21st Century Fox et Disney va lui permettre de revenir à ses premières amours.

En cédant à Disney plusieurs des activités de son groupe dans le cinéma et la télévision de divertissement, le patriarche d’origine australienne va se recentrer sur l’information avec ses journaux et sa chaîne de télévision Fox News.

«Il s’agit de retourner à nos racines qui sont l’info et le sport», a souligné M. Murdoch lors d’un entretien avec la chaîne Sky News. «C’est stratégiquement le bon moment de le faire».

Il abandonne un secteur du divertissement en plein bouleversement aux géants de l’Internet comme Amazon, Facebook et Apple, et à de nouveaux arrivants comme Netflix.

Et il garde surtout son arme principale, l’influence politique, grâce à Fox News, la chaîne favorite de Donald Trump avec qui il entretient des relations étroites depuis de longues années.

Avant même d’avoir les ambitions politiques qui l’ont porté à la Maison-Blanche, le magnat de l’immobilier américain faisait déjà les choux gras des pages à potins du New York Post, propriété de Rupert Murdoch. Devenu président, Donald Trump consulte une fois par semaine le magnat de la presse par téléphone, croit savoir le Times, autre fleuron de l’empire Murdoch, et l’appelle «un très bon ami».

Son influence est également grande en Grande-Bretagne et en Australie grâce aux organes de presse qu’il détient par le biais de News Corp.

Né le 31 mars 1931 à Melbourne, en Australie, Keith Rupert Murdoch a fait ses études à l’Université d’Oxford en Angleterre avant d’hériter à la mort de son père en 1952 du journal Adelaïde News.

Scandales et sports

À tout juste 21 ans, le jeune Rupert Murdoch va redresser ce journal et se lancer dans une politique d’acquisitions tous azimuts en mêlant habilement dans ses journaux informations, sports et sexe.

Il lance The Australian, le premier quotidien national australien, en 1964, et achète en 1969 l’hebdomadaire britannique News of the World.

Puis c’est au tour du Sun, qu’il transforme en quotidien à scandales devenu célèbre pour ses pin-ups déshabillées affichées en pages intérieures.

Il s’attaque ensuite au prestigieux quotidien The Times et à son supplément dominical Sunday Times, non sans susciter une forte levée de boucliers de la part des défenseurs des valeurs établies en Grande-Bretagne.

Il déménage les rédactions de ses quotidiens de la légendaire Fleet Street londonienne pour la banlieue de Wapping, où les procédés d’impression modernes lui permettent de supprimer de nombreux emplois.

Puis il s’attaque aux États-Unis avec le New York Post en 1976, devenant même citoyen américain en 1985, ce qui lui permet du même coup de se porter acquéreur d’une station de télévision.

En 1984, il prend une participation dans les studios de cinéma 20th Century Fox et achète en 2007 l’agence d’informations financières Dow Jones, mettant la main du même coup sur le prestigieux quotidien financier Wall Street Journal.

«Faiseur de rois»

Sa réputation de «faiseur de rois» n’est plus à faire en Grande-Bretagne. Ses journaux ont fait campagne pour les conservateurs Margaret Thatcher et John Major puis, dans un revirement inattendu, pour le travailliste Tony Blair, aux côtés duquel Rupert Murdoch s’affichait volontiers.

Le scandale en 2010 des écoutes téléphoniques du News of the World, fermé depuis, le pousse toutefois à se montrer plus discret sur la scène londonienne. Le magnat doit notamment subir l’humiliation d’une audition serrée par les parlementaires britanniques.

Il accentue la mise en avant de son fils James, qui a même repris la présidence du groupe de télévision Sky en 2016, quatre ans après avoir dû la quitter dans les méandres d’un scandale d’écoutes téléphoniques.

Mais le projet de rachat par 21st Century Fox des parts de Sky qu’elle ne possède pas encore déclenche une levée de boucliers et l’ouverture à l’automne d’une enquête approfondie, ordonnée par le gouvernement sur les risques vis-à-vis de la pluralité des médias.

Dénoncé par ses opposants comme un conservateur manipulant l’opinion mondiale, il jouit toutefois de la considération de ses employés et reste craint pour ses qualités d’homme d’affaires.

Père de six enfants, il s’est marié quatre fois, sa dernière épouse en date, Jerry Hall — de 25 ans sa cadette — ayant été aussi celle du chanteur des Rolling Stones, Mick Jagger.

Ses fils de son deuxième mariage, Lachlan, 46 ans, et James, 44 ans, semblent prêts à assurer la relève, certains médias affirmant que James pourrait même prendre la succession de l’actuel pdg de Disney, Bob Iger.

Musique

Quand Beethoven rencontre Kanye West...

LOS ANGELES - L’orchestre entame le dernier mouvement du Quatuor à cordes No. 14 de Beethoven. Une batterie s’en mêle. Peu à peu, la mélodie de On Sight, premier morceau de l’album Yeezus, de Kanye West s’impose.

La foule, qui se tient près de la scène comme dans une salle de rock plutôt que dans un concert de musique classique, se laisse emporter.

Bienvenue à Yeethoven, expérimentation qui mélange les morceaux de deux artistes que deux siècles séparent et qui n’ont, en apparence, que peu de choses en commun.

Mais les créateurs de ce rendez-vous singulier, dont la deuxième édition vient d’avoir lieu à Los Angeles, voient des similarités entre le compositeur allemand et le rappeur américain.

Chacun dans leurs registres, ils ont été des précurseurs, des personnages controversés qui ont bousculé les codes et les habitudes.

«Nombre de musiciens classiques, et je suis l’un d’entre eux, s’intéressent à la musique de Kanye», explique Yuga Cohler, chef d’orchestre au sein de la Young Musicians Foundation qui présente Yeethoven.

«Il utilise beaucoup de techniques similaires à celles utilisées par des compositeurs classiques pour rendre leur musique originale et captivante», ajoute-t-il. «Pour moi, il y avait une forme d’évidence à mêler Kanye et certains éléments de l’univers classique».

Idée «un peu folle»

Johan, compositeur qui a travaillé sur les arrangements de Yeethoven, reconnaît que l’orchestre a, au départ, trouvé l’idée «un peu folle».

«Nombre de musiciens nous ont dit qu’ils étaient inquiets que cela soit un peu caricatural, voire un peu kitsch», ajoute-t-il. Mais l’accueil a finalement été bon lorsque tous ont compris que la démarche était sérieuse.

Les différences entre les deux hommes sont bien sûr nombreuses, ne serait-ce que dans le style. Beethoven était connu pour sa grande timidité. Kanye West, qui ne fait pas preuve d’une modestie excessive, s’est déjà comparé à Michel-Ange.

Après une première expérience devant un public enthousiaste en 2016, la seconde version de Yeethoven inclut désormais des morceaux de The Life of Pablo, dernier album du rappeur vedette qui forme avec Kim Kardashian l’un des couples les plus célèbres de la planète.

Pour ses créateurs, l’expérience, qui sera renouvelée le 18 janvier au Lincoln Center à New York, permet de rassembler un public particulièrement varié, un défi permanent pour la musique classique aux États-Unis, où le public est très majoritairement blanc et âgé.

Jack Taylor, qui a vu Yeethoven à Los Angeles, dit avoir surpris par cette association inattendue, mais a trouvé le résultat «fascinant».

«Je ne savais vraiment pas à quoi m’attendre en arrivant ici et cela vraiment été un choc pour moi».