Tom Mulcair sur le mont Royal hier.

Vérification faite: une «campagne à un milliard», vraiment?

Il y a quelques jours, comme tant d'autres acteurs et analystes de la politique canadienne hors du Parti conservateur, le Nouveau Parti démocratique a vivement dénoncé les coûts d'une campagne électorale de 78 jours pour le trésor public. «En déclenchant des élections [dimanche], les conservateurs font grimper la facture des contribuables de centaines de millions de dollars et le coût de cette campagne pourrait totaliser un milliard de dollars», lit-on dans un communiqué du parti.
Voyons ce qu'il en est...
Les faits
D'après un attaché de presse contacté par Le Soleil pour plus de détails sur le calcul, le NPD a pris pour point de départ un estimé récent d'Élections Canada, qui chiffrait à 375 millions $ la facture d'une élection de 37 jours. À cela, les recherchistes du parti ont ajouté 60 millions $ pour les dépenses que les candidats et les partis peuvent se faire rembourser par le gouvernement, pour un total de 435 millions $. Et ils ont ensuite fait une simple règle de trois : s'il en coûte tant pour une campagne de 37 jours, alors une campagne de 78 jours coûtera 78/37 = 2,11 fois plus, soit 918 millions $. Sans compter, nous indique-t-on, les crédits d'impôt pour les dons aux partis, que l'on peut présumer plus importants lors d'une longue campagne.
Vérification faite auprès d'Élections Canada, l'estimation de 375 millions $ pour une campagne de 37 jours est véridique. Mais voilà, il n'y a pas grand-chose d'autre de fiable dans le calcul. D'abord, ce montant comprend déjà les sommes remboursées aux partis et aux candidats, ce qui signifie qu'en y ajoutant 60 millions $, le NPD a compté les mêmes débours en double.
Pas plus de bulletins de vote à imprimer
Ensuite, une bonne partie des dépenses publiques liées à une campagne électorale sont liées au vote lui-même et ne changent donc pas même si on allonge la campagne. Ainsi, ce n'est pas parce que les candidats sillonnent leurs comtés deux fois plus longtemps qu'il y aura deux fois plus de bulletins de vote à imprimer et à distribuer, ni qu'il faudra deux fois plus de travailleurs le jour du scrutin, ni qu'ils coûteront deux fois plus cher à former.
Une campagne aussi longue fera assurément grimper la facture - baux plus longs pour les locaux, etc., nous dit-on à Élections Canada, mais ce ne sera vraiment pas proportionnel à sa durée.
Le verdict
Faux. On peut sans doute s'attendre à ce que la présente campagne soit la plus dispendieuse de l'histoire, mais elle ne coûtera pas un milliard de dollars, loin de là.