Alors qu'Yves Plamondon entend couler des jours heureux, son avocat, Me Daniel Rock, parle comme un homme qui veut entreprendre un recours civil.

Yves «Colosse» Plamondon: une nouvelle liberté à savourer

«Il y a toujours une flamme qui m'a poussé, qui m'a laissé croire que je m'en sortirais un jour.»
Vingt-quatre heures après avoir vu la Couronne abandonner les trois chefs d'accusation de meurtre prémédité qui pesaient toujours contre lui, Yves «Colosse» Plamondon a l'impression de profiter de la vie pour la première fois depuis bien longtemps.
«Je peux vous dire que j'ai bien dormi!» répond l'homme de 63 ans, lors d'un entretien téléphonique, quand on lui demande ce qu'il a fait de sa journée de jeudi.
«Après la comparution, je suis allé manger avec mon avocat et des membres de ma famille. J'ai passé le restant de la journée chez nous, à relaxer.»
Colosse Plamondon a passé près de 28 ans derrière les barreaux, parce qu'un jury l'a reconnu coupable le 18 avril 1986 des meurtres de trois individus survenus à Québec et Lac-Beauport, en 1983 et 1985. L'ex-trafiquant de drogues a toujours maintenu son innocence, mais ses premières démarches d'appel ont échoué.
La Cour d'appel a ordonné la tenue d'un nouveau procès en novembre dernier. L'avocat de Colosse, Me Daniel Rock, a été en mesure de démontrer que de la preuve névralgique avait été cachée à la défense lors du procès de première instance.
Pour le moment, M. Plamondon ne sait trop que faire de cette nouvelle liberté, lui qui habite chez son frère dans la basse ville de Québec. Il n'a toujours pas réfléchi à la possibilité de se trouver un emploi. Que compte-t-il faire au cours des prochaines semaines ou des prochains mois?
«Écoutez, je suis presque rendu à ma pension, lance-t-il, pince-sans-rire. Honnêtement, je vois la vie au jour le jour. Je veux aller à la pêche l'été prochain.»
Possibles poursuites
Comme la Couronne a signifié un arrêt des procédures dans deux des trois homicides, elle se garde une porte ouverte pour accuser Plamondon de nouveau des deux mêmes chefs, au cours de la prochaine année. Pour sa part, le sexagénaire est convaincu que sa mésaventure avec le système de justice est terminée.
«Ils n'avaient pas de preuve contre moi il y a 28 ans, ils n'en ont pas plus aujourd'hui», ajoute-t-il.
Impliqué dans le monde du trafic de stupéfiants au moment de son arrestation, Plamondon reconnaît qu'il n'avait pas le mode de vie le plus sain dans les années 80. Il était craint par plusieurs dans le milieu et était perçu comme un homme au tempérament bouillant.
«Mais ce ne sont pas des éléments suffisants pour accuser quelqu'un de trois homicides! rage son avocat, Me Daniel Rock. La Couronne a manipulé la preuve dans ce dossier et a notamment bâti sa preuve sur un délateur qui a reconnu plus tard avoir menti au procès, en retour de privilèges.»
Le principal intéressé aborde avec réticence la possibilité de poursuivre au civil le procureur général du Québec, pour toutes ces années passées derrière les barreaux.
«La vengeance, ça donne rien!»
Son avocat parle pour sa part davantage comme un homme qui va entreprendre un recours civil au nom de son client. Il dit détenir des renseignements qui pourraient éventuellement ébranler le citoyen sur le système de justice, notamment le recours aux témoins repentis.
«Écoutez, le cas de M. Plamondon, c'est la pire injustice de l'histoire du Canada!»