Le spectacle est impressionnant à bord de l'un des remorqueurs qui retient la barge au milieu du fleuve.

Voir les feux à bord du remorqueur

Il fallait arriver à l'heure, car «un capitaine, c'est ponctuel». Philippe Filion, du Groupe Océan, avait prévenu le représentant du Soleil; à 20h, rendez-vous aux abords du quai pour embarquement sur le Yvan-Desgagnés. Notre mission : maintenir la barge en position au centre du fleuve durant le feu d'artifice du RDV 2017.
À bord, le capitaine Alain Chiasson nous explique la manoeuvre. «Le cul du bateau sera dos au courant, dirigé vers Montréal. On va s'attacher sur le courant et les deux remorqueurs seront stabilisés à 21h30». On a tous compris immédiatement... 
Le maître à bord - avec son charmant accent des Îles-de-la-Madeleine, est prêt. Le matin même, il a révisé cette sortie peu ordinaire avec son collègue Simon Gamache qui lui, aux commandes de sa puissante embarcation, retiendra la plateforme de lancement en aval. 
«Ce n'est pas compliqué comme manoeuvre, mais ce n'est pas le genre de manoeuvre qu'on fait normalement. Ce n'est pas comme accoster un bateau», avertit Alain.
On part. Au milieu du fleuve, capitaine Chiasson relâche doucement le câble qui retient la barge. Celle-ci flotte maintenant à 500 pieds du remorqueur. Près de 45 minutes avant le début du spectacle, notre position est confirmée à terre. 
«Ça demande une concentration constante. Si je faisais preuve un peu de nonchalance, la barge pourrait aller d'un bord pis de l'autre». Stressé, Alain, par cet exercice? Pas vraiment, «mais d'habitude, il n'y a pas 10 000 ou 20 000 personnes qui nous regardent!»
22h approche. Une voix inhabituelle résonne dans la radio : «Cachalot, cachalot, cachalot...» «Cachalot OUT!», rigolent Alain, Philippe et l'ingénieur réunis dans le poste de pilotage. On demande poliment au plaisancier de quitter cette fréquence de travail. 
Il est 22h. Une première fusée est lancée vers le ciel. Dans deux minutes, le spectacle débute. «Si vous regardez les feux directement, ça fait comme un bleu. C'est une autre approche», avise Philippe.
BOUM! PAOUF! C'est parti. Droit devant, l'impression d'un champ de mines qui explosent est parfaite. Les yeux levés, le spectacle est fantastique. Au coeur de l'action, la sensation est englobante. Les fusées retombent tout près du navire; ça explose de partout. Devant, les membres d'équipage admirent le spectacle. Alain garde les yeux sur la barge.
Tout s'est passé comme prévu... Mais quelques minutes après la fin du spectacle, Alain sonne l'alarme. Un homme est à la mer!
Tout le monde sort sur le pont. Un kayak de mer est emporté par le courant. Les zodiacs de la GRC tentent de retrouver le plaisancier. Plus de peur que de mal, celui-ci sera finalement retrouvé sain et sauf.
De retour au quai, Alain repartira aussitôt, car il doit assister un navire... La nuit sera longue : ses services seront requis jusqu'à l'aube. C'est ça, la vie de capitaine de remorqueur.