«Je suis ben content, c'est fini! a affirmé «Colosse» Plamondon, ici accompagné de son avocat. (...) Ça fait 30 ans que j'attends après ça!»

Yves «Colosse» Plamondon est un homme libre

Après 28 ans de combat devant les tribunaux, Yves «Colosse» Plamondon peut maintenant goûter à la liberté. Jeudi matin, le ministère public a abandonné un des trois chefs d'accusation de meurtre prémédité portés contre lui au cours des années 80, tout en signifiant l'arrêt des procédures pour les deux autres chefs.
Vêtu d'un habit impeccable et entouré de ses proches, Plamondon était très ému en écoutant l'avocat de la Couronne, Me Michel Breton, expliquer sa position au juge Richard Grenier. Ses yeux étaient encore rougis quand il a rencontré les représentants de la presse en compagnie de son avocat, Me Daniel Rock, quelques minutes après sa courte comparution.
«Je suis ben content, c'est fini!» a affirmé Yves Plamondon, un homme de peu de mots. «Ça fait 30 ans que j'attends après ça!»
En novembre dernier, la Cour d'appel avait ordonné la tenue d'un nouveau procès pour «Colosse» Plamondon, car il a été démontré que la Couronne avait caché des éléments de preuve à la défense, les témoignages de Jean-Daniel Daley et de Pierre Gaudreault, lors du premier procès qui s'était déroulé au milieu des années 80. Le 18 avril 1986, un jury reconnaissait Plamondon, trafiquant de drogues notoire, coupable de ces trois homicides survenus en 1983 et en 1985, à Québec et à Lac-Beauport.
«L'erreur judiciaire qu'on appelle n'est pas une erreur, ç'a été fabriqué, c'est une preuve qui a été manipulée, et c'est ce qui a mené à 28 ans de prison et c'est absolument inacceptable dans une société démocratique», a lancé Me Rock, qui n'a pas été tendre envers la Couronne.
Me Rock a dénoncé le fait que le ministère public a notamment eu recours à un témoin repenti, André «Bull» Desbiens, pour faire condamner Plamondon pour les meurtres de Claude Simard, de Denis Ouellet et d'Armand Sanschagrin. André Desbiens est aujourd'hui décédé.
«M. Desbiens a reçu des sommes d'argent, ç'a été caché au jury», a ajouté Me Rock, avec conviction.
Le procureur de la défense a affirmé qu'il allait étudier la possibilité de déposer un recours civil contre le procureur général du Québec, pour les 28 ans que son client a passés derrière les barreaux, «pour des crimes qu'il n'a pas commis».
Plamondon n'avait pas envie de discuter de cette possibilité d'intenter une poursuite civile.
«J'en veux pas à personne. J'en veux pas à personne», a-t-il répondu à une question d'un journaliste. «C'est en arrière de moi. Je suis sorti, je fais mes affaires et j'en veux pas à personne. Ça sert absolument à rien, je peux pas reprendre ça, ce temps-là [en prison].»
Lors d'une rencontre avec les médias, l'avocat de la poursuite Me Michel Breton a expliqué pourquoi l'accusation concernant le meurtre de Claude Simard a été abandonnée. Lui et son collègue Me Denis Dionne avaient reçu le mandat du Directeur des poursuites criminelles et pénales d'étudier la preuve toujours disponible quand la Cour d'appel avait ordonné un nouveau procès.
«Dans le cas de Claude Simard, on en est venu à la conclusion qu'il ne serait jamais possible de recommencer ce procès-là pour bien des raisons. Il y a plusieurs témoins décédés, des témoins qui étaient des témoins repentis à l'époque qui sont décédés. Il y a des enquêteurs de décédés, il y a des témoins civils de décédés, il y a des experts de décédés, le médecin légiste est décédé. En plus, tous les éléments de preuve qui ont été déposés lors du premier procès ont été détruits il y a peut-être une vingtaine d'années.»
En signifiant l'arrêt des procédures dans les deux autres dossiers, la Couronne se donne la possibilité de redéposer les mêmes accusations contre Yves «Colosse» Plamondon au cours de la prochaine année. Me Breton a d'ailleurs affirmé que Plamondon n'a pas été acquitté de ces homicides.
«Il a jamais été question d'innocenter M. Plamondon. Il n'y a jamais personne à la cour, dans les différents tribunaux, qui a parlé d'erreur judiciaire ou d'acquittement. La Cour d'appel, lorsqu'elle a traité le dossier, aurait pu l'acquitter, mais elle a plutôt ordonné un nouveau procès. C'est indicatif en soi.»
Pour l'avocat de la défense, il s'agit bel et bien d'un acquittement. Toutes les conditions de remise en liberté, qui avaient été imposées à Plamondon le 23 janvier dernier pour lui permettre d'attendre dans la société son nouveau procès, sont maintenant annulées. «Colosse» est maintenant libre de tous ses mouvements.
«Quand les procédures sont terminées, c'est un acquittement, a lancé Me Rock. C'est de la poudre aux yeux, le dossier est terminé. Ils [le ministère public] ont été obligés d'abdiquer.»
Chronologie
18 avril 1986 
Un jury reconnaît Yves Plamondon coupable de trois homicides prémédités.
27 mars 1991
La Cour d'appel rejette une première fois l'appel d'Yves Plamondon.
12 septembre 1991
La Cour suprême rejette la demande d'autorisation.
1995
Atteint d'un cancer en phase terminale, André «Bull» Desbiens reconnaît avoir menti au procès de Plamondon, en échange notamment de peines plus clémentes pour des homicides.
17 février 2004
Le ministre de la Justice déclenche une enquête sur les aveux d'André Desbiens.
22 novembre 2013
La Cour d'appel ordonne un nouveau procès pour Yves Plamondon.
23 janvier 2014 
Yves Plamondon bénéficie d'une libération sous conditions, en attendant son nouveau procès.
13 mars 2014
Le ministère public abandonne un chef d'accusation pour meurtre contre Yves Plamondon et ordonne l'arrêt des procédures pour les deux autres chefs.