Yves Bélanger, à droite, en compagnie de Jean-Marc Vallée, a embarqué dans l'aventure de Dallas Buyers Club, tourné à La Nouvelle-Orléans à l'été 2012.

Yves Bélanger: de Sainte-Foy à Hollywood

Yves Bélanger se souvient quand son père cinéphile lui a transmis le virus du cinéma : à huit ans, en écoutant 2001 : l'odyssée de l'espace, de Kubrick. À 13 ans, il empruntait la caméra 8 mm de son voisin, à Sainte-Foy, pour réaliser ses premiers courts-métrages. «La vie me semblait plus belle dans le viseur.» Elle n'a pas cessé de l'être, puisque le directeur photo sera à Hollywood pour célébrer avec Jean-Marc Vallée et les artisans de Dallas Buyers Club si jamais le film l'emporte dans l'une des six catégories où il est en nomination.
«[Jean-Marc Vallée] sait ce qu'il veut et il s'arrange pour l'obtenir.» En une phrase, Yves Bélanger résume toute la détermination du réalisateur québécois à tourner Dallas Buyers Club, avec un budget famélique de 5,5 millions $. «L'esthétique du film a été dictée par la réalité économique : en extérieurs, avec une petite équipe et en lumière naturelle.» N'empêche : «C'était vraiment sa vision.»
Un habitué des tournages caméra à l'épaule
Yves Bélanger a tourné quelques publicités avec le réalisateur de C.R.A.Z.Y., qu'il a refusé en raison d'un conflit d'horaire! Après quelques autres occasions ratées, il a embarqué dans l'aventure de Dallas..., tourné à La Nouvelle-Orléans à l'été 2012. Le film raconte le destin de Ron Woodruff, un électricien homophobe du Texas qui est atteint du VIH et cherche à prolonger sa vie en achetant des médicaments expérimentaux qu'il revendra bientôt à toute la communauté gaie de l'État.
«Il travaille de façon très sérieuse sur le plateau. Chaque scène est aussi importante. Chacun doit être aussi concentré que lui. Si quelqu'un n'est pas prêt, il va être impardonnable. Je tourne avec d'autres personnes et je m'ennuie de sa façon de travailler. Avec le cinéma traditionnel, t'as le contrôle absolu. Lui, on se laisse imprégner par l'atmosphère, le lieu, les acteurs... Il arrive toujours des moments magiques. Peut-être qu'il est chanceux, rigole Yves Bélanger. Ça t'oblige à être à l'écoute.»
<p>Jared Leto et Matthew McConaughey dans <em>Dallas Buyers Club</em></p>
Et même à changer la façon de travailler. L'homme de 53 ans a l'habitude des tournages caméra à l'épaule - il a fait autant des téléséries comme Musée Eden que la photo de Gerry et de Laurence Anyways. Il joue alors de la caméra pour raconter l'histoire. «Pour Jean-Marc, j'ai appris à juste être là et attendre que ça arrive. Il n'aimait pas que je dise au spectateur quoi regarder. Il aimait mieux qu'on se place au bon endroit et que le spectateur choisisse.»
Cette méthode, très Nouvelle Vague dans son esprit, donne de la liberté aux acteurs et change leur façon de jouer, estime Yves Bélanger. Parce que le réalisateur préconisait de très longues prises (de 15 à 20 minutes) et insistait sur le réalisme. «Il fallait que [le spectateur] oublie qu'on est à l'épaule, qu'il oublie la caméra. Il faut d'abord raconter une bonne histoire, puis ensuite trouver l'esthétique appropriée.»
Yves Bélanger est à même d'apprécier. Il a hésité entre la réalisation et la direction photo. Il s'est découvert un intérêt particulier pour cette dernière pendant ses études en cinéma à l'Université Concordia. «Ma plus grande force, c'était l'impact visuel. Et directeur photo, t'es plus souvent sur les plateaux que réalisateur.»
Voilà pourquoi il trouve que Jean-Marc Vallée est un «réalisateur complet». Et une bonne tête de cinéma : Vallée a comonté le film, avec Martin Pensa, sous le pseudonyme de John Mac McMurpy.
Si bien que même s'il n'est pas en nomination comme meilleur réalisateur, il pourrait monter sur la scène du Dolby Theater, demain, puisque le film est en lice pour le meilleur montage. Ce ne sera pas le cas d'Yves Bélanger pour la direction photo, qui ne s'en formalise pas. «Ce sont tous de gros films, alors que nous, c'est exactement le contraire.»
Six nominations
Il se doutait bien que Matthew McConaughey et Jared Leto obtiendraient des nominations comme Meilleur acteur et Meilleur acteur de soutien, respectivement. Mais il ne «s'attendait pas vraiment» à ce que Dallas... recueille six nominations en tout avec meilleur film, meilleur scénario original, meilleur montage ainsi que meilleurs maquillages et coiffures. Celles du scénario et du montage le réjouissent particulièrement : «Ils ont vu les subtilités.»
Yves Bélanger s'attend à ce que les deux acteurs gagnent. Avec un peu de chance et «si la vie est belle», d'autres statuettes pour le montage et scénario. Normalement, le directeur photo sera présent avec son équipe demain. Et il peut se consoler en songeant qu'il a fait la photo de Wild, le nouveau film de Vallée avec Reese Witherspoon, actuellement en postproduction. Et qu'il sera encore là pour Demolition, cet été, un autre film américain de Vallée.
«Normalement, on va faire bien des films ensemble.» Comme ça, la vie va continuer à être belle dans le viseur...