Viviane Audet: amoureuse des instruments

Gagnante d'un Jutra pour la bande sonore du film Camion de Rafaël Ouellet, Viviane Audet reprend son Wurlitzer et son banjolélé pour l'album folk Le couloir des ouragans, qui paraît aujourd'hui.
Ceux qui ont vu le film, où Julien Poulin interprète un camionneur traumatisé après un accident de la route, reconnaîtront la voix mélodieuse de Viviane Audet. Et ceux qui verront la pochette reconnaîtront peut-être son visage, car l'auteure-compositrice-interprète s'est surtout fait connaître pour son travail devant la caméra. Elle a notamment joué dans Nos étés, Belle-Baie et dans L'héritière de Grande Ourse.
En rupture avec Le long jeu, son premier album paru en 2006, Le couloir des ouragans se veut moins théâtral. «Les premiers disques, je pense qu'ils sont faits avec tellement de sincérité et de passion, mais je crois que celui-là est plus en retenue, tant au niveau des interprétations que des arrangements», explique Viviane Audet. Il s'en dégage une sonorité mélancolique, que la jeune femme définit comme un dimanche après-midi pluvieux.
Cette ambiance se perçoit à travers les instruments choisis, dont elle parle comme de ses enfants. «Pour moi, les mots en disent beaucoup, mais les instruments aussi». Elle parle d'ailleurs avec passion de son Wurlitzer, un piano électrique à 64 touches qui colore notamment la musique des Doors, de Neil Young et de Daft Punk. Celui qui a résonné pour la première fois dans Camion et dont les premières notes colorent Tanière, la première chanson du Couloir des ouragans, a été acheté en Ontario après un long périple de deux jours avec son mari, l'acteur et auteur-compositeur-interprète Robin Joël Cool. Le duo est également revenu de son voyage avec une vieille guitare Martin, aussi sur l'album.
Incapable de se séparer des instruments utilisés pour Camion, elle a choisi de les garder avec elle encore un peu pour son dernier disque qui, ironiquement, aborde le thème du départ et du renouvellement de soi. «Il y a beaucoup de cela dans le disque: comment se dire au revoir, comment couper les liens? Ce que j'aimais du titre Le couloir des ouragans, c'est savoir, après cet ouragan-là, qu'est-ce qu'on fait. L'ouragan est passé, maintenant on se reconstruit», résume-t-elle.
Le thème de la séparation se retrouve particulièrement dans la chanson Après la pluie, la pluie, interprétée en duo avec Robin-Joël Cool, qui relate l'histoire d'un couple qui se sépare pour mieux se retrouver... pour mieux se séparer. «C'est un peu contradictoire, après la pluie, il va pleuvoir encore. Mais en même temps, on chante ensemble, donc on s'est retrouvé. Ça fait partie des petits clins d'oeil, il peut y avoir une part de lumière, même dans les textes plus dramatiques ou plus sombres», explique Viviane Audet.
Pour créer son album, axé autour du thème de la séparation, Viviane Audet a bien su s'entourer. Pour la première phase de la création de l'album, elle a beaucoup collaboré avec le compositeur Baptiste, qu'elle connaît depuis le Festival de Petite-Vallée. Avec son aide, elle a pu constituer son répertoire presque dans sa totalité. Une fois entrée en studio, Baptiste a quitté et elle s'est tournée vers Philippe Brault, avec qui elle partage un goût pour l'expérimentation et l'essai-erreur. La poétesse acadienne Georgette Leblanc, qui a travaillé avec Radio Radio, lui a également envoyé une chanson d'une minute et demie, Chui r'venue, qu'elle décrit comme le I Will Survive de son album.
Après l'ouragan qui suivra la sortie de son album, Viviane Audet gardera la musique au premier plan. Elle collaborera notamment à nouveau avec Rafaël Ouellet, le réalisateur de Camion.
Une chose est certaine, l'avenir ne semble pas l'inquiéter: Viviane Audet est devenue une spécialiste des nouveaux départs.