Jonathan Roberge, créateur de la série Web Fiston

Webséries: trouver le filon... et rester soi-même

Les Québécois aiment rire, personne n'ira le nier. Pendant que les grands noms continuent de faire courir les spectateurs dans les salles, la jeune génération se tourne vers le Web pour se faire connaître. Tremplin pour les uns, milieu (déjà!) devenu trop corporate pour d'autres, l'humour en ligne s'impose comme un incontournable dans le paysage comique d'ici. Regards sur une culture qui cherche le rire au bout de chaque clic.
Avec des webséries comme Contrat d'gars et Fiston, Jonathan Roberge a rejoint des centaines de milliers d'internautes. Selon ce qu'il a comptabilisé, les deux fictions ont accumulé quelque 13 millions de visionnements chacune. Sa recette : des capsules courtes et fortes en gueule, qui flirtent avec l'absurde, mais qui risquent de faire friser les oreilles sensibles.
«Contrat d'gars, ç'a fonctionné au départ parce qu'on est allé chercher un créneau de personnes qui partageaient beaucoup sur Internet. C'était les garçons qui tripent sur l'humour cave», explique Roberge à propos de cette série virile, criarde et crue, récompensée par deux Olivier. «Une fois que c'est devenu populaire, là, les médias ont commencé à en parler», ajoute celui qui a néanmoins dû «recommencer à zéro» quand il a proposé Fiston, ce percutant testament vidéo décliné en 80 épisodes et nommé aux Gémeaux et aux Olivier.
«J'ai dû rebâtir un fanbase parce que ceux de Contrat d'gars ne tripaient pas sur Fiston», laisse-t-il entendre. N'empêche que son nom, lui, a fait du chemin, et pas que dans le milieu de l'humour. La publicité qu'il a réalisée pour la Fondation Jean-Lapointe - dans laquelle la soeur d'une victime de l'alcool au volant rencontre l'homme qui a causé l'accident - a été vue plus de 275 000 fois sur YouTube. Et les services du père de Fiston ont été requis par la Régie de l'assurance maladie du Québec pour une capsule inédite, lancée au début du mois.
En cinq ans, Jonathan Roberge est arrivé à vivre de son métier. Il se dit néanmoins amer. De son point de vue, le modèle d'affaires du Web s'approche de celui de la télé et il devient plus difficile pour les artistes de tirer leur épingle du jeu ou de toucher une juste part des revenus publicitaires générés par leurs oeuvres sur les sites qui les hébergent.
Cotes d'écoute
«Le Web est rendu corporate, lance-t-il. Nous, quand on a commencé, c'était plus du genre : on te donne 200 $ et tu fais une capsule pour notre site. Personne ne réalisait l'impact qu'on pouvait avoir et le nombre de personnes qu'on pouvait atteindre. Maintenant, je peux gagner ma vie en faisant ça. Mais je trouve ridicule de réussir à avoir 13 millions de cotes d'écoute et d'être incapable d'aller chercher 10 000 $ de publicité.»
S'il se réjouit des occasions qui s'offrent à lui depuis que ses fictions ont fait pleuvoir les clics, il déplore qu'on tente souvent de le faire entrer dans un moule lorsqu'on sollicite ses talents. «Ils me font venir en meeting, ils prennent mon idée et ils mettent mon nom dessus. Mais après ils disent qu'on va faire les choses à leur manière», résume-t-il.
Ancien membre de Rock et Belles Oreilles, André Ducharme se dit convaincu que son groupe aurait commencé sur le Web s'il s'était lancé en humour à l'ère du 2.0. «C'est un outil extraordinaire. Mais même si on avait voulu filmer des sketchs, on n'avait rien pour faire ça», note celui qui se reconnaît quand même dans le discours de Jonathan Roberge. Il se rappelle avoir vécu le même genre de situation lorsque ses irrévérencieux collègues et lui sont passés de la radio communautaire aux ondes commerciales il y a une trentaine d'années. Et une nouvelle fois lors de leur arrivée à la télé.
André Ducharme se souvient d'avoir souvent entendu la phrase : «Ce n'est pas comme ça qu'on fait les choses.» Un argument que lui et ses complices s'entêtaient à réfuter. «On était très obstineux, on tenait à nos affaires, ajoute-t-il. Si on s'est retrouvé à la radio commerciale, c'est que des gens nous suivaient à la radio communautaire et qu'ils nous aimaient comme on était. On pouvait dire aux producteurs : si vous êtes venus nous chercher, c'est parce qu'on est comme ça et on ne changera pas.»
Sur le Web :
<p>L'humoriste Phil Roy</p>
Accessible, mais parfois éphémère
Les uns se targuent de foutre le trouble dans les rues de Montréal, mais finissent par se faire malmener par Debbie Lynch- White, l'agente Prévost d'Unité 9. L'autre a notamment été vu se cherchant des amis avec beaucoup trop d'insistance. En plus de poursuivre leur chemin sur les planches, le duo les Pic-Bois (Dominic Massicotte et Maxime Gervais) et Phil Roy offrent à leur humour une vitrine sur le Web.
«C'est un véhicule que les humoristes vont emprunter pour que leur nom circule un peu. Pour nous, c'est ça aussi. Mais on le voit vraiment comme un projet à part entière, comme la scène est aussi un projet à part entière», avance Dominic Massicotte à propos de la série Les Pic-Bois foutent le trouble, mise en ligne sur le site trouble.voir.ca.
L'humoriste Phil Roy, qu'on peut notamment voir au sein de l'équipe de comédiens maison de SNL Québec, a aussi quelques capsules Web derrière la cravate. «C'est le média le plus accessible, autant pour le public que pour nous, croit-il. Si j'ai une idée ce matin, je suis capable qu'elle prenne forme et qu'elle soit diffusée demain matin. Mais c'est un couteau à double tranchant : c'est rapide à créer, mais ça peut créer un buzz aussi éphémère.»
Sur le Web