Le film relate la vie du boxeur poids mouche «Young» Perez (Brahim Asloum), champion du monde en 1931 et emprisonné à Auschwitz, où il a été forcé par les nazis de combattre dans le ring.

Victor «Young» Perez: les coups du destin

Les histoires «vraies» ont la cote depuis quelques années, pour le meilleur et souvent le pire. Victor «Young» Perez s'inscrit entre les deux. Jacques Ouaniche évoque un récit fascinant et insolite, celui d'un champion du monde de boxe qui finira dans les camps de concentration nazis. Mais il a eu la main trop lourde avec sa réalisation appuyée, qui tombe dans le mélo et met l'accent sur plusieurs scènes anecdotiques.
Cette première réalisation du producteur français n'est pas Raging Bull (Martin Scorsese, 1980), tant s'en faut. Il s'agit d'un drame biographique classique, qui s'ouvre sur l'emprisonnement de «Young» Perez à Auschwitz, en 1945. Le boxeur poids mouche, plus jeune champion du monde, à 20 ans, en 1931, s'apprête à monter sur le ring pour y affronter un gardien poids lourd. Combat évidemment organisé pour prouver la supériorité de la race aryenne et humilier les détenus. 
Il se veut une illustration de l'horreur des camps de concentration qui permet au cinéaste d'éviter le piège de s'attarder à «l'inénarrable et l'indicible», mais pas celui d'une certaine caricature. «Young» Perez, un juif arabe, a l'occasion de réfléchir à son parcours exceptionnel.
Car l'affrontement sert aussi d'amorce à un long retour en arrière qui raconte les débuts du boxeur à Tunis, sa conquête du titre mondial et sa découverte progressive de l'antisémitisme. Le film évoque aussi sa déchéance sportive causée par la débauche et sa passion pour l'actrice Mireille Balin (Isabella Orsini).
Musique sirupeuse
Le réalisateur a d'ailleurs mis trop l'accent sur cette relation toxique avec la star, assez anecdotique dans les circonstances, alors qu'il fait l'impasse sur une part importante du séjour de Perez à Auschwitz. Celui-ci devait réellement se battre pour sa survie en affrontant d'autres détenus (les nazis fusillaient le perdant). De même, la présence inventée de son frère (Steve Suissa) à ses côtés est trop forcée et met en évidence les effets de mises en scène parfois maladroits et souvent grandiloquents de Jacques Ouaniche, effets nappés de surcroît d'une musique sirupeuse.
Il s'en tire beaucoup mieux avec les combats du pugnace et frondeur boxeur. Le réalisateur a choisi Brahim Asloum pour interpréter Victor Younki (le vrai nom de Perez). L'ex-boxeur champion du monde, dont c'est le premier grand rôle, s'en tire vraiment très bien. Et pas seulement dans le ring. Il a une belle présence et dégage cette indéfinissable chose qu'on appelle, faute de mieux, le charisme.
Asloum porte le film sur ses épaules et réussit à maintenir notre intérêt sur ce parcours singulier. Car il offre une perspective très humaine et une petite leçon d'histoire sur la période la plus noire du XXe siècle. C'est en soi bien plus que la plupart des films «inspirés d'une histoire vraie».
Au générique
Cote: ***
Titre: Victor «Young» Perez
Genre: drame
Réalisateur: Jacques Ouaniche
Acteurs: Brahim Asloum, Steve Suissa et Isabella Orsini
Salles: Beauport et Cartier 
Classement: 13 ans et plus
Durée: 1h43
On aime: l'histoire, la performance de Brahim Asloum
On n'aime pas: la réalisation appuyée, les raccourcis