Cinéma

Saoirse Ronan ou la vie après «Lady Bird»

TORONTO — Saoirse Ronan prend une petite pause. Après le succès de la comédie dramatique Lady Bird, qui lui a valu une troisième nomination aux Oscars, la star irlandaise annonce qu’elle fait la promotion des nouveaux films «On Chesil Beach» et «The Seagull», puis qu’elle prendra un été de congé.

«Vous devez vous remettre à neuf après tout cela», explique Saoirse Ronan dans une récente entrevue téléphonique, faisant référence au tourbillon Lady Bird, qui a obtenu cinq nominations aux Oscars.

Télé et radio

Sondage Numeris: victoire surprise de Radio-Canada à Québec

Habituel jour de stress jeudi dans le milieu radiophonique de Québec, avec la publication des résultats de sondage Numeris. Surprise ce printemps, ICI Radio-Canada Première détrône les habituels premiers de classement que sont FM93 et CHOI Radio X. Le diffuseur public récolte donc 165 200 auditeurs au total, suivi de FM93 (153 600) et de Rouge FM (142 900).

Aussi, une autre surprise, très grande celle-là: WKND se faufile en quatrième position avec 138 500 fidèles, et CHOI Radio X glisse en cinquième place (136 900).

Précisons, avant de vous détailler tout ça, que leNumerisdu printemps ne mesureque lemarché«central»(celui de la grande région de Québec), comparativement au sondage de l'automne qui analyse également le marché «total» (le rayonnement total de diffusion d’une station). Aussi, notons que nous suivons la «règle», et basons notre analyse de ce sondage avec les résultats obtenus à la même période l'an passé. On peut commencer.

D'abord, on constate bien sûr que le départ des ondes de deux joueurs importants du marché radiophonique local, Gilles Parent (FM93) et André Arthur (BLVD), a eu une incidence certaine sur les résultats des stations concernées. 

Congédié en octobre dernier dans les circonstances que l'on connait, Gilles Parent avait cédé (bien malgré lui) son micro à sa presque nouvelle co-animatrice, Ève-Marie Lortie. Celle-ci pilote donc maintenant l'émission rebaptisée Le retour du FM93, et rassemble, pour ce premier sondage complet lui appartenant, 12 200 auditeurs au quart d'heure, une baisse de 42 % comparativement au printemps dernier.

Un résultat qui n'enchante évidemment pas le directeur des programmes de la station, Pierre Martineau, mais qui ne le surprend pas. «Tu ne perds pas quelqu'un comme Gilles sans contrecoup. Disons que c'est une claque qui fait mal», admet M. Martineau, soulignant du même souffle être «très satisfait» du travail d'Ève-Marie Lortie (et de son équipe), qui a pris les commandes du retour à la maison du 93 «en pleine crise».

Du côté de BLVD, on se souvient (ou pas) que la station a congédié André Arthur en janvier dernier. Résultat, entre midi et 13h, moment où M. Arthur dominait facilement ses concurrents, l'antenne a glissé de la première à la... neuvième place (sur 9). Au classement général, BLDV voit aussi son auditoire total passer de 120 500 adeptes à 88 500.

Parlant de BLVD, l'animateur de l'émission du matin, Stéphane Gasse, a par ailleurs annoncé jeudi (avant même la sortie des résultats) qu'il accrochait son micro, après plus de 32 ans de carrière radiophonique. Avis aux intéressés. 

Plus de détails à venir...

Classement général - Marché central – Printemps 2018

  • ICI Radio-Canada Première: 165 200
  • FM93: 153 600
  • Rouge FM: 142 900
  • WKND: 138 500
  • CHOI Radio X: 136 900
  • Énergie: 118 900
  • M FM: 116 100
  • BLVD: 88 500
  • POP 100,9: 71 700
  • Radio classique: non-participant

Classement général - Marché central – Printemps 2017

  • FM93: 183 100
  • ICI Radio-Canada Première: 154 600
  • CHOI Radio X: 140 700
  • Énergie: 132 500
  • Rouge FM: 132 400
  • M FM: 121 700
  • BLVD: 120 500
  • WKND: 111 100
  • Radio classique: 51 900
  • POP 100,9: 44 500

***

Émissions du matin les plus populaires (6h-9h) (12 ans +) 

Émission – Station – Moyenne d’auditeurs au quart d’heure

  • Première heure – ICI Radio-Canada Première: 31 700
  • Bouchard en parle – FM93: 22 300
  • Dalair le matin - WKND: 20 100
  • Maurais Live – CHOI Radio X: 18 700
  • Dupont le matin – Énergie: 17 300

*

Émissions du midi les plus populaires (12h-13h) (12 ans +) 

Émission – Station – Moyenne d’auditeurs au quart d’heure

  • Fillion – CHOI Radio X: 25 900
  • Midi info – ICI Radio-Canada Première (réseau): 21 400
  • Duhaime-Ségal le midi – FM93: 16 700
  • Tapis Rouge –  Rouge FM: 10 900
  • La Playlist WKND - WKND: 10 800

*

Émissions du retour les plus populaires (15h-18h) (12 ans +)  

Émission – Station – Moyenne d’auditeurs au quart d’heure

  • Gravel dans le retour  – CHOI Radio X: 21 000
  • Les Retours – WKND: 15 400
  • Rouge au travail/ Le retour des Fantastiques – Rouge FM: 12 800
  • Radio-Canada cet après-midi – ICI Radio-Canada Première: 12 500
  • Le retour du FM93 – FM93: 12 200

Toutes les données présentées dans ces tableaux sont tirées du sondage printanier réalisé par Numeris. Les chiffres détaillés ont cependant été gracieusement fournis par Bambou Communication Marketing.

*Les résultats de ce sondage ont été recueillis par Numeris entre le 26 février et le 22 avril 2018, auprès d’auditeurs qui ont accepté de remplir des cahiers d’écoute. Mentionnons à nouveau que l’exercice printanier ne mesure que le marché central de la grande région de Québec, contrairement à l’automne, qui analyse également le rayonnement total d’une station.

Musique

Hélène Guilmette chante Poulenc: beauté désespérée

CRITIQUE / La voix humaine relève du morceau de bravoure, dont Hélène Guilmette et l’Orchestre symphonique de Québec nous ont donné une fameuse démonstration.

L’âpreté des thèmes à la fois très classiques et très contemporains (rupture, désespoir amoureux, suicide, isolement, problèmes de communications) est une pilule à avaler si l’on vient au concert pour goûter des moments de pure beauté abstraite. Toutefois, porté par Mme Guilmette et l’OSQ, dans une mise en scène d’Anne-Marie Olivier, le «monodrame» composé par Poulenc sur un texte de Jean Cocteau passe la rampe. On se laisse toucher par cette cuisante dépossession, par cette douleur qui change de forme et ne révèle sa pleine ampleur qu’à la fin du drame.

L’unique personnage de La voix humaine tient un discours à la fois si réaliste et si ouvertement lyrique qu’elle évoque plusieurs femmes d’un seul souffle. Son discours amoureux désespéré, dans une conversation téléphonique constamment interrompue, évoque étrangement le babillage de Winnie dans Oh les beaux jours! de Beckett. L’amante dédaignée meuble le temps, en cajolant celui qui est la cause de son désespoir, en attendant l’inévitable fin tragique.

Chantés par Hélène Guilmette, à qui l’orchestre donne la réplique comme un ex-amant tour à tour bienveillant et impétueux, les mots on ne peut plus terre-à-terre de Cocteau s’enveloppent d’une aura surréaliste et un brin absurde. La soprano joue pleinement le désespoir et la perte d’appétit de vivre. Ses mimiques sont tiraillées entre douleur et amour, sa voix juste épouse agilement tous les arrêts et toutes les vagues d’émotion minutieusement écrites par Poulenc. Nos yeux ne la quittent pas, pendant qu’elle arpente pieds nus la chambre élégante évoquée par quelques meubles. Les instruments de l’orchestre se fondent en une seule voix, précise, évocatrice et en même temps, énigmatique.

Schubert

La première partie du concert était consacrée à la Symphonie no 4 en do mineur Tragique de Schubert, une œuvre scintillante et lyrique, haletante par moments, où le compositeur exprime davantage le joyeux tumulte que les âpres tourments de ses 19 ans.

Mus par le même élan et guidés par les gestes caressants du directeur musical Fabien Gabel, les musiciens ont exprimé le suspense, l’allégresse — voire la langueur, dans le 2e mouvement — de ce récit musical qui culmine par une ronde aux accents carnavalesques. Clarinette, flûte, hautbois et bassons y ont fait très bonne figure, dans la houle déferlante et unie des cordes.

Le concert de l’OSQ Hélène Guilmette chante Poulenc était présenté une seule fois, mercredi soir, au Palais Montcalm.

Expositions

Deux nouvelles résidences d’artistes aux Rencontres internationales de la photographie en Gaspésie

MATANE — À moins de deux mois des 9e Rencontres internationales de la photographie en Gaspésie, l’événement accueille deux artistes en résidence. Jusqu’à la fin mai, Isabelle Gagné et Anne-Marie Proulx s’engagent dans un processus de création où robot informatique, paysages et occupation du territoire cohabiteront et entreront même parfois en symbiose pour donner des œuvres inédites.

Pour Isabelle Gagné, il s’agit du deuxième volet de la résidence qu’elle avait amorcée l’été dernier. Dans le cadre de son projet intitulé Stratotype digital-ien, l’artiste originaire de Mirabel crée à l’aide d’un robot informatique. «C’est un robot numérique qui recompose le paysage québécois, explique-t-elle. Dans mon travail de recherche, je prends des photographies de paysages et je les intègre à mon robot qui est sur le Web. Le robot remixe les images et les repropulse à nouveau dans le domaine public. Par exemple, si je mets une photo de la Gaspésie, le robot va aller chercher sur le Web des images qui sont morphologiquement similaires ou qui auront la même colorométrie.» L’artiste dispose d’environ 3000 images aux fins du projet. La plupart de ses photos ont été prises avec un appareil mobile.

Connue sous le sobriquet de MissPixels, Isabelle Gagné est titulaire de deux baccalauréats complétés à l’Université du Québec à Montréal, l’un en arts et l’autre en design graphique. Elle a cofondé le Mouvement art mobile, qui est un collectif de trois artistes qui promeuvent l’art mobile sous toutes ses formes. 

Premier séjour en Gaspésie

Anne-Marie Proulx en est à son premier séjour en Gaspésie. Il y a deux ans, elle avait cependant été invitée à titre de conférencière dans le cadre des Rencontres internationales de la photographie en Gaspésie. «J’ai passé beaucoup de temps sur la Côte-Nord, raconte-t-elle. Je me suis intéressée à l’exploration et à la transformation, la façon dont le territoire peut être perçu comme un espace de ressources. Ça a mené à un projet appelé «Bassins versants». J’ai eu envie d’explorer le rapport que les femmes peuvent avoir avec le territoire. Je vais continuer ce projet-là et lui donner une forme propre à la Gaspésie.» Les résultats de sa résidence d’artiste seront présentés à l’été 2019.

Après avoir obtenu une maîtrise en histoire de l’art de l’Université Concordia à Montréal, Anne-Marie Proulx a entrepris un baccalauréat en arts visuels du Nova Scotia College of Art and Design d’Halifax. Ses recherches et ses œuvres ont été présentées lors de plusieurs expositions. Elle a également publié dans différents périodiques. Elle est codirectrice de VU, un centre de diffusion et de production de la photographie à Québec.

Placées sous le thème Chaos, les 9e Rencontres internationales de la photographie en Gaspésie se tiendront du 15 juillet au 30 septembre. L’événement présentera 17 expositions dans 12 municipalités et 3 parcs nationaux de la péninsule mettant en valeur le travail de 16 artistes provenant d’un peu partout dans le monde. La programmation propose aussi des soirées de projection, des causeries et des performances en présence des artistes invités.

Théâtre

Le parcours du spectacle «Où tu vas quand tu dors en marchant…?»

Pour une deuxième année, la communauté théâtrale de la capitale prend dès ce soir d’assaut la colline Parlementaire avec le spectacle déambulatoire «Où tu vas quand tu dors en marchant…?», l’activité phare du Carrefour international de théâtre.

Créés l’an dernier sous la supervision du coordonnateur artistique Alexandre Fecteau, les cinq tableaux se déploieront gratuitement aux abords du Parlement : la cour intérieure de l’Édifice Marie-Guyart, la rue Jacques-Parizeau, la rue Louis-Alexandre-Taschereau, la promenade des Premiers-Ministres et le parc de l’Amérique-Française. 

Le spectacle est présenté en continu entre 21h et 23h du jeudi au dimanche, cette semaine et la semaine prochaine. 

Pour les couche-tôt, une matinée a exceptionnellement été ajoutée le dimanche 3 juin à 15h. 

Télé et radio

Papa Guy et Bébéatrice dans une série

CHRONIQUE / Les abonnés du compte Twitter de Guy A. Lepage connaissent bien Bébéatrice. C’est le surnom qu’il a donné à sa fille, dont il relaie les remarques et réflexions, tantôt adorables, parfois irrévérencieuses. Après avoir inspiré un livre, publié en 2015, voilà que ces phrases glanées dans le quotidien de la fillette, se retrouveront dans une série d’animation, intitulée «Bébéatrice».

C’est la première fois qu’ICI Tou.tv initie une œuvre d’animation, qui sera disponible gratuitement, et non sur l’Extra. Bébéatrice se déclinera d’abord en 20 capsules de quatre à cinq minutes, disponibles dès l’automne. Celles-ci seront ensuite réunies en quatre demi-heures, qui seront présentées sur ICI Radio-Canada Télé en décembre.

Bébéatrice est vraiment une affaire de famille, parce que Mélanie Campeau, conjointe et bientôt épouse de Guy A. et mère de Béatrice, coproduit la série avec Luc Châtelain, chez Écho Média et Les productions Mélomanie. Celui-ci parle de «la première téléréalité en série d’animation au monde». Parce que l’œuvre s’inspire effectivement de la vraie vie de cette famille, bien qu’elle emprunte aussi les histoires des autres.

On parle d’une série comique qui s’adresse à toute la famille, mais qui aura aussi ses moments touchants. «Il y a des gags et des commentaires plus heavy», prévient Guy A. La jeune Béatrice Lepage est capable de réflexions profondes sur des sujets aussi sérieux que le féminisme, la mort et le terrorisme. Comme celle-ci, partagée à son père, le jour de la tuerie de Charlie Hebdo : «Quand on aime pas un dessin, il faut pas tuer les gens, il faut retourner le dessin, c’est tout.» Et plus récemment : «Quand tu vas mourir, qui va te remplacer?»

Alors qu’elle a maintenant huit ans, Béatrice n’a encore que quatre ans et demi dans la série. En plus d’initier le projet avec l’auteur et illustrateur Éric Godin, Guy A. Lepage prête sa voix au personnage de Papa Guy, au menton démesurément long, Mélissa Désormeaux-Poulin incarne la mère, Mamanie, Guillaume Lambert est Théo, le grand frère de 18 ans, né de l’union avec Louise Richer, et qui en a maintenant 26 dans la vraie vie, alors que Muriel Dutil joue Grand-maman Suzanne. Le chien Attaque, un caniche miniature, complète le portrait de famille.

Comme il se doit, le nom de Béatrice Lepage apparaîtra au générique en tant qu’auteure, ce qui en fait la plus jeune scénariste du Québec. «Elle est membre de la SARTEC [Société des auteurs de radio, télévision et cinéma] et reçoit des droits. Je suis le script-éditeur de ma fille», insiste son père.

Guy A. Lepage est toujours resté discret sur sa vie familiale, mais était prêt pour le compromis du dessin. D’ailleurs, Béatrice Lepage, qu’il faut maintenant surnommer «Béactrice», n’était pas présente au lancement de la série, mercredi. La jeune Élia St-Pierre, qui joue Coralie dans le téléroman O’, lui prêtera sa voix. On en dit le plus grand bien sur le plateau, puisque les voix sont enregistrées avant que l’équipe d’animation y juxtapose les images, alors qu’on procède à l’inverse habituellement.

En plus d’être à l’origine des personnages animés et de figurer parmi l’équipe d’auteurs, Éric Godin agit comme directeur artistique, et Didier Loubat, comme réalisateur. Laurent Paquin participe aussi aux textes. Comme vous le verrez, on a opté pour une illustration minimaliste, question de mettre l’accent sur les textes. Toute l’animation est réalisée ici.

TROIS RETOURS CONFIRMÉS

On avait fait tout un mystère du retour de La voix, que n’avait pas annoncé Charles Lafortune à la dernière émission. Voilà que TVA s’est entendu avec le détenteur du format néerlandais, Talpa, pour une septième saison. Après avoir laissé plané le doute, le diffuseur a aussi confirmé le retour de Charles Lafortune à l’animation. ICI Radio-Canada Télé confirme aussi le retour d’Ouvrez les guillemets, l’émission d’humour de François Morency, qui aura en plus sa série de fiction, Discussions avec mes parents, la saison prochaine sur le même réseau. Enfin, le Club illico vient de donner le feu vert à une deuxième saison de La dérape, cette série produite entièrement à Québec par Parallaxes, qui a connu un succès fulgurant à sa sortie en février dernier.

Livres

Philip Roth, une tache sur le Nobel de littérature

STOCKHOLM — Haro sur l’Académie suédoise : les admirateurs de Philip Roth n’avaient pas de mots assez durs mercredi contre l’institution décernant le prix Nobel de littérature qui n’a jamais consacré l’oeuvre de l’écrivain américain.

«Avec Philip Roth, le Nobel de littérature est mort!» titrait carrément Albert Sebag dans l’hebdomadaire français le Point.

Philip Roth, mort mardi à 85 ans, a été souvent donné parmi les favoris de la prestigieuse récompense, mais l’Académie suédoise sera jusqu’à la fin restée sourde aux suggestions d’une partie de la critique.

Ses archives regorgent de courriers des plus grands noms des lettres et de l’édition réclamant plus ou moins subtilement l’attention des académiciens pour eux-mêmes ou leurs pairs.

Rien ne dit que Philip Roth ait été de ceux-là.

«C’était devenu un gag pour lui. Chaque année on en parlait, c’était devenu drôle», a raconté sur France Inter la journaliste et écrivaine Josyane Savigneau qui était son amie.

Mais il a sans nul doute été proposé à de multiples reprises parmi les 350 «candidatures» reçues chaque année par l’académie. Impossible néanmoins d’en avoir le cœur net : ses délibérations demeurent secrètes pendant 50 ans.

Alors pourquoi Bob Dylan (2016), Patrick Modiano (2014) ou Dario Fo (1997) ont-ils été couronnés et pas l’auteur de Portnoy et son complexe, du Sein et de La tache?

«Il y a 300 écrivains dans le monde qui méritent le prix, mais un seul le reçoit chaque année», explique simplement Madelaine Levy, responsable des pages cultures du quotidien suédois Svenska Dagbladet.

Vieux suédois pervers

En 2012, la critique française Nelly Kapriélian avait réagi de la sorte en apprenant l’attribution du Nobel au Chinois Mo Yan.

«Le Nobel de littérature n’est pas une affaire sérieuse. C’est tout au plus un running gag, fomenté par un gang de vieux Suédois pervers décidés à tuer Philip Roth à petit feu en récompensant à peu près tout le monde et n’importe qui, sauf... lui».

«Le Nobel a quand même raté beaucoup de grands écrivains, n’est-ce pas? Proust, Joyce... je ne ferai pas toute la liste», relève Josyane Savigneau.

«L’air du temps» pas favorable

Sur le fond, Madelaine Levy suggère que «l’air du temps» ne lui était pas favorable.

«On peut le voir comme le représentant d’une vision masculine du monde que le mouvement #MeToo tente de briser (...) pour que le regard des femmes sur la sexualité perce», dit-elle.

Pour Christine Jordis, écrivaine, éditrice pendant 20 ans de Roth chez l’éditeur Gallimard, Roth était «trop politiquement incorrect».

«Les Nobel ont dû être un peu effrayés d’un écrivain qui était aussi réfractaire, aussi rebelle, aussi violent dans ses positions contre la pensée toute faite en une époque où (elle) domine», a-t-elle déclaré à l’AFP.

Roth a été «le non-lauréat annuel du prix Nobel de Littérature», a ironisé le philosophe français Alain Finkielkraut. «Il a payé ainsi l’accusation de misogynie qui a été portée contre lui après la parution de Ma vie d’homme. C’est un scandale absolu qui discrédite de façon définitive à mes yeux, le jury de Stockholm», a-t-il déclaré au Monde.

Pas de prix posthume

Les statuts imposent que le lauréat ait écrit une œuvre dans l’année. Or, même si ce point n’a pas forcément toujours été respecté, Philip Roth avait annoncé en 2012 qu’il cessait d’écrire après avoir publié 31 ouvrages et deux ans après son dernier roman Nemesis.

La polémique Roth tombe au plus mauvais moment pour l’académie. Plus que bicentenaire, elle tente de se reconstruire à la suite du scandale #MeToo qui a révélé ses liens compromettants avec un Français, figure de la scène culturelle de Stockholm et soupçonné de multiples agressions sexuelles et viols.

«Les pauvres, non seulement ils sont complètement à la ramasse à cause de l’histoire qui leur est arrivée, mais en plus ils n’auront jamais plus l’honneur de distinguer Philip Roth. C’est vraiment triste pour eux, pas pour lui», a déclaré mercredi l’écrivain et critique Pierre Assouline à l’AFP.

Victime d’une hémorragie de membres démissionnaires, l’académie a annoncé début mai que le Nobel 2018 ne serait pas décerné cette année, mais en même temps que le lauréat 2019.

Quant à savoir si le prix pourrait lui être décerné à titre posthume, comme le réclame Albert Sebag, le testament Nobel l’interdit formellement.

Musique

Peine de six mois dans la communauté pour Luck Mervil

Le chanteur et animateur Luck Mervil n’ira pas en prison pour l’exploitation sexuelle d’une adolescente de 17 ans dans les années 90: une juge a accepté la recommandation commune faite par la Couronne et la défense et lui a imposé une peine d’emprisonnement de six mois à purger dans la collectivité, c’est-à-dire chez lui.

Il s’agit d’une «mesure punitive, qui restreint la liberté du délinquant», a précisé mercredi la juge Mélanie Hébert, de la Cour du Québec.

Voilà à quoi sa vie ressemblera : pour les trois premiers mois de sa peine, Luck Mervil devra rester à la maison, sauf pour son travail, pour aller reconduire son fils mineur chez sa mère et pour des rendez-vous médicaux. Il pourra aussi faire son épicerie et d’autres courses une fois par semaine, pendant trois heures. Pour les trois autres mois, il devra observer un couvre-feu de 23h à 6h. Après cette période, il sera soumis à une probation d’un an.

Luck Mervil sera aussi inscrit au registre des délinquants sexuels pour 20 ans et doit fournir un échantillon d’ADN.

L’artiste de 50 ans avait plaidé coupable le 14 mai à un chef d’accusation d’exploitation sexuelle pour des gestes commis en 1996, alors qu’il avait 28 ans et était en position d’autorité sur la jeune fille. L’infraction criminelle d’exploitation sexuelle inclut tout attouchement sexuel et toute incitation à des attouchements sexuels par une personne en situation d’autorité ou de confiance vis-à-vis d’un adolescent.

En plaidant coupable, il a reconnu avoir eu une relation sexuelle complète avec la plaignante, sans avoir obtenu son consentement. Plusieurs autres contacts sexuels ont eu lieu par la suite, sur une période de 10 ans.

En sortant de la salle de cour, M. Mervil s’est dit soulagé.

Il a présenté à nouveau ses excuses «à la personne qui a porté plainte» contre lui, sans la nommer, puisqu’une ordonnance de la Cour empêche de dévoiler son identité. «Ça prend du courage, et elle l’a fait. C’est correct», a-t-il dit. Il espère qu’elle va pouvoir reprendre sa vie, mais n’a pas voulu commenter plus longuement.

Vidéo sur YouTube

Sur une vidéo mise en ligne le jour même sur Youtube, intitulée «Les mots dits», il a ajouté que «si cette triste histoire peut servir au moins à apporter un changement positif dans le comportement homme-femme, si cette histoire-là peut faire en sorte que la société s’améliore, bien au moins cet événement-là aura eu ça de positif».

Dans son message, il dit aussi vouloir remettre les pendules à l’heure. Il se plaint alors de la couverture médiatique dont il a été l’objet, reprochant aux journalistes de manquer de rigueur. Il en profite pour clarifier l’infraction d’exploitation sexuelle, qu’il ne faut pas confondre avec le proxénétisme, dit-il.

En rendant sa peine, la magistrate a analysé les circonstances atténuantes et aggravantes du crime et retient d’abord que celui-ci a été commis sur une mineure, sur laquelle Luck Mervil était en position d’autorité. Les importantes conséquences du crime sur l’adolescente constituent aussi des circonstances aggravantes : à ce sujet, elle note entre autres sa perte d’estime d’elle-même, l’abandon de l’école et les relations difficiles qu’elle a eues par la suite avec sa famille et ses amis.

La juge Hébert voit aussi des facteurs atténuants : le plaidoyer de culpabilité qui évite à la victime d’avoir à témoigner et qui met un terme définitif au processus judiciaire. Le fait que Luck Mervil a exprimé des remords et qu’il a présenté ses excuses à la victime et à sa famille sont pris en compte.

«Ces remords, que le Tribunal évalue comme étant sincères, démontrent que le processus judiciaire a permis d’atteindre la majorité des objectifs reliés à la peine : la dissuasion spécifique, la prise de conscience par le délinquant de sa responsabilité par la reconnaissance du tort causé et, dans la mesure du possible, la réparation des torts causés à la victime et à la collectivité».

Elle note que le quinquagénaire n’a pas d’antécédents criminels, est impliqué auprès de sa famille et dans sa communauté, ainsi que dans des organismes humanitaires. «Il est engagé, responsable et possède des valeurs prosociales», souligne-t-elle. Bref, il est un actif pour la société, écrit la juge.

Luck Mervil avait été arrêté en 2014 pour ces événements s’étant déroulés il y a 22 ans.

RICHARD THERRIEN

«La voix» de retour, avec ou sans Charles Lafortune

BLOGUE / Fini le mystère: «La voix» sera de retour l'hiver prochain pour une septième saison à TVA. «Le Journal de Montréal» révèle que le diffuseur s'est entendu avec le détenteur du format, Talpa, mais que TVA ne pouvait confirmer le retour de Charles Lafortune à l'animation.

Le plus grand mystère planait sur le retour éventuel du plus grand succès télévisuel des derniers mois. Charles Lafortune, qui l'annonce habituellement à la fin de la saison, n'a pu le confirmer cette fois. Même chose quand il a reçu ses deux trophées au Gala Artis de dimanche dernier.

La plus récente saison de La voix a couronné la candidate Yama Laurent. Cette annonce survenait mardi soir, alors que The Voice aux États-Unis déclarait gagnante Brynn Cartelli.

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Livres

Décès de Philip Roth, un géant de la littérature américaine

NEW YORK — Géant de la littérature américaine et mondiale, Philippe Roth est mort mardi à l’âge de 85 ans, six ans après avoir arrêté l’écriture et sans jamais avoir obtenu le Prix Nobel pour lequel il avait été si souvent cité.

Sa mort a été annoncée mardi soir par plusieurs médias américains, dont le New York Times et le magazine New Yorker.

Après un demi-siècle à imaginer des histoires qui l’ont rendu célèbre dans le monde entier, et deux ans après son dernier roman Némésis, il avait annoncé en 2012 qu’il n’avait plus l’énergie de gérer la frustration qui accompagne la création littéraire.

Une décision qu’il justifiait encore ces dernières années : «Raconter des histoires, cette chose qui m’a été si précieuse durant toute mon existence, n’est plus au cœur de ma vie», expliquait-il au journal français Libération. «C’est étrange. Jamais, je n’aurais imaginé qu’une chose pareille puisse m’arriver».

Régulièrement, presqu’inlassablement, l’écrivain aux multiples récompenses (Pulitzer en 1998 pour Pastorale américaine, National Book Award en 1960 pour Goodbye, Columbus et en 1995 pour le Théâtre de Sabbath) était donné favori pour le Nobel. Mais le prix lui a toujours échappé.

Grand ténébreux au sourcil broussailleux, petit-fils d’immigrés juifs d’Europe de l’Est, Philip Roth a écrit, debout à son pupitre, près de 30 romans : récits provocateurs des mœurs de la petite bourgeoisie juive américaine, satires politiques, réflexions sur le poids de l’Histoire ou sur le vieillissement, ses œuvres sont presque toujours entre autobiographie et fiction.

Sa plume exigeante et sa lucidité implacable sur la société américaine ont fait de lui une figure majeure de la littérature d’après-guerre. C’est le seul écrivain vivant dont l’œuvre a été éditée par la Library of America. En France, il a commencé d’être édité dans la prestigieuse collection de La Pléiade.

Premiers succès, premiers malentendus

Né le 19 mars 1933 dans un quartier juif de Newark, fils d’un agent d’assurances, il publie son premier ouvrage, Goodbye, Columbus en 1959, après quelques années à enseigner la littérature.

Ce recueil de nouvelles lui vaut un premier succès, mais aussi de premières accusations d’antisémitisme.

Un malentendu qui reviendra avec Portnoy et son complexe, paru en 1969, qui fait scandale, mais lui vaut aussi succès immédiat et notoriété mondiale.

Son jeune héros y aborde sans détour face à son psychanalyste les affres de la masturbation et son rapport obsessif à sa mère, à l’Amérique et à la judéité.

Des représentants de la communauté juive le jugent teinté d’antisémitisme. D’autres dénoncent de la pornographie pure et simple.

«J’adore écrire sur le sexe. Vaste sujet! Mais la plupart des événements racontés dans mes livres n’ont jamais existé. Même s’il faut quelques éléments de réalité pour commencer à inventer», dira plus tard Philip Roth.

À la fin des années 70, influencé entre autres par le romancier juif américain Saul Bellow, Roth commence une série de neuf livres ayant pour personnage central un jeune romancier juif, Nathan Zuckerman, son double.

Parmi ces romans, trois de ses plus grands succès : Pastorale américaine (1997), sur les ravages de la guerre du Vietnam dans la conscience nationale, J’ai épousé un communiste (1998) sur le maccarthysme, et La tache (2000) qui dénonce une Amérique puritaine et renfermée sur elle-même.

Il y eut aussi Les faits (1988), une autobiographie sur les 36 premières années de sa vie, entamée après une dépression. Et Opération Shylock: une confession (1993), où le narrateur se nomme... Philip Roth, encore un double de l’écrivain.

Frustration d’écrire 

Le complot contre l’Amérique, sorti en 2004, imagine le destin d’une famille juive de Newark si les États-Unis avaient élu l’aviateur Charles Lindbergh, aux sympathies pronazies, plutôt que de réélire Franklin D. Roosevelt en 1940.

Ce roman, qui brouille constamment la frontière entre fiction et réalité, est revenu récemment dans l’actualité : beaucoup y ont vu des correspondances avec l’élection de Donald Trump.

Philip Roth, qui vivait seul entre sa maison du Connecticut rural et son appartement à Manhattan, était néanmoins sorti de sa retraite fin janvier pour balayer toute analogie avec l’accession au pouvoir du milliardaire.

Tandis que Lindbergh était «un grand héros» avec de la «substance», écrivait-il au New Yorker, Trump est un président «ignorant du gouvernement, de l’histoire, de la science, de la philosophie, de l’art, incapable d’exprimer ou de reconnaître une subtilité ou une nuance» et utilisant «un vocabulaire de 77 mots».

Si la politique et la société américaine ont été au cœur des œuvres de Philip Roth, la vieillesse et la mort ont hanté ses récents ouvrages comme Un homme (2006) ou Le rabaissement (2009).

En 2012, il annonce avoir renoncé à écrire et explique que Nemesis, paru en 2010, était son dernier roman.

«Je n’ai plus l’énergie pour supporter la frustration. Écrire est une frustration quotidienne, et je ne parle pas de l’humiliation», explique-t-il alors au New York Times. «Je ne peux plus passer des jours à écrire cinq pages, que je jette ensuite».

En 2014, il raconte au quotidien suédois Svenska Dagbladet avoir relu ses 31 livres pour «savoir si j’avais perdu mon temps. On ne peut jamais être sûr, vous savez».

Et ce génie littéraire, sans enfant, d’ajouter avoir ressenti «un énorme soulagement : c’est une expérience presque sublime de n’avoir plus à s’inquiéter que de la mort».