Yves Plamondon, avec son avocat Me Daniel Rock, était tout sourire aujourd'hui au palais de Justice de Québec, après sa remise en liberté.

Yves «Colosse» Plamondon remis en liberté

C'est un Yves «Colosse» Plamondon ému et l'air un peu déboussolé qui a repris sa liberté sous caution jeudi après-midi, 28 ans après avoir été emprisonné pour trois meurtres qu'il dit toujours n'avoir pas commis. Un second jury entendra la cause - si elle est maintenue par le ministère public - à partir de la fin avril.
Quatre heures après que le juge Richard Grenier ait accepté l'entente entre la défense et la poursuite pour sa mise en liberté provisoire, l'homme de 64 ans a poussé la grande porte du palais de justice et s'est retrouvé dehors, en manteau beaucoup trop léger pour le froid polaire.
Un peu égaré, il a fini par retrouver une dizaine de membres de sa famille, dont sa soeur et son frère, qui lui ont sauté dans les bras.
«Je me sens bien», a commenté Plamondon, de sa voix fluette, qui contraste avec son physique impressionnant.
Celui qui figurait parmi les plus célèbres détenus québécois n'avait pas de plan précis pour ses premières heures de liberté, mais compte aller dès vendredi se recueillir au cimetière sur la tombe de sa mère, qu'il a perdue il y a quelques années.
Colosse Plamondon ira demeurer chez son jeune frère, rue Kirouac, dans la basse ville de Québec. Gaétan Plamondon a accepté de déposer 10 000 $ en guise de caution.
Les gens de Saint-Sauveur n'ont absolument rien à craindre, lance Plamondon. «Ceux qui craignent, ils déménageront, qu'est-ce que tu veux que je fasse? demande-t-il. J'ai 64 ans, c'est plus moi qui devrais avoir peur...»
Il sera formellement interdit à Plamondon de fréquenter des gens du milieu criminel, de se trouver aux bars Le Kirouac et Le Tonneau ainsi que de communiquer avec la vingtaine de témoins du procès en 1985.
Il devra aussi se présenter au quartier général de la Sûreté du Québec chaque semaine.
Yves «Colosse» Plamondon se conformera en tout point à ses conditions de mise en liberté, assure son avocat. «M. Plamondon n'a aucun intérêt à tuer même une mouche, illustrait son avocat, Me Rock. Et il est très conscient que les procédures ne sont pas terminées.»
Les avocats de la Couronne chargés d'analyser la preuve, et la faisabilité d'un second procès près de 30 ans plus tard ont en effet indiqué au juge Richard Grenier qu'il n'avait pas encore terminé cette étude, amorcée formellement au début décembre.
Le juge Richard Grenier a fixé un éventuel procès devant jury au 28 avril.
L'avocat de Plamondon, Me Daniel Rock, reste convaincu que les accusations contre son client seront tout simplement abandonnées, vu le décès du témoin principal, le délateur André «Bull» Desbiens.
Nouveau procès
Après plusieurs années de démarches judiciaires, la Cour d'appel a infirmé en novembre dernier le jugement de culpabilité de 1986 rendu contre le vendeur de drogue Plamondon après avoir pris connaissance de nouveaux éléments de preuve, soit les déclarations de deux témoins qui n'ont jamais été transmises à la défense. Un fait qui a porté atteinte à l'équité du procès de l'accusé, ont souligné les trois juges de la Cour d'appel.
Colosse a toujours plaidé son innocence. «Je n'ai rien à voir là-dedans», disait-il encore jeudi aux journalistes. Le sexagénaire est accusé des meurtres d'Armand Sanschagrin, de Denis Ouellet et de Claude Simard, liés au trafic de stupéfiants. Les trois hommes ont été tués par balle dans la région de Québec entre 1983 et 1985.
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«Merci!»
À l'approche d'un éventuel second procès, Yves «Colosse» Plamondon se montre confiant. «J'ai un bon avocat», glisse-t-il en regardant Me Daniel Rock, qui le défend depuis 18 ans. Reconnu durant un temps pour faire la pluie et le beau temps à l'intérieur des murs de Donnacona, «Colosse» étreint avec émotion son avocat. «Ça a pris un homme comme lui pour me sortir de là, lance Plamondon. Il en a fait de l'ouvrage et il m'a remonté le moral plusieurs fois. Je te remercie!»