Il y a seulement 74 plans dans Visitors. Et chacun dure en moyenne 77 secondes. Sans les quelques mouvements de caméra, on se croirait plus dans l'univers photographique que cinématographique.

Visitors: des visages, des figures

Si vous êtes prêts à vivre une expérience de cinéma, Visitors est pour vous. Le film expérimental de Godfrey Reggio réunit tout ce qui rebute habituellement le spectateur moyen : un long métrage muet en noir et blanc avec des plans (presque) fixes de visages et de paysages qui forment la trame abstraite d'un scénario censé évoquer la relation spirituelle entre l'homme et la technologie. Et pourtant, il y a un aspect hypnotique exaltant, rehaussé par la musique répétitive de Philip Glass, qui rend l'expérience fascinante.
Reggio s'est fait connaître mondialement grâce à Koyaanisqatsi (1983), qui posait un regard exacerbé sur l'urbanité. Dix ans après ce qui est devenu une trilogie conclue par Naqoyqatsi, il livre de son aveu même une oeuvre très différente, contemplative, qu'il compare à un enfant autiste!
L'origine de l'humanité
On peut y voir, selon moi, une réflexion sur ce qu'est devenue l'humanité, en commençant par nous rappeler ses origines : le film débute avec un gros plan d'un gorille, qui dévisage le spectateur, avant un fondu au noir. Suivront plusieurs plans semblables, au départ, de visages inexpressifs de jeunes, vieux, masculins, féminins, seuls ou en groupe, blancs, noirs, bruns, jaunes; bref, toutes couleurs unies. Entre ceux-ci s'intercalent de magnifiques plans de formes architecturales : immeubles, parcs récréatifs désertés, pierres tombales, statues, etc. Le tout servi par la musique un brin lancinante et répétitive, axée sur les cordes, de Glass.
Il y a seulement 74 plans dans Visitors. Et chacun dure en moyenne 77 secondes. En fait, si ce n'était de légers, et presque imperceptibles, mouvements de caméra, on se croirait plus dans l'univers photographique que cinématographique. Or, en insistant sur l'aspect contemplatif de ses portraits, Reggio revient à la base même de la fascination qu'exerce le cinéma, basée sur la représentation et la reconnaissance d'une «réalité». Et ce qui le distingue : le montage.
Fascination
C'est la succession, et la juxtaposition, des images qui créent la fascination exercée par cet exercice de style, ma foi, assez réussi, pour peu qu'on s'y abandonne. D'autant que, peu à peu, les figures s'animent, laissant transparaître émotions et expressions, et que la caméra se pose parfois sur des mains qui jouent d'instruments imaginaires.
C'est aussi ça, le cinéma. On oublie parfois, sous l'avalanche de contenu supposément divertissant, que c'est aussi un art. Que Visitors ne soit pas un chef-d'oeuvre n'y change rien. Il nous rappelle qu'on peut aussi envisager le cinéma autrement.
Au générique
Cote : ***
Titre : Visitors
Genre : expérimental
Réalisateur : Godfrey Reggio
Salle : Clap
Classement : général
Durée : 1h27
On aime : la beauté des images,la bande sonore
On n'aime pas : l'aspect trop abstrait et répétitif