Woodfield en rappel

Leur lettre publique adressée l'hiver dernier à la première ministre Pauline Marois avait fait un certain bruit dans les médias.
Trente-quatre universitaires du Centre d'étude de la forêt y pressaient le gouvernement de casser la décision d'autoriser un projet immobilier au boisé Woodfield, à Sillery.
Line Lapointe, directrice du Département de biologie à l'Université Laval, était l'une des signataires.
Je l'ai questionnée cette semaine sur les particularités de ce boisé. Elle m'a parlé de sa «marque de commerce», les «grands pins blancs centenaires», qu'il fallait conserver.
Je lui ai fait part de mon étonnement. Il n'y a pas de grands pins blancs au boisé Woodfield. Il y en a plus à l'ouest, au boisé de Tequenonday, par exemple. Mais pas à Woodfield où ce sont plutôt de vieux érables et des chênes.
Elle fut surprise à son tour. Des érables? «Ça ne vaut probablement pas la peine alors», a-t-elle réagi. 
Mais elle a aussi rappelé qu'il reste de moins en moins de boisés en ville et que Québec a «été échaudée» par des promoteurs.
Le professeur de foresterie Louis Bernier, de l'Université Laval, a aussi signé la lettre. Lorsqu'il est allé marcher au boisé Woodfield, il confie que sa «première impression» fut d'avoir été «presque déçu» d'y trouver surtout des «jeunes arbres pas précieux».
Mais il a remarqué aussi les «très gros arbres», parmi les «plus vieux sujets dans la ville». C'est «assez exceptionnel», croit-il.
La majorité des universitaires qui ont signé la lettre n'enseignent pas à Québec et n'ont probablement jamais mis les pieds au boisé Woodfield.
Je suis certain que Mme Lapointe était, comme les autres, de bonne foi lorsqu'elle a signé. Peut-être a-t-elle simplement confondu deux boisés au moment de me répondre. Mon but ici n'est pas de l'accabler mais de rappeler deux choses :
• Il est important d'entendre les points de vue contradictoires dans les débats publics.
• Il est important aussi de se méfier parfois des arguments et des appuis que brandissent les lobbies.
Cela dit, on est loin ici des tentatives d'intimidation dénoncées lundi soir au conseil par le maire Labeaume.
Il y avait, incidemment, quelque chose de surréaliste à ce que la dénonciation de l'intimidation verbale vienne d'un maire à qui il fut souvent reproché la même chose.
Un problème technique a fait sauter plusieurs lignes de la chronique de mercredi, dans sa version papier. Plusieurs lecteurs me l'ont signalé et ont demandé à voir le texte d'origine. Voici donc la fin du texte, en rappel, avec nos excuses :
«Dans un mémoire daté de 2010, la Société d'histoire de Sillery rappelle que les mesures de protection gouvernementales n'ont pas empêché les projets résidentiels à Sillery depuis 1950. 
Certains ont "dégradé au plan architectural, environnemental et paysager la voie historique du chemin Saint-Louis", estime la Société. Elle pointe nommément les Jardins de Coulonge et Le Châtelain.
Le Conseil du patrimoine culturel du Québec juge pour sa part que le projet Woodfield (70 condos, 4 étages) est "trop gros, trop haut et trop envahissant...".
D'accord ou pas, ce sont des points de vue valables.
Mais je trouve assez ironique que la contestation légale du projet Woodfield ait été amorcée par les Jardins de Coulonge et Le Châtelain qui font 10 étages massifs et détonnent avec l'esprit du lieu.
En attendant le vrai procès en octobre prochain, la juge Johanne April, de la Cour supérieure, a pris la seule décision possible : accorder une ordonnance de sauvegarde. 
Le promoteur ne pourra pas couper d'arbres tant que le tribunal n'aura pas statué sur la validité de l'autorisation donnée par l'ex-ministre de la Culture Maka Kotto.
Il ne sera pas facile de faire invalider cette décision. Préparons-nous, le débat risque de revenir sur le terrain politique.»