Rongé par la culpabilité, Bruce (Thomas Haden Church) s'enfonce dans les bois avec sa déneigeuse, à qui il accorde une vie propre.

Whitewash : l'homme que j'ai tué: idées noires

Si on n'a qu'une seule chance de faire bonne impression, Emanuel Hoss-Desmarais a réussi son entrée avec Whitewash : l'homme que j'ai tué. Ce drame psychologique singulier, très bien réalisé, explore l'effet dévastateur de la culpabilité - jusqu'à la déraison - chez un homme que rien ne destinait au meurtre et qui se transforme ensuite en ermite.
Ce qui fait la force d'une histoire, ce n'est pas le récit lui-même, mais la façon dont on la raconte. Pour son premier film, Hoss-Desmarais en fait une démonstration éclatante. La prémisse est assez simple. Un soir de beuverie, un homme en tue un autre. Mais ce qui entoure cet homicide est tout sauf banal.
Et ce, dès leur première rencontre, dont on ne vous gâchera pas le plaisir. Puis il y a le crime comme tel : Bruce (Thomas Haden Church) renverse Paul (Marc Labrèche) avec sa déneigeuse à trottoir dans des circonstances mystérieuses! Après avoir dissimulé le corps, il s'enfonce dans le bois avec sa déneigeuse - qu'il ne quittera plus sauf lors de rares escapades qui l'y ramènent chaque fois. Dans son délire, il va même doter sa déneigeuse d'une vie propre et la considérer comme responsable de ce qui s'est passé!
Ça, c'est une chose. Mais il y a aussi la façon dont le réalisateur l'illustre sur le plan cinématographique, en utilisant des retours en arrière qui, chaque fois, en révèlent un peu plus (mais pas trop) sur le lien qui unit Bruce, un bon gars qui boit trop, et Paul, un loser pathétique et manipulateur. Comme le premier est la plupart du temps seul, la narration se fait souvent en voix hors champ ou par monologue, ce qui renforce son aspect dramatique et son petit côté fantastique.
Il y a également l'esthétique particulière du long-métrage, minimaliste et un peu rêche, tout le contraire de l'aspect léché auquel on aurait pu s'attendre d'un réalisateur qui vient du milieu de la publicité.
Malgré tout, Whitewash ne tiendrait pas la route sans la très bonne performance de Thomas Haden Church dans la peau de cet homme dépassé par les évènements et rongé par la culpabilité. L'acteur véhicule avec le regard, dans ses plus simples gestes, tout le poids qui l'accable et la folie qui s'empare de lui. Marc Labrèche livre aussi une bonne composition, beaucoup moins affectée que dans la comédie. Il y a un aspect étrange à l'accident, mais ses causes et sa conclusion pourraient arriver à n'importe qui. Ce qui favorise l'identification.
Whitewash est du cinéma d'auteur sans les prétentions : accessible et simple. Il prouve aussi la vitalité de notre cinéma et est aux antipodes des tous les préjugés qu'entretiennent certains par rapport à celui-ci. Il n'a pas gagné, au printemps dernier, le prix du meilleur nouveau réalisateur au Festival TriBeCa (cofondé par Robert De Niro) pour rien, tout comme, cette semaine, le prix Claude-Jutra 2014 (pour un premier film), décerné par l'Académie canadienne du cinéma.
Ça prouve une évidence : un bon film n'existe pas sans un solide scénario - c'est le cas ici. Avec un postulat fort simple : chaque coupable est son bourreau.
Au générique
Cote : ***1/2
Titre : Whitewash : l'homme que j'ai tué
Genre : drame psychologique
Réalisateur : Emanuel Hoss-Desmarais
Acteurs : Thomas Haden Church et Marc Labrèche
Salle : Clap
Classement : général
Durée : 1h31
On aime : la forme du récit, l'originalité
On n'aime pas : -