Steve Gagnon

Ventre à Premier Acte: le refuge de chair

Steve Gagnon en avait marre du cynisme ambiant. Autant dans sa vie personnelle que professionnelle.
«Comme grand consommateur de culture, je me suis rendu compte qu'il y avait une mode à l'ironie, au sarcasme. On a souvent une façon très pessimiste de parler de l'amour, des choses, de nos vies», note l'auteur et acteur de Ventre, son antidote à cette noirceur ambiante. «J'avais envie d'amener une parole qui tente d'être lumineuse pour vrai.»
Dans Ventre, qui sera à l'affiche de Premier Acte la semaine prochaine, une jeune femme revient cogner à la porte de l'appartement miteux de son ex-copain. Elle l'a trompé, il est en ruine. «La dernière fois qu'ils se sont vus, c'était très bref, très violent, très à fleur de peau», raconte Steve Gagnon. «Ils ne se sont jamais reparlé depuis ce temps-là. Elle débarque en plein milieu de la nuit, et ils règlent leurs comptes. Pour essayer de ressortir au matin moins blessés, moins déchirés.»
La pièce est en fait le deuxième volet d'un triptyque commencé par Steve Gagnon avec La montagne rouge (sang), jouée au Périscope en 2010. «C'est un triptyque sur les refuges, ces endroits où on peut oublier tout le reste. Dans La montagne rouge (sang), le refuge était physique, mais avec Ventre, je voulais explorer le corps de l'autre comme refuge, ce qui en faisait déjà un texte très charnel au départ», raconte le jeune auteur dramatique diplômé du Conservatoire de Québec en 2008.
La nudité des personnages pendant certaines scènes s'imposait donc d'elle-même. «C'était clair pour moi, c'était clair aussi pour Denis [Bernard, le metteur en scène]: il fallait qu'il y ait ce rendez-vous-là, corps à corps, peau à peau, chair à chair. Mais c'est fait très sobrement, le but n'est pas de déranger les gens, ni de provoquer», nuance l'acteur, qui joue en duo avec Marie-Soleil Dion.
En accord avec le mandat du Théâtre Jésus, Shakespeare et Caroline, dont Steve Gagnon est un des fondateurs, le texte est porté par un langage poétique. «On essaie d'amener une poésie au théâtre, mais de toujours l'ancrer dans quelque chose de très concret, de près de nous», affirme son auteur.
Un mandat adopté à bras le corps par le metteur en scène Denis Bernard, qui a d'abord produit Ventre au Théâtre de la Licorne, à Montréal, il y a un an. «On s'est vraiment compris. Il aime ma parole, il a le goût de la porter, de la faire entendre, et c'est ce qui est le plus important», note Steve Gagnon.
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À l'affiche
Titre: Ventre
Texte: Steve Gagnon
Mise en scène: Denis Bernard
Interprètes: Steve Gagnon et Marie-Soleil Dion
Salle: Premier Acte
Dates: 21 janvier au 1er février
Synopsis: En pleine nuit, une jeune femme vient retrouver son ex-copain, qui vit dans les décombres d'un appartement. Ils ne se sont pas vus depuis des mois, depuis qu'elle l'a trompé. Ils tenteront d'exorciser leur malheur et de trouver la lumière.