Pauline Marois et Philippe Couillard ne semblaient pas s'entendre sur les chiffres de l'emploi au Québec.

Vérification faite: l'emploi, le pétrole et les accommodements raisonnables

- Le Québec a perdu 66 800 emplois en 2013 (P. Couillard)
- Le Québec a gagné près de 48 000 emplois en 2013 (P. Marois)
À vue de nez, on se dit que M. Couillard et Mme Marois ne peuvent pas tous deux avoir raison : la province ne peut pas avoir gagné et perdu des emplois en même temps. Mais le fait est que les deux s'appuient sur des chiffres de l'Institut de la statistique du Québec et oui, les deux ont (en partie) raison : la différence tient à la manière de calculer le nombre d'emplois. Si l'on regarde la moyenne de toute l'année 2013 et qu'on la compare avec celle de 2012, on arrive effectivement à 47 800 emplois de plus l'an dernier qu'en 2012. Mais si l'on regarde l'évolution de l'emploi à temps plein uniquement au cours de l'année 2013, on constate qu'il y avait 66 000 emplois de moins en décembre dernier qu'en janvier 2013. En ajoutant l'emploi à temps partiel au portrait, cependant, on arrive à 10 000 emplois créés en 2013.
- Le pétrole de l'Alberta émet 67 % plus de gaz à effet de serre que le pétrole conventionnel (F. David)
Si l'on ne considère que la phase d'exploitation du pétrole, la chef de Québec solidaire a raison : l'extraction du pétrole des sables bitumineux implique de chauffer le bitume afin de le rendre plus liquide et ainsi faciliter sa séparation de sa partie sableuse. Mais cela nécessite d'énormes quantités d'énergie qui rendent la production de ce pétrole facilement 70 % plus polluante (du point de vue des GES, du moins) que celle du pétrole conventionnel. Certaines évaluations parlent même du simple au double.
Toutefois, il faut aussi dire qu'au bout du compte, l'extraction du pétrole ne compte pas très lourd dans son bilan final de GES. C'est sa combustion finale, c'est quand on le brûle (comme on le fait en démarrant une auto) qui produit le plus de GES - environ les trois quarts des gaz à effet de serre du pétrole se situent là. Si l'on tient compte de ce facteur, les sables bitumineux demeurent bel et bien plus polluants, mais leur «surplus de GES» ne tourne plus qu'autour de 15 %.
«La commission Bouchard-Taylor a été mise sur pied parce qu'on pensait qu'il y avait un problème [d'accommodements raisonnables], alors il n'y a que vous [M. Couillard] qui pensez qu'il n'y a pas de problème.» (P. Marois)
En fait, le rapport Bouchard-Taylor a très clairement conclu que la «crise» des accommodements raisonnables reposait d'abord et avant tout sur des perceptions - en grande partie fausses - et sur des cas anecdotiques montés en épingle (et parfois déformés) par les médias.
«Le principal danger qui nous guette, c'est que les groupes qui composent notre société en viennent à conjuguer leur méfiance et leurs peurs réciproques [en bonne partie non fondées] et mettent ainsi en péril les processus de rapprochement en cours. En d'autres termes : que nos peurs imaginaires engendrent un danger réel», écrivaient ses auteurs dans leur conclusion.