World Press Photo 2014: l'histoire derrière l'image

Les clichés qui s'illustrent au concours international de photojournalisme World Press Photo ne sont pas toujours les plus choquants ni les plus sensationnalistes. «Ce sont ceux qui, d'abord et avant tout, racontent des histoires», explique Femke van der Valk, coordonnatrice de l'exposition World Press Photo, qui s'arrête à Québec jusqu'au 24 août à l'Espace 400e.
<p>La Photo de l'année 2013 du World Press Photo est un cliché de l'Américain John Stanmeyer montrant les migrants africains sur la rive de la ville de Djibouti, de nuit, levant leur téléphone pour capter un réseau.</p>
<p><i>Healing Bobb</i>y: Survivant gravement brûlé dans l'explosion de son blindé en Irak. Aujourd'hui comédien. </p>
À preuve, le premier prix du concours de 2013 frappe d'abord par sa beauté mystérieuse. Sur le cliché de John Stanmeyer, on voit des hommes, dans la pénombre, sur le bord d'une plage, tenant à bout de bras leurs cellulaires. «La photo illustre des migrants africains à Djibouti. Ils tentent de capter avec leur téléphone des signaux peu coûteux en provenance de la Somalie voisine. C'est un lien tenu avec leur famille à l'étranger», raconte Femke van der Valk. «Jillian Edelstein, membre du jury, a dit de cette image que c'est une photo connectée à tant d'autres histoires. Elle ouvre des discussions sur la technologie, la mondialisation, la migration, la pauvreté, l'aliénation, le désespoir et l'humanité. C'est une image sophistiquée et puissamment nuancée. Elle est si subtilement prise, si poétique et pourtant nourrie de sens, évoquant des problèmes d'une grande importance dans le monde d'aujourd'hui.»
Quand on lui demande son coup de coeur de l'exposition, la coordonnatrice hésite. Il y a cette image puissante de Taslima Akhter, montrant deux corps enlacés dans les décombres du Rana Plaza, cette manufacture de vêtements qui s'est effondrée au Bangladesh en avril 2013. «Je ne pense que pas que personne ne puisse regarder cette photo sans être touché», commente-t-elle. 
La catégorie Nouvelle fournit évidemment son lot de situations dramatiques, comme ce cliché montrant le chaos suivant l'explosion d'une première bombe à l'arrivée du Marathon de Boston, aussi en avril 2013. Ou encore cette série de clichés pris par Tyler Hicks au centre commercial Westgate, à Nairobi, pendant la fusillade et le siège qui a duré quatre jours. Soixante personnes ont perdu la vie, tandis que 200 autres ont été blessées. «Le photographe vit là-bas. Quand la fusillade a commencé, il était tout bonnement au centre commercial pour aller chercher ses photos de mariage», raconte Femke van der Valk. «Il a appelé sa femme, aussi photojournaliste, lui a dit de venir et d'apporter ses appareils photo. Il est resté alors que tout le monde s'en allait. Ça montre le courage de ces photojournalistes qui prennent des risques pour nous montrer ce qui se passe partout dans le monde.»
Selon la représentante de World Press Photo, de belles surprises attendent les visiteurs dans les autres catégories du concours. Dans la catégorie Nature, par exemple, on trouve un portrait saisissant d'un cougar qui se tient à la lisière de Los Angeles. Ces animaux rares sont en train de repeupler tranquillement certains états, parfois très près des zones urbaines.
<p><i>Final Embrac</i>e: L'effondrement de l'usine de vêtement du Rana Plaza au Bangladesh. </p>
<p><i>Polo Fall : </i>Pablo MacDonough tombe durant un match de polo de l'Argentine Polo Open Championship. </p>
Femke van des Valk dit beaucoup apprécier la configuration d'Espace 400e. «C'est très beau. Notre exposition va dans des endroits très différents, parfois même dans des centres commerciaux ou dans des stations de train. Ici, il n'y a pas de distraction, et les photos ont l'espace qu'elles méritent. Et l'ajout des autres expositions rend la visite très intéressante», a-t-elle affirmé. 
La venue de l'exposition World Press Photo est due, pour une deuxième année, au travail de la filiale 3E du Festival d'été, qui gère Espace 400e. Pour Daniel Gélinas, directeur général de l'entreprise, si l'achalandage est à la hauteur encore cette année, le World Press Photo pourrait très bien devenir un rendez-vous annuel. 
Auparavant, 3E avait tenté différentes expériences d'expositions estivales, certaines ayant connu un vif succès, comme Bodies en 2009 et Titanic en 2010, d'autres n'ayant pas été à la hauteur des attentes, comme Le hockey dans la peau en 2011.