Le processus de nettoyage des animaux est coûteux et complexe. Attraper un oiseau, tel ce pélican brun, et le débarrasser du pétrole sur son plumage nécessite pas moins de 400 litres d'eau et revient au bas mot à 5000 $.

Zachary à la rescousse du pélican brun

­Quand Zachary Richard a appris que la Louisiane était touchée par la marée noire causée par l'explosion de la plateforme de forage de British Petrolium (BP) dans le golfe du Mexique, il s'est tout de suite inquiété pour la survie du pélican brun, emblème de l'État qui l'a vu naître. Le chanteur cajun avait aussi en tête tous ces oiseaux comme les sternes, les fous de Bassan et les autres qui migrent dans cette région durant la saison hivernale.
«Le 29 avril, quand j'ai vu se chicaner à la télé l'amiral de la garde côtière américaine et le président de BP, je me suis dit que nous avions un sérieux problème. Je voulais me rendre tout de suite sur les côtes pour sauver des oiseaux», dit-il.
Conférencier invité au banquet de clôture du quatrième Congrès des ornithologues amateurs du Québec (COAQ), le 11 septembre, Zachary Richard a brossé un tableau sombre d'une situation que personne n'aurait pu imaginer. Il sait que sa Louisiane, qui a un lourd passé de catastrophes de tous genres se relèvera encore une fois et arrivera à survivre, mais il n'en demeure pas moins triste de tout ce qui arrive.
Cet État du sud des États-Unis semble marqué par le mauvais sort. Pas encore complètement remis du passage de l'ouragan Katrina, il y a quelques années, voilà que la marée noire lui tombe dessus. C'est un endroit où l'érosion cause des dommages inestimables année après année. Annuellement, la Louisiane perd de 50 à 80 km2 de son territoire. Il y a eu aussi ces inondations incroyables autour de 1920. Il avait plu durant 40 jours et 40 nuits. La Louisiane s'était littéralement retrouvée engloutie.
Récemment, quand Zachary Richard a vu le premier pélican souillé par le pétrole, il a ressenti une très grande tristesse et, à ce moment, il ne pouvait se résigner à suivre la recommandation d'experts allemands qui suggéraient carrément de laisser mourir les oiseaux ou de les abattre.
Le processus de nettoyage est excessivement coûteux et complexe et il n'y a pas grand-chose qui garantisse ses résultats. Attraper un oiseau et le débarrasser du pétrole sur son plumage nécessite pas moins de 400 litres d'eau et revient au bas mot à 5000 $. À ce prix, c'est une aubaine parce que les eaux du golfe du Mexique sont chaudes. Au moment où on a traité les oiseaux souillés par la marée noire de l'Exxon Valdez en Alaska, le coût était de 30 000 $ par spécimen.
Malgré ces chiffres faramineux, Zachary Richard ne regrette aucunement d'avoir choisi de sauver les pélicans bruns. L'image d'un oiseau fraîchement lavé et qui prend son envol pour recouvrer sa liberté a été un véritable baume sur ses plaies.
«Quand un oiseau propre est remis en liberté, je suis heureux. Quand je vois ça, je dis non à l'abattage», affirme-t-il.
Travail fastidieux
Le choix de sauver tous ces oiseaux est absolument fastidieux. Capturer les pélicans mal en point qui sont en bordure de la réserve ne pose pas trop de problèmes, mais peut-on s'aventurer plus loin dans les terres et risquer d'effaroucher tous les petits qui, dans ce cas, se dirigeraient instinctivement vers la mer pour être à leur tour confrontés au pétrole en liberté?
Si on ne s'en tient qu'aux pélicans bruns, ils n'en sont pas à leurs premiers malheurs en Louisiane. Ils avaient été complètement décimés à cause de l'utilisation des DDT au milieu du siècle dernier. Après avoir réintroduit l'espèce sur le territoire, il y a quelques années, on avait rétabli la population. Depuis 2009, on pouvait dire que les pélicans bruns n'étaient plus en danger.
Pour ce qui est des autres espèces, des oiseaux de beaucoup plus petite taille, les choses sont encore plus difficiles.
Aujourd'hui, la situation est catastrophique, mais dans l'avenir, quelles seront les séquelles sur toute cette région riche en faune aviaire? Ce que dit Zachary Richard à ce sujet, c'est que jusqu'à maintenant, on a surtout entendu les propos du gouvernement et ceux de BP, mais très peu de ceux des écologistes.
Ici, on ne parle que d'oiseaux, mais il y a tellement plus. Qu'arrivera-t-il de tous ces pêcheurs qui gagnaient leur pain quotidien en puisant dans le golfe du Mexique? Qu'adviendra-t-il de ces gens dont les élevages d'huîtres ont été entièrement décimés par le pétrole libéré par le puits de BP?
De la manipulation
Dans son allocution, Zachary Richard fait beaucoup allusion à l'information, mais aussi à la désinformation. Il raconte par exemple que la veille du passage en Louisiane de Barack Obama, il y avait une vingtaine de personnes ordinaires qui s'affairaient à nettoyer une plage. Le lendemain, quatre heures avant l'arrivée du président, débarquaient 400 personnes vêtues de blanc, envoyées par BP pour nettoyer. Tout ce beau monde est disparu dans la nature tout de suite après le départ de Barack Obama.
À partir de ce drame que vit son pays, Zachary Richard ne manque pas de faire des mises en garde aux Québécois. «Attention au forage dans le golfe Saint-Laurent! Attention au gaz de schiste!» clame-t-il.