Jonathan Moquin

YouTube à la québécoise

Tagtélé, ça vous dit quelque chose? Sinon, ça ne saurait tarder. Car depuis sa création, il y a deux ans, ce site Internet de partage de vidéos (www.tagtele.com) a connu une croissance fulgurante. Aujourd'hui, plus d'un million de personnes par mois visitent ce YouTube à la sauce québécoise.
Quand Jonathan Moquin, 28 ans, a constaté la montée en flèche de YouTube, il a sauté sur l'occasion. Il s'est servi de sa compagnie de création de sites Web, Globalia, située à Saint-Lambert, sur la Rive-Sud de Montréal, pour lancer Tagtélé. «On s'est dit qu'un jour, les Québécois aimeraient avoir accès à un site de vidéos en français, qui présente des gens et des sujets qui les intéressent, qui sont près d'eux», explique M. Moquin.
Pari gagné. Peu à peu, les internautes ont commencé à diffuser leurs vidéos amateurs sur le site. De la naissance du petit dernier à un sketch d'humour ou un vidéoclip semi-professionnel, on y trouve de tout.
L'équipe de Tagtélé, qui compte aujourd'hui huit employés, a quant à elle passé des ententes avec des artistes pour diffuser du contenu professionnel. Par exemple, la compagnie de disques Audiogram y diffuse les vidéoclips de Mara Tremblay et le comédien Didier Lucien y présentera ses sketchs DidierZeMime à partir du 15 octobre. Tagtélé sera aussi le diffuseur du Bye Bye 2009 du Web (www.byebye2009.com), le deuxième du collectif québécois Freakozoïdes.
Ce que M. Moquin trouve flatteur, c'est que lorsqu'il se passe quelque chose sur la scène québécoise, des milliers d'internautes convergent vers son site. Dans le cas du décès de Nelly Arcan, par exemple, les gens ont aimé revoir les dernières entrevues vidéo que l'artiste a livrées.
Bien sûr, M. Moquin n'est pas le seul à avoir eu l'idée d'un YouTube «québécois», mais ses compétiteurs se sont peu à peu effacés.
«Ça prend des moyens, une énorme quantité de serveurs pour supporter autant de vidéos (50 000 jusqu'à maintenant)», explique M. Moquin. Et ça prend aussi des employés pour regarder tout ce qui est mis sur le site, choisir le meilleur contenu et le mettre en vedette. Pour payer tout ça, Tagtélé vend de la publicité. Assez pour avoir un site qui ne roule pas sur l'or, mais qui est rentable.
Peu à peu, Tagtélé est devenu un média à part entière, qui a comme philosophie de respecter les droits d'auteur. Si une vidéo professionnelle se retrouve sur Tagtélé sans que les droits d'auteur aient été payés ou qu'une entente de diffusion ait été passée, il est immédiatement retiré. «Oui, on veut avoir le plus de vidéos possible, mais on est un petit marché ici (au Québec) et il faut respecter les créateurs», croit M. Moquin.
Un discours différent de celui qui prédomine sur Internet, à savoir que tout est gratuit et qu'on doit être libre de voir ce qu'on veut, quand on veut. «Selon moi, on va arriver bientôt à trouver un modèle d'affaires pour rémunérer ceux qui produisent du contenu pour le Web. C'est un média comme un autre, que la société apprivoise tranquillement», indique M. Moquin.
Cette attitude est porteuse pour l'avenir, car la consultation de vidéos en ligne est en hausse constante. Selon une dépêche de l'Agence France-Presse, un Américain sur deux a regardé des vidéos sur Internet en août dernier, un nombre jamais égalé. Parions que la proportion est déjà semblable chez nous.
Québec89 voit le jour
Lancé la semaine dernière, le nouveau site Internet Québec89 (www.quebec89.com) est rafraîchissant. Le Québec avait besoin de ce type de média hybride, copié sur le modèle européen de Rue89, où des journalistes professionnels reçoivent des informations ou des textes du public, les valident et les publient. Les internautes peuvent aussi coter et commenter les articles des journalistes. Souhaitons que ce site, hébergé par le portail Branchez-vous, sera à la hauteur et constituera un bel exemple de média citoyen.