Yves De Koninck est le fils du philosophe Thomas De Koninck.

Yves De Koninck: les deux pieds dans le savoir

LauréaT : Yves De Koninck   Occasion : Il est coauteur d'une des 10 découvertes de l'année 2011 selon Québec Science
Imaginez un fil de fibre optique vraiment très, très mince. Maintenant, imaginez qu'on l'amincisse encore plus. Puis encore. Et encore... Jusqu'à ce qu'il ait à peu près le diamètre d'un neurone.
Avec deux autres chercheurs de l'Université Laval - Yoan LeChasseur, ancien doctorant en physique, et Réal Vallée, directeur du Centre d'optique, photonique et laser -, le neurobiologiste Yves De Koninck a mis au point un instrument suffisamment fin et sensible pour s'insérer dans un cerveau vivant, capter l'activité d'un seul neurone à la fois en plus de pouvoir en quelque sorte activer et désactiver ledit neurone à volonté!
Né aux États-Unis, M. De Koninck a grandi à Québec avec, littéralement, les deux pieds dans le savoir. Il est en effet le fils du célèbre philosophe Thomas De Koninck et le neveu de Joseph De Koninck, professeur émérite de psychologie à l'Université d'Ottawa, et du mathématicien que tout le monde connaît, Jean-Marie De Koninck. Après des études en biologie à l'Université Laval, le jeune Yves a fait un doctorat en neurosciences à McGill, puis a travaillé quelques années aux États-Unis, avant de revenir à McGill, puis à l'Institut universitaire de santé mentale de Québec.
«Le cerveau, dit-il, c'est la frontière ultime en biologie. C'est l'organe le plus complexe, le plus fragile. On ne peut pas faire une biopsie du cerveau, donc il faut développer des outils qui vont nous permettre d'aller sonder ce qui se passe à l'intérieur. La biochimie nous a fait faire des bonds énormes en découvrant les pièces du puzzle, si on veut. Mais maintenant qu'on a découvert tous ces gènes, toutes ces molécules, l'enjeu est de voir comment ça s'orchestre dans un cerveau vivant [...] et c'est là que notre microsonde prend sa place», explique M. De Koninck.
Grâce au génie génétique, en effet, on connaît maintenant des protéines qui sont activées par certaines longueurs d'onde de lumière, et l'on est capable de modifier les gènes des souris de laboratoire pour que ces protéines se trouvent sur la membrane de leurs neurones. Ces protéines forment alors des canaux qui, lorsqu'ils sont exposés à la lumière, laissent passer certains ions (des substances électriquement chargées) particuliers à l'intérieur de la cellule - et selon le type d'ions, cela stimule ou «endort» le neurone.
La microsonde de MM. De Koninck, LeChasseur et Vallée combine une minuscule électrode et un infime brin de fibre optique. Celui-ci permet, littéralement, d'éclairer un seul neurone à la fois alors qu'auparavant, la technologie existante ne pouvait qu'éclairer des groupes entiers de neurones, donc d'activer une ou des protéines à l'intérieur d'une cellule unique, et ce, même si elle se trouve dans une zone profonde du cerveau. L'électrode sert quant à lui à «écouter» le neurone quand il relaie des signaux électriques à ses voisins. Ainsi, on est maintenant capable d'examiner un neurone en pleine action dans son «milieu naturel», ce qui ouvre des fenêtres nouvelles et immenses pour les neurosciences.
«C'est évidemment très excitant, ça a été publié dans une grande revue, Nature Methods, qui a un rayonnement très important. Mais ce qui est le plus gratifiant, c'est de voir que d'autres chercheurs sont intéressés à l'utiliser, [...] de voir que ça sert», dit-il.